Entretien avec Jean-Marc Coppola, élu PCF, sur la politique culturelle du Printemps marseillais

Vers un printemps culturel Marseillais ? Réponse de Jean-Marc Coppola

Entretien avec Jean-Marc Coppola, élu PCF, sur la politique culturelle du Printemps marseillais - Zibeline

Le Printemps Marseillais, mouvement sans précédent qui allie les gauches à Marseille, a-t-il un programme culturel ? Enquête sur les désirs et les visions de chacun…

La question a été posée par Zibeline, en conférence de presse, lors de l’annonce officielle de la naissance du Printemps Marseillais. Le mouvement de rassemblement des gauches et des engagements associatifs a-t-il un programme culturel, une commission culture ? Vaguement évoquée dans un des quatre piliers fondateurs (égalité, écologie, activité économique, démocratie), la culture ne serait-elle qu’une question d’égalité ?

Enquêtant plus avant, Zibeline a interrogé les quatre principaux courants politiques de ce printemps, ainsi qu’un membre du collège citoyen.

Contrairement à l’impression de flou qui pouvait se dégager des prises de positions jusqu’alors, une grande cohérence des réponses apparaît, et des lignes de force communes : participation citoyenne, démocratisation, proximité, pratique artistique, mais aussi soutien affirmé aux artistes, refus de la culture spectacle, dénonciation de l’instrumentalisation s de la culture à des fins de communication…

Des propositions concrètes sont avancées, des moyens pour y parvenir, avec des nuances de priorité selon les tendances. Mais tous mettent la culture, les artistes, les habitants au cœur de ce printemps désiré…

Ils ont cependant un autre point commun : Aldo Bianchi, président de l’association Marseille et moi, Jean-Marc Coppola (PCF), Michèle Rubirola (EELV) Benoît Payan (PS) et Sophie Camard (FI) ont tous ont été extrêmement prolixes ! L’ensemble dessine un programme…


Entretien avec Jean-Marc Coppola, Porte-parole des communistes de Marseille.

Zibeline : Quelle est la place de la culture dans ce Printemps Marseillais ?

Jean-Marc Coppola : La culture a une place centrale dans notre mouvement inédit. Ce n’est pas une catégorie comme une autre de la vie publique, elle donne sens et souffle à notre imaginaire collectif. En effet le Printemps Marseillais est composé de femmes et d’hommes aux engagements politiques, syndicaux, associatifs, citoyens, d’histoires, d’expériences et d’horizons divers, et ensemble nous construisons du commun depuis des mois avec une ambition : rendre Marseille à ses habitant.e.s.

Telle la langue des artistes, qui se veut subversive et inventive, nous créons une nouvelle culture politique ! Elle est tout à la fois inattendue et rebelle, responsable et crédible pour redonner du sens et de l’utilité à l’action publique tant discréditée par des décennies de renoncement, de privatisations et de régressions sociales. Nous voulons libérer et développer la force créatrice et artistique dans la deuxième ville de France. Mais au-delà de cela la culture, ce vecteur d’émancipation de toutes et de tous, d’éducation populaire et de lien social, sera le fil rouge d’une façon nouvelle de pratiquer la politique, véritablement démocratique, qui associe les Marseillais.e.s aux choix, priorités et décisions présentes et à venir.

Quel bilan tirez-vous de la politique culturelle de la Ville de Marseille ?

Quel paradoxe ! L’équipe municipale, depuis un quart de siècle, n’a fait que diviser, exclure et vendre du temps de cerveau humain disponible, et a obtenu le label européen de capitale de la Culture ! Cela en dit long sur la conception de la culture qu’ont eu les élus de droite, mais aussi sur les reculs à l’échelle nationale et internationale en matière de politique de création, d’art et de diffusion : la culture se réduit à une économie rentable et à un vecteur d’image et de communication.

À Marseille, la culture sert de vitrine et est restreinte à l’évènementiel. Un exemple ? le financement par la municipalité de l’accueil du concours Miss France 2020 en décembre prochain dont les élus de la majorité sont fiers. Ils pensent retombées médiatiques et économiques alors qu’ils promeuvent la télé-réalité et la femme-objet, pendant que les artistes sont abandonnés.

Aujourd’hui la culture est en lambeau à cause de cette politique inégalitaire, clientéliste et utilitariste. Fusion et fermetures de théâtres, bibliothèques et musées délaissés, sans projet, sans moyens, sans perspective ni direction stable, efficace et compétente. La liste des exemples d’abandon serait trop longue. Le plus notable étant le très faible soutien à la création, aux artistes et aux compagnies.

Quels sont les axes principaux de la politique culturelle que vous comptez mettre en place ?

En premier lieu il s’agit d’en finir avec cette dilapidation des potentiels et des énergies. D’abord en produisant une analyse fine des richesses artistiques et culturelles considérables que recèle notre ville et en fixant des priorités de rattrapage. Et ce dans tous les domaines : de la création théâtrale à la lecture publique, des arts de rue aux arts du cirque, des friches culturelles à nos musées ou notre patrimoine, de la production cinématographique à la diffusion des films, des ateliers d’artistes à la vie socioculturelle des quartiers populaires.

En second lieu nous proposons de structurer un projet culturel pour Marseille en nous appuyant sur son histoire multiséculaire, sur ses ressources humaines et naturelles, artistiques, culturelles, sociales et symboliques tournées vers la Méditerranée et le monde, sans oublier qu’à Marseille le monde est chez nous.

Enfin nous voulons inscrire cette ambition culturelle dans notre volonté de construire une ville solidaire, égalitaire et fraternelle. Chaque Marseillais.e doit pouvoir pratiquer la musique, emprunter un livre, accéder aux équipements culturels. Chaque artiste doit pouvoir compter sur la considération de la Ville, être entendu, sortir du mépris et de la mise en concurrence.

Comment comptez-vous financer cette politique culturelle ?

Faire de la culture une priorité municipale signifie de revoir les budgets. Le budget de la culture est inférieur à celui de la sécurité et surtout à celui de l’annuité de la dette, supérieur de 25% ! L’action publique et l’argent public ne doivent pas servir à gaver les banques et les grands groupes privés, ils doivent répondre aux besoins de nos concitoyen.ne.s en respectant et en faisant vivre leurs droits, dont les droits culturels. Des marges de manœuvre financière existent, comme par exemple les moyens d’État que n’est pas allée chercher la ville, pourtant signataire d’une Convention sur la lecture.

Nous mettrons également en débat la proposition d’un budget culturel participatif par arrondissement, afin que les habitants décident de leurs équipements de pratique culturelle de proximité.

Quel message voudriez-vous adresser aux acteurs culturels et aux artistes de la ville ?

Faire de la culture une priorité est notre volonté politique. Nous soumettons au débat public cette conception, cette volonté et des propositions. Mais nous avons besoin de vous toutes et tous pour convaincre de cette utilité pour bâtir une Marseille solidaire, juste, écologique et démocratique. Nous comptons sur vous pour qu’ensemble nous mettions en œuvre une nouvelle politique culturelle, afin que chaque Marseillais et chaque Marseillaise devienne auteur et auteure, acteur et actrice de son propre avenir et du destin de Marseille.

Qu’est-ce pour vous qu’une démocratie culturelle, et est-ce ce que vous souhaitez pour Marseille ?

Marseille ville portuaire, ville carrefour, ville transit et trait d’union et d’échanges entre les deux rives est une grande ville populaire fendue en deux par une trace ségrégative. Il s’agit d’en finir avec cette ségrégation sociale et culturelle à l’échelle de tout le territoire communal. En s’appuyant sur le réseau des bibliothèques revitalisé, un accès développé à l’apprentissage de disciplines comme la musique, la danse, le théâtre, l’écriture, particulièrement pour les jeunes mais pas seulement, on pourra rétablir des liens entre les établissements de création et les centres sociaux, les maisons de quartiers, les organismes d’éducation populaire, l’éducation nationale et le monde du travail.

Entretien réalisé par DOMINIQUE MARÇON
Octobre 2019

Photo : Jean-Marc Coppola c X-D.R.