150 ans après, quel est l’héritage de la Commune de Paris ? 

La Commune de Paris est toujours vivante

150 ans après, quel est l’héritage de la Commune de Paris ?  - Zibeline

La Commune a été le premier pouvoir ouvrier et populaire, libertaire et démocratique, social, laïc et culturel.

Le débat public qui s’est instauré sur la légitimité de commémorer le 150e anniversaire de la Commune est proprement indécent. Que l’extrême droite et la droite tentent de s’y opposer de toutes leurs forces avec des arguments profondément réactionnaires me parait naturel, et il faut se féliciter que le Conseil de Paris ne leur ait rien cédé et va le célébrer avec l’ampleur nécessaire. Mais que Pierre Nora mette son autorité intellectuelle au service de cette mauvaise cause est ahurissant. Il a osé dire qu’entre la Commune et Napoléon, dont c’est le bicentenaire de la mort, son choix se portait sur Bonaparte (et non sur Napoléon a-t-il quand même précisé), arguant du fait que nous lui devons notre administration centralisée !

Décidément les contempteurs d’Adolphe Thiers ont la vie dure et le procès qui est fait à la Commune ressemble fort à la tentative dans la fin des années 1980 de discréditer la Révolution Française et son caractère fondateur de notre République. Le Bicentenaire célébré en 1989 sous l’autorité de l’historien Michel Vovelle avait eu raison de cette infamie.

Rappelons donc à ces mauvais procureurs un certain nombre de faits historiquement indiscutables.

En premier lieu La Commune est née de la révolte du peuple de Paris « écrasé d’humiliation par la défaite devant les prussiens, exténué par un siège de quatre mois » (Jacques Rougerie, historien). Une révolte contre une Assemblée nationale qui les a lâchement abandonnés, pour fuir à Versailles préparer la capitulation et le retour de la monarchie.

La Commune, à l’inverse, va rétablir la République, proclamer la volonté de continuer le combat pour l’indépendance de la France et va surtout entamer une série de réformes dont la portée est véritablement révolutionnaire.

Elle va organiser des élections libres qui désigneront une nouvelle assemblée à majorité républicaine.

Elle va développer une vision citoyenne de la démocratie en mettant les élus sous le contrôle des citoyens.

Elle va remettre en marche l’administration et les services publics, organiser le ravitaillement, les soins aux blessés et la sécurité dans les rues.

Elle va prononcer un moratoire sur les loyers et réquisitionner les logements vides pour y installer les sans-abris.

Elle va restituer les objets déposés au Mont-de-Piété et confier la gestion des ateliers, abandonnés par leurs patrons, aux travailleurs eux-mêmes dans une ville dont 45% de la population est ouvrière.

Elle va soumettre les marchés publics à des règles et contraintes sociales.

Elle va affirmer l’égalité entre les hommes et les femmes, encadrer les salaires, décider l’école gratuite ainsi que la justice, donner la citoyenneté aux étrangers et reconnaitre l’union libre. Tout cela dans un cadre laïc puisqu’elle procède à la séparation de l’Église et de l’État.

72 jours, 10 semaines, pour tenter de fonder ce que Marx et Engels ont appelé « la première Révolution moderne ». Une révolution qui a anticipé ce que le XXe siècle et le début du XXIe n’ont pas encore totalement réalisé.

« Elle a ouvert la voie à une autre conception du « vivre ensemble » fondée sur l’égalité et la solidarité » (Roger Martelli, historien). Elle l’a fait dans le cadre d’une guerre civile subie qui l’a conduite parfois à des méthodes expéditives. Car la Commune n’a pas eu le temps de mettre en œuvre toutes les réformes qu’elle voulait réaliser.

72 jours, 10 semaines seulement, parce que la répression qui va s’abattre sur les communards sera terrible. « Qu’on les fusille » dira Adolphe Thiers ; le procès en massacre qui est fait à la Commune est odieux car c’est elle qui a été noyé dans le sang. La « semaine sanglante » qui suivit attendra 2016 pour que ses victimes soient réhabilitées par l’Assemblée nationale.

Le XXe siècle nous a offert d’autres expériences qui méritent notre réflexion (Octobre 17, le Front populaire, la résistance et le Conseil National de la Résistance, mai 68). Mais la Commune a été le premier pouvoir ouvrier et populaire, libertaire et démocratique, social, laïc et culturel.

J’ai fait partie en 1968 des lycéens et étudiants qui ont occupé et débaptisé le Lycée Thiers à Marseille. Dans l’enthousiasme nous l’avions nommé le Lycée de la Commune de Paris. Cette revendication est à mon sens toujours d’actualité.

ALAIN HAYOT
Mars 2021

Illustration : Commune de Paris-Comite de Salut Public © Image Imprimerie Nationale