Le lycée Antonin Artaud à Marseille frappé par la baisse des moyens d'enseignement

La braderie du lycée

Le lycée Antonin Artaud à Marseille frappé par la baisse des moyens d'enseignement - Zibeline

Les professeurs du lycée Antonin Artaud à Marseille vendent (symboliquement) leur établissement pour dénoncer la baisse de moyens d’enseignement.

« Bâtiment sur 3 niveaux, quadruple exposition. Année 1978 (…) Vendu avec un lot d’enseignants, de CPE et d’AED formés, volontaires et impliqués (…) Possibilité conversion en locaux commerciaux (…) adolescents et jeunes adultes présents sur place (…) emplois du temps à trous permettant une grande disponibilité de la future clientèle (…) Librairies et activités culturelles s’abstenir. » Elle ne manque pas d’humour, cette petite annonce factice diffusée par les profs du lycée Antonin Artaud. D’ailleurs, même si elle est introuvable sur le site leboncoin, elle a amplement circulé sur les réseaux sociaux, et cela ne les étonne pas vraiment. « Le massacre du service public de l’enseignement concerne tout le monde », soupire Marion Chopinet, représentante syndicale (Snes) de l’établissement. Avec ses consœurs et confrères, l’enseignante de la section théâtre s’est aussi livrée le 9 mars dernier, sur le parvis, à une vente aux enchères symbolique du Bâtiment C, « pour aider notre ministre à brader l’Éducation Nationale ».

Des moyens en baisse dans toute l’Académie

Le corps enseignant d’Antonin Artaud s’insurge parce que, comme chaque année, il a reçu la Dotation Horaire Globale (DHG) qui lui est affectée, à partir de laquelle seront organisés les cours à venir. Christine Brocchiero, également représentante syndicale, déplore la perte de trente heures sur l’année scolaire 2021-2022… alors que le lycée recevra trente-cinq élèves supplémentaires, soit l’équivalent d’une classe. « L’an prochain, on va les entasser dans les salles pour qu’ils atteignent leurs heures d’enseignement. » Des spécialités telles que l’italien ne seront plus proposées. En histoire-géographie, ou en français, alors que jusque-là les classes étaient en demi-groupe, plus propice à l’apprentissage, les élèves seront en classe entière. « C’est extrêmement dommageable, en particulier dans les filières technologiques. » Aussi les profs ont-ils organisé un happening dans la cour pour les sensibiliser, ainsi que des réunions avec leurs parents. Le 19 mars, une délégation ira demander au Rectorat des moyens supplémentaires. Marion Chopinet dénonce une baisse dans tous les établissements du second degré de l’Académie Aix-Marseille : « Les collèges et lycées vont accueillir 3000 élèves de plus, mais 60 postes vont être supprimés. »

Fracturer l’enseignement

La direction, sollicitée, leur aurait répondu que chacun doit participer à l’effort de la nation*. De quoi faire bondir les enseignants, qui, au-delà de la DHG, rejettent la réforme portée par Jean-Michel Blanquer. « Le gouvernement organise un lycée de l’élite, excluant les plus faibles. Sous un vernis séduisant, le bac à la carte, son principal objectif est d’effectuer des économies. » Concrètement, explique Marion Chopinet, les élèves choisissent désormais trois spécialités en Première, et n’en conservent que deux en Terminale. Là où précédemment plus d’options signifiait des enseignements supplémentaires, « mathématiquement cela diminue les moyens alloués ». L’offre de formation est appauvrie, et cela conduit, dans toutes les filières, à une amplification des inégalités. Les mathématiques, par exemple, n’apparaissant plus dans le tronc commun, il faut prendre cette spécialité pour continuer. Or, « les cours y sont d’un très haut niveau, bien plus élevé que dans la filière scientifique auparavant ». Résultat, seuls certains élèves auront accès à cette matière considérée comme déterminante. L’éducation à deux vitesses, malheureusement, prend de l’élan.

GAËLLE CLOAREC
Mars 2021

* La direction du lycée Antonin Artaud, que nous avons appelée, n’a pas souhaité réagir au mouvement enseignant.

Lire aussi notre enquête sur la détresse des enseignants du primaire et du secondaire.

Photo : Banderoles du 9 mars 2021. Dessins de Clara Deligny (c) G.C.