Festival International de cinéma du 9 au 15 juillet à Marseille

La trentième!

• 9 juillet 2019⇒15 juillet 2019 •
Festival International de cinéma du 9 au 15 juillet à Marseille - Zibeline

Le Festival International de Cinéma de Marseille programme 150 films en 6 jours. Entretien avec Jean-Pierre Rehm, son délégué général.

Zibeline : Le FID ouvre sa 30e édition : 20 ans c’est le bel âge et 30 ce serait quoi ?

Jean-Pierre Rehm : Chaque édition apporte son lot de surprises et d’intensité. Par exemple Albert Serra, en compétition l’an dernier avec Le Roi Soleil, présentait à Cannes cette année Liberté et le Grand Prix du Jury a été attribué à Mati Diop pour Atlantique ; son film précédent, Mille soleils avait eu ici le Grand prix de la Compétition Internationale en 2013. Le FID est décrit comme exigeant et difficile, ce que je maintiens, mais on voit aussi que des liens se créent avec des festivals qu’on ne décrit pas avec des singularités particulières. On est un festival avec une véritable dimension internationale, avec un flair qui se vérifie d’année en année, un festival de référence, de défrichage, avec de l’avance….

En 2018, on fêtait les 10 ans du FID Lab et la moisson de ces dernières années est saisissante, par exemple Ray & Liz de Richard Billingham nominé aux BAFTA (British Independent Film Awards).

Avez-vous prévu quelque chose de spécial pour cette 30e édition ? 

Nous avons deux invité-e-s d’honneur, une femme et un homme. Sharon Lockhart, photographe et cinéaste américaine dont on avait montré Lunch Break, et Rudzienko, quelqu’un qui s’intéresse  à la représentation de l’adolescence, très sensuelle. Elle va présider le Jury de la Compétition Internationale. Et Bertrand Bonello, qui mène un chemin très personnel dans la filmographie française. Nous avions montré son Sarah Winchester, opéra fantôme tourné dans les coulisses de l’Opéra. On va programmer bon nombre de ses films dont De la guerre. Et puis nous avons demandé à un certain nombre de cinéastes de rédiger un court message filmé que nous montrerons avant les séances.

Pouvez-vous nous parler des jurys ?

Sharon Lockhart sera entourée de Cecilia Barrionuevo du festival argentin Mar Del Plata, Richard Billingham, dont nous montrerons Ray & Liz, et Delphine Chuillot, une comédienne. Le Jury français est présidé par Agathe Bonitzer, entourée d’Andrés Duque, dont on a montré le travail à de nombreuses reprises ; on verra son dernier film, Carélia, un film très surprenant. Il y a aussi un artiste plasticien, François Martin, l’écrivaine Valérie Manteau qui a eu le Prix Renaudot pour Le Sillon, ainsi qu’Helena Wittmann, une cinéaste allemande qui a un projet de tournage à Marseille et qui sera au FID Lab.

Quels sont pays les plus représentés dans la Compétition Internationale ?

Il y a un continent qui est là, fortement, l’Amérique du Sud. On a toujours été très attentif à sa production, très inventive et dynamique. La programmation n’est pas encore définitive mais je peux vous parler de Nunca Subí el Provincia du cinéaste chilien Ignacio Agüero, qui avait eu le Grand Prix en 2016 pour Como me da la gana II, une figure très importante au Chili car il a été très proche de Raoul Ruiz. C’est une sorte de poème autobiographique, un film d’une rare délicatesse, plein d’amour, très libre. Il y aura aussi Bab Sebta de la Franco Marocaine Randa Maroufi, l’évocation du passage douanier entre la France et l’Espagne, réalisé en studio, un film qui était au FID Lab et qui est terminé. Le résultat est saisissant.

Y-a-t-il des thématiques qui se dégagent des films que vous avez sélectionnés en Compétition Française ? 

Plusieurs films, de manière différente, accueillent la question des migrations, dont La Mer du milieu de Jean-Marc Chapoulie et Nathalie Quintane, qu’on avait reçu au FiDLab en 2017, qui utilise presque exclusivement des images glanées sur Internet ou issues de caméras de surveillance du pourtour méditerranéen ; Jean-Marc Chapoulie y a fait un travail de son à la Tati en y ajoutant sa voix qui discute avec son fils et celle de Nathalie Quintane qui parle des flux migratoires. Le FRAC en présentera une version en live en partenariat avec Arte-La Lucarne. Danse macabre squelettes et autres fantaisies, cosigné par Rita Azevedo Gomes et Pierre Léon, un cinéaste qu’on avait invité avec son frère Vladimir en compétition pour Nissim dit Max. Il a été tourné au Portugal autour de la figure de Jean-Louis Schefer, essayiste, historien de l’art. C’est une fête de l’intelligence où se tisse la complicité entre les deux réalisateurs et l’écrivain.

Combien y-a-t-il de films en compétition internationale et française ?

Cela peut fluctuer au dernier moment, mais pour l’instant il y en a 12 en compétition française et 16 en compétition internationale auxquels il faut ajouter les 15 Premiers Films.

Que nous proposent les Écrans parallèles ?

On va retrouver les mêmes sections : Histoire de portraits, Les Sentiers, les partenariats avec FotoKino, l’Aspas, FFM… À la demande du département, on a une programmation autour de la gastronomie : Cinéma sans recettes, un mélange de films du patrimoine et de films nouveaux dont des premières mondiales. Un autre Écran qui n’aura lieu qu’une fois et s’aligne sur une proposition du FRAC : Des marches, démarches autour de la question de la méthode, la recherche de la voie. Le point de départ est Walker, le film de 2012 réalisé par Tsai Ming-liang qui montrait son acteur fétiche Lee Kangsheng marchant au ralenti en habit de moine au milieu de la foule des villes d’Asie. La Walker série reste inédite en France et sera montrée dans notre édition avant la grande rétrospective consacrée au réalisateur à Beaubourg.

Coup de cœur
Un film qui refait surface : De quelques événements sans signification
Montré une fois à Paris en 1974, dans une sélection faite par Henri Chapier, aux côtés des films de Scorsese et de Coppola , le film de Mustapha Derkaoui a été censuré par les autorités marocaines. Et a disparu des écrans. Il a fait un comeback à la 69e Berlinale sous l’impulsion, entre autres, de Léa Morin qui a dirigé la cinémathèque de Tanger. C’est un film ambitieux qui se construit sur une mise en abyme. Il y est question du tournage d’un film, d’un meurtre, de questions théoriques sur le cinéma. On y entend une bande-son free jazz étonnante. On y est frappé surtout par la grande intelligence et la grande liberté du cinéaste formé en Pologne. Ce film change les perspectives historiques du cinéma, s’interroge sur ce que pourrait être un cinéma national. Le réalisateur, considéré comme le pionnier du cinéma moderne marocain, malgré son état de santé, sera là et il y aura deux séances pour que le maximum de personnes puisse voir ce film au destin singulier. Le film est projeté en séance spéciale-événement au Mucem.

ÉLISE PADOVANI ET ANNIE GAVA
Juin 2019

Festival International de cinéma Marseille
9 au 15 juillet
Divers lieux, Marseille
04 95 04 44 90 fidmarseille.org

Photo : Jean-Pierre Rehm © Annie Gava