2e confinement. Comment s'en sortent les compagnies ? Le témoignage du Muerto Coco

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Le Détachement international du Muerto Coco en résidence de création au Théâtre Joliette.

Les grandes baies vitrées du Théâtre Joliette laissent entrer à flot la lumière hivernale et mettent en sourdine l’incessante circulation des voitures sur l’autoroute du Littoral. Bien au chaud à l’intérieur s’attablent autour d’une théière trois membres de la compagnie Muerto Coco, en résidence de création. Camille Grégoire est chargée de production-diffusion depuis cinq ans. Elle explique que la crise sanitaire a bousculé leur calendrier, mais aussi la forme de leur travail. « Les Lectures électroniques, en caravane, ont bien sûr été annulées, la distanciation n’étant pas possible. Entre les deux confinements, cet été, ont été créées des propositions singulières, adaptées au cas par cas, avec des jauges plus limitées, dans de petites salles associatives ou même chez des particuliers recevant dans leur jardin ». Roman Gigoi-Gary a quant à lui dû concentrer les répétitions de son solo #Bien… Reprenons, biographie d’un musicien, pour pouvoir in extremis jouer la première avant les nouvelles restrictions. Un processus « intense et épuisant », qui ne permet pas l’habituel temps de « digestion » entre les différentes phases qui rythment la naissance d’un spectacle.

Total Khéops version numérique

Marine Le Roux, responsable de la communication au Théâtre Joliette, détaille les aménagements réalisés pour accompagner au mieux les compagnies en cette période houleuse : ouvrir des espaces de travail en plus pour les artistes est devenu possible avec le second confinement. Ainsi le Détachement international du Muerto Coco, qui sera reçu en résidence longue de septembre 2021 au printemps 2022, a-t-il pu investir le plateau en cette fin 2020.

Deux projets sont à l’ordre du jour, dont l’un, Total Khéops, « une lecture musicale, un ciné-concert sans ciné, inspiré de l’œuvre de Jean-Claude Izzo », aurait dû tourner ces jours-ci en Pays d’Aix dans le cadre de Lecture par nature, la manifestation culturelle portée par la Métropole Aix-Marseille Provence. Celle-ci a été annulée du fait de la fermeture des bibliothèques et médiathèques qui devaient l’accueillir. Heureusement, la Métropole est revenue sur sa première intention, ne verser que 5% du budget initial et les frais, pour prendre en charge la totalité de ce à quoi elle s’était engagée. Avec l’Agence Régionale du Livre, partenaire de l’événement, le Muerto Coco s’est engagé dans une transformation de la proposition initiale sous forme numérique.

La métaphore du sablier

Le second projet est celui de Maxime Potard, lui aussi en solo, Danser dans mon petit salon sans me poser trop de questions. Un travail d’investigation sur la virilité, en phase de recherche auprès de quidams, détenus ou pompiers, pour une création prévue en 2022. Une version « salle » devrait naître au Théâtre Joliette, et une version « rue » lors du festival gapençais Tous dehors enfin !. Pour le moment, l’artiste s’initie au waacking, danse urbaine émancipatrice venue des milieux homosexuels afro-américains. Là encore, les contraintes liées à la pandémie se font sentir : « Habituellement, toutes les étapes de travail sont montrées en public, avec accueil des professionnels, ce qui n’est pas possible en ce moment. » Manque l’émulation due à la présence des spectateurs, certes, mais l’équipe du théâtre a malgré tout réussi à réunir une dizaine de ces professionnels, susceptibles de recevoir le spectacle une fois abouti.

« Nous ne sommes pas encore dans le rouge, expliquent les trois membres de la compagnie, parce que nous avons jusque-là bénéficié des aides consenties au secteur culturel, ainsi que du soutien des structures. » Mais ces aides sont « comme les grains d’un sablier : elles arriveront à terme, et si la crise perdure… ».

GAËLLE CLOAREC
Décembre 2020

Photo : Roman Gigoi-Gary, Camille Grégoire, Maxime Potard (c) G.C.

Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr