Politique culturelle à Avignon : entretien avec la maire Cécile Helle

« La culture à Avignon, ce n’est pas que le spectacle vivant »

Politique culturelle à Avignon : entretien avec la maire Cécile Helle - Zibeline

Maire de la Cité des papes depuis 2014, Cécile Helle est candidate à sa réélection. De fait attentive à la question culturelle, elle revient sur son bilan et déroule ses propositions.

Elle dirige l’une des rares majorités progressistes dans une ville importante du Sud-Est. Cécile Helle, à laquelle certains reprochent parfois un manque de souplesse à l’égard des acteurs culturels, est en campagne pour un deuxième mandat. Entretien.

Zibeline : Après la démission de votre adjointe à la culture, pour raisons personnelles, en septembre 2015, vous ne lui avez jamais désigné de successeur et vous vous êtes attribué la délégation. Pourquoi ?
Cécile Helle : Cela m’a semblé comme une évidence de devoir assumer cette délégation. D’abord, pour montrer l’importance qu’occupe la culture dans une ville comme Avignon ; ensuite, pour essayer de développer de nouvelles perspectives et projets en matière de politique culturelle. La volonté, pour ce premier mandat, était de retisser un lien de confiance avec les acteurs culturels que je connaissais bien et de longue date. Je voulais leur montrer que devenir maire ne signifiait pas que je ne m’intéressais plus à leurs projets ou équipements culturels, et leur garantir que cela restait une priorité majeure en termes d’action avec les nouvelles fonctions qui étaient les miennes. Toutefois, si je suis réélue, mon idée est de confier la délégation à un adjoint ou une adjointe.

À votre prise de fonction, quelle a été votre première mesure en termes de politique culturelle ?
Cela a été d’essayer de faire passer l’idée qu’une politique culturelle, dans une ville, ne peut pas se limiter au versement d’aides financières à des structures. Même si on continue à le faire en consacrant 3,8 millions d’euros à l’aide aux associations culturelles. La première mesure concrète a été la mise en place de la gratuité dans les cinq musées municipaux comme un enjeu de démocratisation des pratiques culturelles. C’était à la fois ouvrir grand leurs portes aux Avignonnaises et Avignonnais et envoyer un signe aux touristes disant que notre ville recèle d’autres richesses que le Palais des papes et le Pont.

Pourquoi n’avez-vous pas prolongé la démarche jusqu’à l’accès aux bibliothèques ?
Je crois beaucoup à la lecture publique car elle est l’un des premiers modes d’accès aux pratiques culturelles. La quasi-totalité des quartiers est équipée d’une bibliothèque. Quand on se représente, c’est bien d’avoir gardé des propositions pour nourrir un nouveau mandat. Et c’est donc une proposition que je porte dans la campagne électorale. Mais la gratuité ne suffit pas à faire venir le public dans les bibliothèques et les musées. Nous avons donc voulu en faire aussi des lieux de vie culturels en y organisant, ainsi que dans cinq lieux patrimoniaux, d’octobre à juin, une véritable saison culturelle avec des expositions d’artistes locaux, des conférences, des lectures, des découvertes d’œuvres. Cela permet aux arts plastiques et visuels et aux artistes qui les portent de trouver leur place dans la ville et de dire que la culture à Avignon, ce n’est pas que le spectacle vivant.

Avez-vous d’autres projets liés aux arts visuels ?
Nous allons créer une friche artistique qui prendra place dans la Cour des Doms, dans le cadre du projet de transformation-rénovation de l’ancienne prison Sainte-Anne, au cœur du centre historique. Les travaux ont démarré. Le projet comporte aussi la création de logements en location ou en accession à la propriété. Parmi les établissement publics prévus, la friche artistique sera en gestion municipale. Notre idée est de proposer des résidences d’artiste, sur des périodes de 6 mois à un an, éventuellement renouvelables une fois, pour aider des jeunes créateurs locaux, au sens large, qui ont des difficultés à trouver un lieu de travail. On a établi un collectif de discussion pour définir le futur mode de fonctionnement.

Quels sont les grands projets en cours ?
La bibliothèque Jean-Louis Barrault, située dans les quartiers Sud, va faire l’objet d’une grande rénovation à partir de 2021, dans le cadre du programme de renouvellement urbain de l’Anru. On considère que c’est un des lieux culturels forts de nos quartiers populaires. Le projet donne l’opportunité de réinterroger les espaces de lectures publique. Penser une bibliothèque aujourd’hui n’est pas la même chose qu’en 1985 quand elle a été inaugurée. En face, nous avons le projet d’un nouveau musée d’histoire naturelle qui est aujourd’hui un peu à l’étroit et désuet dans le centre-ville. Ce serait un nouvel objet architectural et muséal que nous appellerions le Museum d’Avignon, ancré dans l’actualité des enjeux environnementaux. Avec la bibliothèque rénovée, cela créerait un véritable pôle culturel dans les quartiers Sud.

Et si vous êtes réélue ?
Je souhaite un nouvel équipement hybride dans le quartier du Pont des Deux Eaux, le seul non doté d’une bibliothèque. Il aura une dimension à la fois lecture publique et musique, comprenant une petite salle de concerts et des studios. Car on manque d’espaces publics dédiés à l’expression des groupes locaux. Nous cherchons également à poursuivre l’esprit de saison culturelle évoqué précédemment, en mettant à disposition des compagnies locales, en théâtre comme en musique, et avec un accompagnement technique, deux salles dont on a repris la gestion : la salle Benoît XII dans le centre historique et celle de la Barbière dans les quartiers périphériques.
Le troisième champ sur lequel je souhaite aller est celui de la pratique amateur pour laquelle il manque un temps fort. L’idée est donc de proposer la création d’un nouveau festival pluridisciplinaire, sur une semaine au printemps. Autre exemple, nous lancerions un appel à projet aux écoles de la ville pour accueillir, tout au long de l’année scolaire, des résidences d’artistes au sein des établissements afin de mettre le plus tôt possible en contact les enfants avec l’art.

Quel est votre rapport au Festival d’Avignon ?
La ville reste un partenaire privilégié. Comme soutien financier et dans l’accompagnement logistique pour le rayonnement du Festival. Beaucoup de lieux mis à sa disposition sont municipaux. On a par ailleurs développé des partenariats autour de l’éducation artistique et culturelle, dans le cadre des activités périscolaires, tout au long de l’année. En 2020, un spectacle sera programmé pendant le Festival dans une salle d’un quartier populaire de la ville. Pour le reste, la ville est un acteur du conseil d’administration au même titre que l’État, le Département et la Région. En ce qui concerne le Off, il n’y avait quasiment aucun contact avec ville avant que je sois élue maire. On a établi un partenariat en passant une convention pluriannuelle qui comprend une petite aide financière et la participation de la ville au conseil d’administration.

N’y a-t-il pas quelque chose à inventer de sorte que la culture devienne le moteur d’un développement économique pérenne
Mais elle l’est déjà. Il n’y aurait pas l’attractivité touristique que connaît Avignon s’il n’y avait pas ce rayonnement culturel. On ne peut pas dissocier rayonnement culturel, attractivité touristique et développement économique dans un territoire comme le nôtre. C’est l’une des villes où la présence d’organismes de formation aux métiers artistiques et culturels est forte. Ces filières apportent la preuve qu’il existe ensuite une possibilité d’emploi au sein du bassin avignonnais et permettent aux diplômés soit de lancer leurs propres activités soit de trouver un emploi au sein des opérateurs culturels existants.

Plus généralement, quelle est votre ambition culturelle en cas de deuxième mandat ?
Mon souci de maire est de faire vivre la culture tout au long de l’année. Bien sûr, il y a le temps fort du Festival, et il faut s’en réjouir car cela apporte beaucoup à notre ville, mais les acteurs culturels sont nombreux et d’une grande diversité. Je me pose toujours ces deux questions : quelle place donner à l’artiste dans la ville ? Et comment l’accompagner au mieux dans son processus de création ?

Entretien réalisé par LUDOVIC TOMAS
Février 2020

Photo : Cécile Helle © Gaëlle Cloarec

Lire aussi notre interview de Paul Rondin, directeur délégué du Festival d’Avignon.