Les directeur.i.ce.s des lieux culturels font état de la situation actuelle : Espace Culturel de Chaillol

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Les directeur.i.ce.s des lieux culturels font état de la situation actuelle : Espace Culturel de Chaillol - Zibeline

Michaël Dian, directeur de l’Espace Culturel de Chaillol, le définit comme une équipe en itinérance, entre les Alpes et la Provence. Faisant ainsi fi de la situation actuelle ? Entretien.

Zibeline : Comment, dans le contexte actuel, vit cette scène conventionnée Art en territoire ?

Michaël Dian : Nous ne sommes pas un lieu, mais une équipe sans équipement. Notre itinérance, notre habitude de la coopération avec les ressources et les acteurs du territoire, nous donnent peut-être plus d’agilité. En tout cas, comme il n’y a pas de lieu à gérer, nous avons l’impression qu’il s’agit de faire encore davantage ce que nous savons faire depuis toujours. De ce point de vue-là, et c’est assez paradoxal, se développe une énorme intensité dans le travail que nous menons, avec les artistes, avec les compagnies et les ensembles musicaux, les compositeurs et les compositrices, afin de mettre en œuvre des temps de présence artistique -je n’appelle pas ça « résidence », c’est un temps de présence effectif dans le territoire où les artistes puisent, aussi bien que nous, des ressources. Sont ainsi mises en place des résidences territoriales, qui ne sont pas simplement des temps de travail. Elles nécessitent aussi une implication très forte de l’équipe auprès des artistes, et, avec eux, en direction des habitants, pour pouvoir trouver de nouvelles formes d’adresses et atteindre, malgré tout, les oreilles, puisqu’on fait de la musique, des habitants. Nous nous situons vraiment dans une période d’exploration, de redéploiement extrêmement dense et inventif : c’est la même position que nous avions esquissée au mois de juin dernier avec Artistes en présences,  mais avec le savoir-faire acquis depuis six mois en fait.

Comment se dessine l’avenir ?

Le flou actuel est ce qui est le plus difficile et le plus cruel aussi. On est très en attente, en ce qui concerne la partie festival, des décisions gouvernementales. Nous sommes en lien direct avec la Région et l’État, et d’autres échelons du territoire, avec lesquels nous avons des réunions régulières. Je crois que la question des festivals de l’été est prise très au sérieux dans la région.

C’est assez vital….

Oui, et il y a un positionnement très fort de la région pour la vie culturelle estivale. J’ai vu des affiches ce matin sur les écrans numériques de la Ville de Marseille signés par la Région Sud où il est écrit « 2021, on a tous besoin d’être ensemble », avec l’image d’un orchestre devant un public nombreux. Clairement, la question des festivals, de l’activité culturelle, de sa reprise, est un sujet politique premier. Il y a une volonté de reprendre la main, de se donner des objectifs, des échéances même minimales, mais sûres, affirmées, qui ne soient plus oui/mais, où on attend tous les quinze jours quelque chose qui ne vient pas et qui est reporté. Il n’y a pas de garanties à ce jour, et c’est même plutôt le contraire je crois, que la vie estivale sera « normale ». Je ne crois pas à un retour aux conditions normales d’accueil du public avant au moins la rentrée si ce n’est pas plus.

Nous travaillons donc sur cette hypothèse d’amplifier, d’approfondir tout ce que nous mettons en place et qui permettra des rencontres autour de la musique dans le territoire des Hautes-Alpes.

Les salles sont interdites actuellement…

On fait cependant beaucoup de travail avec les écoles dans les établissements scolaires puisqu’on y est autorisé, heureusement. Cela fait partie des choses non pas d’innovation, mais qui ont été investies plus fortement encore qu’auparavant.

De nouvelles approches ?  

Absolument, une réflexion de fond a émergé sur la coopération avec les médias de territoire, c’est à dire les radios associatives, les radios locales, les télévisions de territoire, qui draine une vraie audience, et qui d’ailleurs sont considérés parfois avec une certaine condescendance. Nous avons fait le choix de les intégrer comme nos partenaires les plus importants. Il ne serait guère pertinent pour nous de faire du livestream ou une chaîne YouTube, nous n’en avons pas les moyens. Par contre, les médias de territoire sont lus et très écoutés et font un travail de qualité. Une dialectique naît entre le local et le global : la diffusion en direct du concert de la Mossa a été entendue dans les territoires mais aussi très au-delà. En fait, ce qui compte, c’est la qualité. Quand elle est adressée localement, elle finit par se faire entendre. La coopération permet une médiation culturelle, c’est à dire le fait de partager des valeurs, du savoir-faire et donc forcément d’accompagner les uns et les autres sur nos musiques.

ENTRETIEN REALISÉ PAR MARYVONNE COLOMBANI
Février 2021

Photographie : la Mossa en résidence © Alexandre Chevillard