Un atelier de théatre pour les personnes trans à Marseille

Excuse-moi M’sieur, est-ce que t’es une fille ?Vu par Zibeline

Un atelier de théatre pour les personnes trans à Marseille - Zibeline

Association de soutien aux personnes trans, Transat propose à ses adhérent.e.s un atelier de théâtre dirigé par Carole Errante. Un espace où l’écriture et le jeu apportent une part de libération.

Excuse-moi M’sieur, est-ce que t’es une fille ? / Est-ce que vous avez des partenaires… des deux sexes ?/ L’ovule, c’est pour mettre en anal ?

Ces questions, Coline, Lee et Chiara les ont subies. Qu’elles soient posées par maladresse innocente ou curiosité malsaine, elles sont toujours reçues comme des petits coups de poignards dans l’intimité, la dignité des personnes transgenres. La performance issue de l’atelier théâtre de l’association Transat donne l’occasion de les renvoyer à la face du public. « J’étais très renfermée sur moi-même, dépressive, j’ai dû arrêter mes études d’ingénieur à cause d’un burn-out. J’ai eu envie de faire quelque chose qui pousse mes limites, de m’exposer au regard des autres. Le théâtre accompagne mon changement de vie », confie Coline, 35 ans, aujourd’hui remotivée pour reprendre un cursus, « peut-être en informatique ». Lors d’un événement sur la question trans organisé par le théâtre La Criée, à Marseille, Lee rencontre la metteuse en scène Carole Errante et lui propose d’intervenir dans l’association dont il est l’un des fondateurs. « Cet atelier est avant tout un espace sûr pour les personnes trans, qui permet de travailler sur l’image et l’estime de soi. » La participation à l’atelier est encore fluctuante. « La présentation d’une étape de travail en public en a freiné quelques-uns. Ce n’est pas anodin, on a du mal à s’approprier l’espace public », constate-t-il. Enseignant de 24 ans, c’est lui qui a écrit le texte de la performance, « d’un premier jet. Je me suis contenté de transcrire des phrases entendues. Je n’ai pas eu à les noter, elles m’étaient restées dans la tête ». Après les questions intrusives, les considérations déplacées.

Si au moins tu aimais les filles, je comprendrais, mais là… / C’est complètement inutile ce que tu fais. Tu n’auras jamais de bite de toute façon ! / Mais enfin aujourd’hui les femmes peuvent faire ce qu’elles veulent, pourquoi changer ?

« Intégrer cet atelier est un moyen de me libérer de ma propre vie. C’est un soutien psychologique », confie Chiara, en rupture familiale profonde. En transition depuis un an et demi, cette Aixoise de 20 ans, contrairement à ses collègues, n’est pas novice. « J’ai déjà fait du théâtre. J’étais spécialisée dans l’impro. Je dois reprendre confiance en moi pour pouvoir redémarrer des études en Arts du spectacle ». Face à la violence des mots et de la société, face à la peur de l’autre, retrouver la force de se reconstruire n’est pas toujours facile. Le théâtre est un appui.

Ma peur se nourrit du moindre de vos gestes / Tes putain de regards en biais, tes questions cons, ta petite remarque pourrie, pleine de sollicitude, ton air de biologiste en herbe…

Le théâtre est une réponse.

J’ai le droit. J’ai le droit d’être. J’ai le droit d’être en colère.

LUDOVIC TOMAS
Novembre 2020

La performance de l’atelier théâtre de l’association Transat a eu lieu le 16 octobre, à Coco Velten, à Marseille.

Photo © Ludovic Tomas

Coco Velten
16 rue Bernard du Bois
13001 Marseille
http://cocovelten.org/