Les directeur-i-ce-s des lieux culturels font état de la situation actuelle : le Théâtre Vitez, sur le campus de la faculté de Lettres à Aix-en-Provence

La grande famille du spectacleVu par Zibeline

Les directeur-i-ce-s des lieux culturels font état de la situation actuelle : le Théâtre Vitez, sur le campus de la faculté de Lettres à Aix-en-Provence - Zibeline

Le Théâtre Vitez se trouve au centre de la Faculté de Lettres d’Aix-en-Provence. Points de vue croisés de l’équipe de ce lieu hybride, qui continue de fonctionner dans un campus vide.

Louis Dieuzayde, président : Sans public ou presque, le théâtre s’est « re missionné » comme milieu de fabrique avec répétitions, temps de résidences et sorties pour les professionnels. Le point positif, s’il faut en trouver un, c’est que ce temps nouveau a profité aux compagnies qui ont pu travailler plus longuement sur leurs projets, bénéficier des retours des équipes technique et artistique du Vitez. Il y aura peut-être de meilleurs spectacles quand on pourra reprendre grâce à ces temps de cogitations, d’échanges, qui n’auraient pas eu lieu en temps normal dont le rythme est plus accéléré.

Agnès Loudes, directrice déléguée : Le milieu culturel, grâce à ses actions syndicales, s’est glissé dans les interstices, il a pris ce qu’il avait réussi à négocier avec les ministères de la Santé et de la Culture : les répétitions, les temps de résidences, les relations positives sur le temps scolaire. Ce n’est jamais suffisant bien évidemment, et il faut gérer la très grande déception, la tristesse, de ne pouvoir montrer tout ce que l’on fait, surtout à des jeunes. On est dans un campus vide…

Il reste la satisfaction d’avoir organisé des résidences, toutes payées bien sûr, alors que cela ne fait pas partie de nos missions. Démonstration a été faite de notre capacité à les accueillir avec le nouvel outil qu’est le CUBE, et avec notre équipe technique. Les mots ont aussi pris un autre poids ou ont dû être redéfinis : le terme « solidarité » a pris tout son sens avec le Réseau Traverses par exemple, comme les « Plateaux solidaires » proposés par la Région. Un vrai partage s’est aussi mis en place entre les programmateurs. Grâce au public professionnel, l’expérience de la confrontation subsiste. C’est un temps de travail devant des regards bienveillants. Il a fallu convaincre les artistes que cela en valait la peine. Le théâtre nécessite du temps, et pour une fois on l’a, il faut s’en saisir ! J’ai vu la grande famille du théâtre se reconstituer, avec des partenariats et un dialogue approfondi entre les équipes techniques, artistiques, administratives. Les syndicats ont aussi joué pleinement leur rôle, en mettant au centre la question de l’intermittence. La crise du Covid nous a fait voir les choses autrement et nous pousse à rééquilibrer les missions du Vitez entre diffusion et accompagnement, accouchement des spectacles. Le système du théâtre subventionné est en train d’être revu : jusque-là seules les scènes nationales et les CDN subventionnés pouvaient accompagner la création. Les choses évoluent.

Sébastien Catry, directeur technique : Nous avons eu des temps de travail qui n’auraient pas eu lieu, ce qui a permis des expérimentations, des finalisations, des tests de faisabilité : le temps de monter des projets sans le mur des dates butoir. Un temps vraiment créatif qui a permis des retours nombreux, de trouver de nouvelles solutions et d’aller plus loin dans les projets. Comme je suis aussi formateur de la filière Régie de la section théâtre de l’AMU, les étudiants ont eu une approche privilégiée, avec la possibilité de chercher. Ce qui a été le plus difficile c’est de conserver l’adrénaline indispensable au spectacle vivant, de structurer le temps de travail dans ce « temps suspendu ». Nous avons donc mis en place des ateliers, des montages à blanc, pour revenir à une sorte de temporalité réelle. Dans ces moments de crise, on perçoit aussi la motivation des gens, et nous avons tous été agréablement surpris de voir les étudiants rester ! Attention, ce n’est pas idyllique pour autant ! Il est indispensable de retrouver le public, cela change totalement la donne : dans ce métier il faut être capable de gérer la pression.

Isabelle Antheaume, chargée Développement, Communication et Publics : Le plus gros bémol est sans doute celui apporté par la relation aux publics, puisque nous n’en avons plus ! Il a fallu inventer d’autres manières de garder un lien avec les étudiants absents. Il nous reste le public professionnel. Nous avons resserré les liens avec les autres salles, les autres programmateurs… et peaufiné l’art des « newsletters » !

Propos recueillis par MARYVONNE COLOMBANI
Février 2021

theatre-vitez.com

photographie : Agnès Loudes et Louis Dieuzayde © Eliot Mini

Théâtre Antoine Vitez
29 Avenue Robert Schuman
13100 Aix-en-Provence
04 42 59 94 37
http://theatre-vitez.com/