Entretien avec Cécile Helle, maire d’Avignon, résolument optimiste pour le festival 2021

« La culture fait partie de notre République »

Entretien avec Cécile Helle, maire d’Avignon, résolument optimiste pour le festival 2021 - Zibeline

Cécile Helle, maire d’Avignon, affiche un optimisme combatif pour soutenir la culture, et se projeter dans un été avignonnais nourrissant.

Zibeline : Vous avez initié le 16 janvier un manifeste pour la réouverture des lieux culturels et patrimoniaux, relayé par une pétition en ligne*, puis adressé une lettre au président de la République le 7 février. Comment cela a-t-il été reçu par ces différents interlocuteurs ?

Cécile Helle : Les acteurs culturels d’Avignon sont très contents de sentir ce soutien de la part de l’équipe municipale et du maire d’Avignon je pense, puisque j’ai souhaité les réunir très tôt, au mois de janvier, pour échanger avec eux et leur dire qu’il fallait qu’on soit en résistance par rapport à ce qu’on vivait tous, et ce que moi je considère comme étant dramatique pour eux et pour la culture en général. On est partis sur l’idée de la manifestation et du manifeste qui a eu lieu le 16 janvier, parce que c’était pour nous le début du calendrier culturel de la ville avec le Fest’Hiver, première manifestation de spectacle vivant qui a lieu chaque année au mois de janvier et qui mobilise les scènes permanentes. L’idée était donc d’être en résistance, en soutien, mais aussi en espoir et donc en capacité de se projeter, notamment avec la perspective de l’été 2021 et du Festival.

Quant à la lettre au président de la République, c’était pour marquer les 100 jours depuis la fermeture des lieux culturels le 30 octobre. Et aussi pour l’interpeller en direct sur le fait qu’il fait le choix de considérer que même si la situation sanitaire est compliquée on peut s’en sortir en prenant des précautions et en évitant le reconfinement, mais en proposant une vie sans accès à la culture. Or, s’il faut continuer à vivre, même avec un virus qui est toujours présent et malheureusement continue de se diffuser, il faut aussi qu’il trouve les moyens de nous permettre de rouvrir les lieux de culture, les musées, les scènes de spectacle.

Est-ce que vous envisagez d’autres actions de ce genre ?

Je me suis rapprochée du maire de Bourges Yann Galut, que je connais bien -on a été tous les deux jeunes députés de 1997 à 2002-, il est devenu maire en 2020. On est en train de préparer un courrier commun à la ministre de la Culture pour lui demander qu’elle nous reçoive et qu’on puisse lui présenter des scénarios sur lesquels on a travaillé pour permettre au Printemps de Bourges -qui se tient du 3 au 9 mai- et au Festival d’avoir lieu. On demande l’écoute du gouvernement, parce qu’on a une expérience d’élu local, on est en contact avec les acteurs culturels qui ont déjà montré, après le premier confinement, qu’ils pouvaient rouvrir leur lieu tout en mettant en place un protocole sanitaire très strict. On ne peut pas rester dans le statu quo tel qu’il est proposé aujourd’hui. Et puis il y a une incompréhension, comme il est écrit dans le manifeste et dans ma lettre : il y a eu parfois des mesures qui nous ont semblé contradictoires comme laisser les gens aller s’agglutiner dans les centres commerciaux alors que les musées et les salles de spectacles restaient fermés. On rouvre les lieux cultuels mais pas les lieux culturels. C’est relativement incompréhensible.

Ça engendre de la colère, et ça fait monter les populismes, voire les extrémismes, on n’a rien à gagner à ça. Ce que j’ai voulu rappeler au président de la République, c’est que dans le modèle républicain la culture est primordiale, elle doit faire partie de notre République. Pour moi, la culture revêt une dimension exceptionnelle, elle est vitale pour chacun de nous, et aussi pour nos territoires. En tant que maire, je suis là pour veiller à ça. Il est urgent d’entendre ça aujourd’hui.

Vous semblez confiante sur la tenue du Festival, In et Off, cet été.

Absolument, il faut l’anticiper, mettre en place des mesures qui permettent à tous d’assurer la sécurité sanitaire et la santé des festivaliers, dont on sait qu’ils viennent en nombre. En tant que maire je suis prête à étudier tous les enjeux en termes de cheminements dans la ville, c’est en effet un point névralgique car le Festival fait se concentrer un nombre important de personnes dans un territoire relativement réduit, le centre historique de la ville, mais cela peut se gérer.

Le brassage de populations est en effet très important dans les rues, au-delà même des théâtres.

Oui, mais il y a des festivals, à Édimbourg par exemple, où il y a un sens de circulation piéton. J’en ai déjà fait part au Préfet de Vaucluse, on est prêt à étudier et à expérimenter, à innover !

De quelle façon ?

Dans les rues étroites, on peut très bien considérer qu’elles seront à sens unique, y compris piéton. Dans le centre historique, elles sont souvent en parallèle, donc il suffit d’en mettre une en nord sud et celle d’à côté en sud nord, en expliquant qu’il y a un sens de circulation à pied.

On est dans une démarche volontariste, qui est d’anticiper, pour permettre à ce que ça ait effectivement lieu. On est en février, on a encore suffisamment de temps pour pouvoir mettre en place des mesures dans les lieux culturels, et dans la ville pour pouvoir accueillir dans les meilleurs conditions le public et les festivaliers.

Quels sont les soutiens dont bénéficient les artistes à Avignon ?

On a maintenu en 2020 l’ensemble des subventions qui étaient accordées aux acteurs culturels avignonnais. On a voté notre budget 2021 le 19 décembre dernier et lors du même conseil municipal des acomptes de 50% des subventions pour toutes les associations culturelles qui sont conventionnées avec la Ville pour anticiper sur 2021. L’année dernière on avait mis en place, dans le cadre d’un plan de relance, un fonds de soutien exceptionnel aux acteurs culturels non conventionnés de 200 000 euros qui avait permis de venir en aide à un certain nombre de structures ayant des difficultés de fonctionnement et même, pour certaines d’entre elles, de pérennisation puisqu’elles n’avaient pas pu participer au Festival, qu’elles n’avaient pas pu vendre ni diffuser leur création. Ce fond de soutien est venu en complément de ce qu’avait mis en place l’État et qui a été géré par le Off, ou ce qu’a pu mettre en place la Région. Cette année on va aussi maintenir l’appel à projet, lancé il y a 4 ans, qu’on destine aux acteurs culturels non conventionnés, et qui représente là aussi un engagement de la Ville de près de 200 000 euros pour les associations culturelles, y compris les associations de culture provençale. On accompagne ainsi toutes les formes artistiques, spectacle vivant, arts plastiques… y compris lors de résidences de créations.

Vous êtes donc plutôt optimiste pour l’avenir ?

Je suis optimiste, positive et combative surtout. Il faut aussi avoir cette pugnacité, mais je le redis, et c’est pour ça que j’ai fait ce courrier au président de la République, je ne remets pas en cause la stratégie sanitaire telle qu’elle peut être choisie par le gouvernement à l’échelle nationale. Je comprends que le président et le gouvernement veulent tout faire pour éviter un troisième confinement parce qu’on sait qu’à ce moment-là c’est toute l’économie française qui est l’arrêt. Mais la culture est essentielle ! Quand j’entends que les français n’ont pas le moral, c’est aussi parce que nos vies ne peuvent pas se limiter à se lever le matin, aller travailler, faire des courses, et rentrer le soir pour dormir. Là c’est la citoyenne qui parle et je n’en peux plus de cette vie-là ! Il faut qu’on retrouve et qu’on puisse vivre ces instants de grâce, d’émotions, quand on est confronté à l’art et qu’on va à la rencontre d’œuvres artistiques quelles qu’elles soient. On va d’ailleurs continuer à prendre des initiatives, notamment le 27 février en principe, au moment où aurait dû avoir lieu Les Hivernales : on va proposer, en s’appuyant sur une manifestation de soutien au monde culturel, une petite forme chorégraphique dans l’espace public, Le Sacre du Collectif La Ville en Feu.

Propos recueillis par DOMINIQUE MARÇON
Février 2021

* sur le site change.org, elle a recueilli plus de 20 000 signatures à ce jour

Photo : Cécile Helle (c) Grégory Quittard