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Homo detritus : une critique de la société du déchet par Baptiste Monsaingeon au MuCEM

La morale ? Bac jaune

Homo detritus : une critique de la société du déchet par Baptiste Monsaingeon au MuCEM - Zibeline

Le titre de sa conférence –Homo detritus, l’idéal trompeur d’un monde sans restes– évoque irrésistiblement le semeur de zizanie d’Astérix, arme secrète de César qui cherche à diviser pour mieux régner… Baptiste Monsaingeon est socio-anthropologue, et sa thèse Le déchet durable a inspiré en partie l’exposition Vies d’ordures à voir au MuCEM jusqu’au 14 août (retrouvez ici notre critique, ainsi que nos entretiens audio et vidéo avec le chercheur). Le 20 avril dans l’auditorium Germaine Tillon, il s’est livré à un exercice difficile : remettre en question la moralisation du déchet. Avec une approche intéressante, prenant en compte le rapport complexe de l’être humain à sa « mécanique excrémentielle » (entre volonté de maîtrise, fantasme de pureté, acte libératoire jouissif). Baptiste Monsaingeon reproche aux politiques publiques de masquer les problèmes posés par la société de consommation au moyen d’un « tri sélectif de surface », rituel séparant le bon du mauvais jeteur. Une façon d’endormir l’esprit critique des citoyens, pour ne surtout entraîner « aucune rupture avec le paradigme productiviste ». Choisir le bac jaune ou vert apaise notre culpabilité de pollueur-né, et en passer par des solutions gestionnaires, managériales, nous promet une illusoire « rédemption par la technique ».

On le suit parfaitement, et encore plus volontiers jusqu’à sa critique des grands groupes (comme Suez, mécène de l’exposition ?) qui ont bien compris le potentiel économique majeur du déchet. Mais pourquoi jeter la morale avec l’eau du bain ? N’est-ce pas un trait remarquable de l’être humain que d’avoir tendance à peser ses actions ? Il devrait être possible de réfléchir en profondeur à notre goût immodéré et mortel pour le plastique, sans être dupe des marchés. Pourquoi n’allierions-nous pas la lucidité et la morale, en considérant notre façon de glisser sous le tapis ce que nous ne saurions voir sans frémir, les ordures, qu’elles soient ménagères, industrielles ou radioactives ?

GAËLLE CLOAREC
Avril 2017

À lire :

Homo detritus
Critique de la société du déchet
Baptiste Monsaingeon
Seuil, 19 €


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