Nouvel adjoint à la culture de Marseille, Jean-Marc Coppola répond à nos questions

« La culture, c’est le trait d’union entre les gens »

Nouvel adjoint à la culture de Marseille, Jean-Marc Coppola répond à nos questions - Zibeline

Entretien avec Jean-Marc Coppola (PCF), nouvel adjoint à la culture de la municipalité issue du Printemps marseillais.

Le tourisme, la jeunesse, les lycées, les infrastructures, l’ancien syndicaliste cheminot Jean-Marc Coppola avait officié dans plusieurs domaines au cours de ses trois mandats au Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Artisan du Printemps marseillais lors des dernières élections municipales, le voici adjoint en charge de la culture pour toutes et tous, de la création et du patrimoine culturel. Une délégation où on ne l’attendait pas mais que cette figure locale de la gauche a sollicité auprès de la maire écologiste Michèle Rubirola. Il nous livre ses pistes de réflexion et de travail pour les six années à venir.

Zibeline : Quelles ont été vos premières actions ?

Jean-Marc Coppola : Tout d’abord mettre en œuvre l’Été marseillais qui était un engagement que nous avions pris, ce qui n’a pas été évident car les services de la ville n’avaient pas l’habitude. Cela a permis à des familles marseillaises qui n’avaient pas la possibilité de partir en vacances de profiter des espaces publics. L’édition 2021 sera mieux préparée. C’est une façon aussi de soutenir le monde de la culture en grande souffrance avec la crise sanitaire et qui ne demande pas seulement des moyens mais de l’activité. Le deuxième acte a été de s’investir pleinement dans la réussite de Manifesta. J’en ai découvert le sens et le contenu que l’ancienne majorité ne nous avait jamais présenté. Ce n’est pas une Biennale d’art contemporain élitiste venue d’ailleurs, il y a une construction citoyenne intéressante.

Vous avez également multiplié les rencontres avec les opérateurs culturels. Qu’en retenez-vous ?

C’était autant une façon de me faire connaître auprès d’eux, que de les connaître personnellement et reconnaître leur travail. Ils et elles ont d’ailleurs comme attente commune une meilleure reconnaissance pour ce qu’ils font. J’ai fait le constat que Marseille abrite des pépites d’une grande diversité mais qu’il n’y a pas de valorisation et donc d’appropriation par les Marseillais. Or la culture, pour moi, c’est le trait d’union entre les gens, l’émancipation humaine, la part d’imaginaire pour décrypter la complexité de la société et construire celle que l’on veut. Au-delà de m’avoir permis d’entendre les attentes, ces rencontres vont contribuer à bâtir les fondations de ce que sera une politique culturelle, tenant compte des marqueurs de ce qu’est la nouvelle majorité municipale issue du Printemps marseillais. Mon rôle comme mon état d’esprit n’est pas d’être gestionnaire de ce qui existe déjà et de bien distribuer les subventions.

Quand on se replonge dans le programme culturel du Printemps marseillais, on ne peut que penser qu’il est si riche qu’il sera difficilement réalisable en un mandat. Comment allez-vous prioriser les chantiers ?

Sans réduire notre action à cela, je souhaite développer trois axes. Le premier est le développement de l’éducation artistique et culturelle chez les enfants dont on a principalement les responsabilités, c’est-à-dire de 0 à 11 ans. Comment permettre à ces 100 000 minots de découvrir un ou plusieurs arts, une pratique et aider à ce que des projets éducatifs se développent ? Cela induit un travail de concert avec l’Éducation nationale car je ne l’entends pas seulement en termes d’activités périscolaires. Le deuxième axe concerne l’ouverture au monde de Marseille. Cela veut dire regarder et assumer la ville et son histoire telles qu’elles sont et favoriser des coopérations en Méditerranée et à l’international. L’idée d’un projet ambitieux et durable qui concrétise ce que signifie Marseille comme trait d’union avec la Méditerranée est en train de faire son chemin. Le contre-pied à un Puy-du-Fou provençal ! Le troisième axe, c’est la démocratie culturelle.

Quel dispositif envisagez-vous pour mettre en œuvre cette démocratie culturelle ?

Il n’est pas dans notre état d’esprit d’opposer la culture populaire à une prétendue culture élitiste. Pour construire la politique culturelle que j’évoquais précédemment, je propose d’inventer une nouvelle forme d’assises. Celles-ci ne doivent pas réunir que les acteurs culturels mais plutôt faire se rencontrer les professionnels et les publics y compris ceux qui sont éloignés, dans des lieux qui ne sont pas forcément des lieux de culture au sens strict. Je pense aux écoles, aux universités, aux hôpitaux, aux centres pénitentiaires, sur le port, etc.

Quand la situation des bibliothèques va-t-elle enfin évoluer ?

C’est la plus critique et il faut des actes rapides et des signaux forts de changement. Cela signifie mettre des personnels qualifiés pour rouvrir les trois sur huit qui sont fermées et retrouver des amplitudes horaires normales à l’Alcazar. La bonne nouvelle est l’ouverture de la médiathèque Salim Hatubou au Plan d’Aou, le 20 octobre, même si on ne sera pas tout de suite dans les conditions optimales. J’ai découvert qu’il y avait cinq autres projets d’ouverture de bibliothèques dans les cartons depuis des années mais à l’arrêt par manque de moyens matériels, humains et financiers. Je souhaite que dans l’année qui vient, on recrute au moins quarante agents supplémentaires, en plus des remplacements des départs à la retraite. J’encourage les collectifs d’usagers à ne pas baisser la garde et maintenir la pression même si la majorité municipale a changé.

Que mettez-vous derrière le terme Maisons de la culture, proposition phare de la campagne ?

On ne va pas en construire dans tous les arrondissements s’il y a déjà un équipement municipal à proximité. L’idée est de voir comment on irrigue tout le territoire de manière équitable en lieux de culture. Il existe des déserts comme les 11e et 12e arrondissements. Le 8e n’est pas si bien doté que ça. En même temps, il y a du foncier disponible et des sites à préempter. Soyons utopiques : la Villa Valmer que nous voulons réintroduire dans le bien commun peut avoir une destination culturelle et artistique.

Vous avez pérennisé la gratuité des musées municipaux, expérimentée pendant l’été. Y aura-t-il d’autres étapes dans ce sens ?

Cela ne concerne que les collections permanentes. C’est un premier pas. Il y aura en effet d’autres annonces dans les prochains mois. La gratuité ne suffit pas si on n’accompagne pas les publics pour leur donner envie de venir et de revenir. L’enjeu n’est pas seulement de rendre l’accès aux lieux libre pour attirer des visiteurs. Notre ambition est de contribuer à l’émancipation en faisant découvrir ou redécouvrir les arts aux différents publics et pourquoi pas susciter des vocations.

Quelles sont vos priorités en termes d’équipements publics ?

La gestion du patrimoine municipal a été catastrophique. Il n’y avait plus de sens donné à l’action publique. Nous sommes face à deux problèmes majeurs : le manque de personnel, en nombre et en qualification, et le manque d’investissements dans les bâtiments. Les exemples sont légion : l’opéra a besoin d’une sérieuse remise en état, l’Odéon a pris l’eau, le Théâtre du Gymnase nécessite deux ans de travaux pendant lesquels il va falloir relocaliser les spectacles. J’estime aussi que le parc Chanot n’est plus adapté ; pourquoi ne pas y envisager le grand auditorium dédié à la musique qui fait défaut à Marseille ? Heureusement, on ne découvre pas que des cadavres dans les placards. Il y a aussi des merveilles sous-utilisées voire en friche.

Quel constat faites-vous des conséquences de la crise sanitaire sur l’activité artistique et culturelle à Marseille ?

L’incohérence et le manque de clarté des décisions gouvernementales ont été déstabilisantes au possible. Heureusement, il y a une grande richesse de réflexion pour trouver des moyens de continuer à vivre, créer et accueillir les publics dans ces conditions. Cela vaut le coup d’écouter des personnes qui ont parfois elles-mêmes inventé avant les pouvoirs publics les protocoles pour poursuivre leurs activités tout en protégeant l’autre. Cela renforce ma conviction que les artistes et le monde de la culture sont des repères essentiels pour penser la société de demain et participer à sa construction.

Entretien réalisé par LUDOVIC TOMAS

Octobre 2020

Photo Jean-Marc Coppola © X-DR