Le féminisme version intersectionnel dans la rue à Marseille

Féministes nouvelle vague

Le féminisme version intersectionnel dans la rue à Marseille - Zibeline

Elles et ils ont manifesté le 25 novembre pour fustiger le sexisme. Un combat qui n’a de sens qu’en lien avec les luttes contre toutes les dominations.

Un phénomène rafraîchissant émerge dans la sphère féministe. Dans plusieurs villes du pays, à l’occasion du 25 novembre, la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, deux types de manifestations ont eu lieu. Les unes répondaient à l’appel national lancé par l’ensemble du mouvement progressiste féministe habituel. Les autres à un texte alternatif de collectifs qui militent pour une vision intersectionnelle des luttes. Parmi les signataires de celui-ci, ni parti politique, syndicat ou association traditionnels mais la Fédération Parapluie Rouge (anciennement collectif Droits & Prostitution) qui comprend le Strass (Syndicat du travail sexuel), les Gilets jaunes intermittent.e.s chômeur.e.s précaires ou encore des associations locales LGBTQIA+ comme les marseillaises Transat et T-Time. Militante à cette dernière, Adrianne explique : « Les violences touchent les femmes trans parce qu’elles sont femmes, mais aussi les hommes trans ».

Jeunes et intersectionnels

La participation de cette association féministe trans et intersexes relève aussi de « la volonté d’étendre le sujet à tout ce qui a trait au genre », en y incluant la défense du « droit à l’avortement, à la PMA, à la transition » et avec le but affirmé de « politiser un peu plus cette journée ». L’appel en question inclut dans les victimes des violences un arc large de « personnes fragiles : sans abri, sans papiers, détenu.es, handicapé.es, neuroatypiques… ». Et d’avancer des revendications économiques et sociales telles que des salaires dignes, des services publics gratuits, le retour des CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), l’interdiction des licenciements ou l’abandon du projet de réforme des retraites. À Marseille, ces militant.e.s ont fait le choix d’une marche festive et nocturne, le jour J de la journée mondiale. Un rendez-vous qui a, semble-t-il, rassemblé davantage que celui du 21 novembre auquel appelaient les organisations plus installées, selon des participants aux deux initiatives. La première caractéristique de ces nouveaux visages militants est leur jeunesse. Beaucoup défilent également contre la loi de sécurité globale, les violences policières et dans les répliques françaises de Black Lives Matter, se définissent comme non binaires et internationalistes.

« On ne naît pas femme, on en meurt »

Les mots d’ordre sont tout aussi créatifs que radicaux, teinté d’humour ou de cynisme : « On ne naît pas femme, on en meurt », « Les roses n’effacent pas les bleus », « La PMA ou on vous vole vos gosses », « Dans seulement 15 féminicides, c’est Noël »… Les slogans libertaires sont volontiers revisités : « Sexisme partout, justice nulle part ». Une pancarte affirme la nécessaire intersectionnalité du combat, appelant à « une insurrection féministe, queer, antiraciste et décoloniale ». L’islamophobie figure aussi parmi les motifs de mobilisation. Le cortège est joyeux, il chante. Clara Luciani se retrouve malgré elle embrigadée aux côtés des insurgés, sa chanson Grenade reprise en boucle par la chorale : « Sais-tu que là sous ma poitrine, une rage sommeille que tu ne soupçonnes pas ? / Prends garde, sous mon sein, la grenade… ». Mais c’est surtout la poignante Canción sin miedo (Chanson sans peur), hymne anti-féminicides de la chanteuse mexicaine Vivir Quintana, qui fait vibrer la foule qui a convergé vers le palais de justice. Tout un symbole.

LUDOVIC TOMAS
Décembre 2020

Photo : Manifestation du 25 novembre à Marseille © Sarah Vozlinsky