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L'ampleur inouïe de la pollution marine étudiée par les scientifiques

Impropre à la consommation

L'ampleur inouïe de la pollution marine étudiée par les scientifiques - Zibeline

Cet été, la goélette de l’Expédition 7e Continent a entrepris une tournée de port en port dans les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie, pour sensibiliser à chaque étape les vacanciers aux enjeux de la préservation des mers et océans et de la biodiversité marine. Qu’est-ce que le 7e Continent ? Un vortex de déchets produits par l’activité humaine, une « soupe de micro-plastiques », qui s’accumule sur d’immenses surfaces et tourbillonne en gyre, drainée par de forts courants océaniques. Cinq gyres principaux ont été repérés, donc cinq continents de plastique, dans l’Atlantique Nord, l’Atlantique Sud, l’Océan Indien, le Pacifique Nord et le Pacifique Sud. Plusieurs fois la taille d’un pays comme la France, avec une masse bien plus élevée que celle du plancton. En Méditerranée, mer quasiment fermée, il n’y a pas de gyre permanent, mais des tourbillons ponctuels et une accumulation de détritus considérable.

Nos millions de tonnes de déchets plastiques, rejetés directement ou acheminés par les rivières, les alimentent jour après jour. Filets de pêche, bouteilles, sachets, gobelets, brosses à dents… Certains matériaux, plus denses que l’eau, coulent et tapissent les fonds marins. D’autres flottent à la surface. Ils se désagrègent lentement : 100 ans pour un briquet Bic, plus encore pour l’emballage des packs de bière ou les flacons de shampooing. Poissons, tortues, oiseaux marins les avalent. Ils sont impossibles à digérer et poursuivent leur parcours mortel dans la chaîne alimentaire.

Dégradé, le plastique est plus toxique

L’Expédition 7e Continent est une association à but non lucratif, reconnue d’intérêt général, qui s’attelle à faire connaître l’ampleur inouïe de cette pollution. Elle s’appuie sur un volet scientifique pour comprendre dans quelle mesure ces débris de plastique affectent les milieux marins. À cette fin, des équipes pluridisciplinaires de chercheurs -océanographes, biologistes, chimistes, écologues, physiciens, mathématiciens…- sont chargés de collecter des données et de les analyser. Ils comparent leurs relevés de terrain avec des observations par satellites, étudient la dérive des particules en s’appuyant sur des modélisations informatiques.

On leur doit une étude publiée fin novembre*, qui confirme la présence de fortes concentrations de métaux lourds sur différents échantillons prélevés lors de l’expédition menée dans le gyre de l’Atlantique Nord en 2015. Plus importantes que dans les emballages plastiques neufs. Le processus de dégradation renforce la concentration d’arsenic, titane, nickel ou cadmium…

Des substances dont les conséquences sur l’environnement et la santé humaine sont aussi lourdes que leur nom. Pensez-y lorsque vous mangerez votre prochain sandwich au thon, bien emballé dans son papier cristal à usage unique : les poissons situés en haut de la chaîne alimentaire sont les plus contaminés. Forcément, ils ont eux-mêmes avalé des animaux plus petits, chargés de métaux lourds, nanoparticules et perturbateurs endocriniens, et stockent ces « adjuvants de saveur » dans leur chair grasse.

Nous vous en parlions dans le n°12 de Zibeline Hebdo (article Cachez ce déchet que je ne saurais voir), il est absolument crucial de réduire notre empreinte écologique sur terre comme en mer. La Région Paca est un mauvais élève du tri et du retraitement : nous devons absolument exiger des pouvoirs publics qu’ils accélèrent la mise en place d’un circuit efficace. Avant tout, nous devons organiser nos vies de façon à émettre le moins de déchets possibles, si nous voulons éviter que la poubelle Méditerranée ne se remplisse jusqu’à la gueule.

GAËLLE CLOAREC
Décembre 2018

* Article en anglais publié sur sciencedirect.com : Trace metals in polyethylene debris from the North Atlantic subtropical gyre (CNRS – IRD – Université de Rennes 1)

Photo : Microplastiques © Expédition 7e Continent – Vinci Sato