Le directeur des Chorégies d’Orange revient sur l’annulation de l’édition 2020, et évoque ses perspectives

Jean-Louis Grinda : « Je n’ai pas d’inquiétude pour les prochaines éditions du festival »

Le directeur des Chorégies d’Orange revient sur l’annulation de l’édition 2020, et évoque ses perspectives - Zibeline

Entretien avec le directeur des Chorégies d’Orange, qui mise sur le réalisme

Pensez-vous avoir fait le bon choix en annulant l’édition de cet été ?

Jean-Louis Grinda : Nous avons pris cette décision le 20 avril. Dès le 5 mai, nous nous sommes organisés pour reporter le plus de spectacles possible. Quatre de nos dates les plus importantes ont été repoussées à l’année prochaine : le concert de Nemanja Radulović et l’Ensemble Double Sens, le récital de Cecilia Bartoli, le Samson et Dalila, très attendu, qui rassemblera Roberto Alagna et Marie-Nicole Lemieux, et enfin le Ballet Béjart. Nous laissons au public la possibilité soit de se faire rembourser leurs billets, soit de les reporter à l’identique en 2021. 

Quelle possibilité choisissent pour l’instant les spectateurs ?

Au 15 mars, nous avions déjà vendu plus de 15 000 tickets. Nous en attendions plus du double, mais les réservations se sont évidemment arrêtées à ce moment-là. D’un point de vue économique, nous pouvions redouter une forte baisse des réservations. Et il nous semblait plus sage d’arrêter la machine avant que des difficultés d’indemnisation se fassent sentir. Les réservations déjà effectuées, et reportées à l’année prochaine, nous ont permis de payer nos artistes à hauteur de 30% de leur cachet – soit le montant des tickets reportés. Nos subventions déjà perçues nous ont permis de dédommager nos techniciens. Pour l’instant, tout le monde n’a pas encore voulu reporter ses réservations : nous ne sommes pas encore au bout du processus de remboursement.

Pensez-vous que le festival, déjà en danger l’année dernière, risque de souffrir, économiquement parlant, de cette édition ?

Nous évaluons les ennuis à venir les uns après les autres. Tout nous semble confirmer que l’annulation pure et simple était la solution la plus digne et la plus viable. Même si jouer les prophètes après l’heure peut sembler peu à-propos, je demeure convaincu que les dérives sanitaires, encore incertaines lorsque nous avons annulé le festival, demeurent inquiétantes. Et il me semble à peu près sûr que nous pourrons repartir normalement l’année prochaine. D’autant que cette année, la billetterie était tout simplement exceptionnelle. Je n’ai donc pas d’inquiétude pour la suite des événements ! D’ailleurs, le taux de report des billets est très encourageant.

Avez-vous prévu de proposer quelques concerts ou petites formes dans le courant de l’été ?

Tout à fait. Une tournée en région s’organise avec le trio Le Soleil de Naples, qui s’était déjà produit lors de l’édition 2019 du festival, entre le 10 et le 31 juillet. Un « best-of » de notre traditionnel concert Musiques en Fête sera diffusé sur France 5 le 20 juin et disponible sur France TV. Enfin, nous avons organisé pour le 1er août une soirée spéciale, qui rassemblera de grands artistes lyriques accompagnés au piano. Elle sera enregistrée dans l’Amphithéâtre, vide, et retransmis en direct à la télévision. De quoi se mettre un peu de baume au cœur, en attendant l’année prochaine !

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA
Juin 2020

Photo : Jean-Louis Grinda © Gilles Leimdorfer