Etat des lieux des partis de gauche aux élections européennes

Europe : pour une politique culturelle antilibérale et antinationaliste !

Etat des lieux des partis de gauche aux élections européennes - Zibeline

Le Parlement européen va être renouvelé le 26 mai. Les partis de Gauche français y partent en ordre dispersé alors que les groupes progressistes européens tentent de se rassembler. Petit état des lieux !

Le désintérêt des Français pour les élections européennes est évident : depuis 2005, en particulier, ceux qui ont voté Non au traité et l’ont vu s’appliquer quand même s’offusquent de ce déni de démocratie, et pensent que l’Assemblée européenne, élue au suffrage direct à 1 tour, n’a aucun pouvoir face à la Commission européenne (composée d’1 commissaire nommé par chaque chef d’État) ou face au Conseil de l’UE (composé des ministres des États).

Dans la région, même si les intentions de vote sont un peu meilleures qu’ailleurs (63%, comme en Île de France, au lieu des 57% de la moyenne nationale, voire 52% en Bretagne), le désintérêt est patent. Au-delà de l’euroscepticisme, les Français semblent méconnaître le pouvoir de l’Assemblée européenne : les médias s’attachent pour la plupart aux enjeux français, considérant les élections européennes comme un test pour les municipales, voire les présidentielles, à venir. Or, non seulement le Parlement européen élabore et vote les lois, mais il a également, contrairement à la plupart des parlements nationaux, un pouvoir de surveillance de l’exécutif (la Commission) et une compétence budgétaire.

Exercice de démocratie

Étant donné qu’aucune majorité stable ne s’en dégage, il est le lieu des alliances : certains projets de lois rassemblent des groupes qui s’opposent sur d’autres points, et il faut sans cesse convaincre ses potentiels alliés. D’où les mots doux que certains s’attribuent en coulisse ou sur les ondes, qualifiant de « tambouilles » les alliances, ou d’« imbéciles utiles » les alliés d’un jour autour d’une loi précise. La France s’est débarrassée de ce type de démocratie malléable et protéiforme, fragile et ingouvernable diront certains, depuis la fin de la Quatrième République. Mais elle n’est pas pour déplaire aux parlementaires sortants. À Eva Joly qui déclarait en quittant l’Assemblée : « Ici c’est la culture du compromis qui règne, et j’ai adoré ça. » Ou à José Bové, plus clair encore « Les Français ne comprennent pas comment on travaille ici. On est un pays clivant. Si on construit une majorité sur un projet, on est considéré comme un traître. ». Quant à Bruno Gollnisch (Rassemblement National), sa déclaration est de bon augure (excepté le soviétisme…) : « Une nouvelle union soviétique mondialiste s’élabore ici », s’est-il effrayé… Et les députés communistes sortants ont l’impression d’avoir accompli « un travail considérable ». Et harassant !

Alliances européennes, divisions françaises

Aujourd’hui, pour former un groupe au Parlement européen, il faut réunir 25 députés issus de 7 pays membres au moins. Chaque groupe est donc composé de partis nationaux de sensibilité parfois différentes : ainsi les Communistes, la France Insoumise et Lutte Ouvrière, s’ils ont des députés, siégeront ensemble à la GUE (Gauche Unitaire européenne et parti écologiste nordique). Le PS fait partie du Groupe S&D (Social et Démocrates), EELV du groupe Verts, alors que Génération.s, s’il a des députés, veut défendre un projet fédérateur de gauche autour de la candidature de Yanis Varoufakis, ancien ministre des finances de Tsipras, transfuge de Syriza et de la GUE.

Une telle alliance, opportuniste, est possible au Parlement européen, pour peu que les électeurs de gauche se rendent aux urnes pour construire une autre Europe, contrer la montée des nationalismes la toute-puissance des lobbys libéraux, et mettre en place un Green new deal européen comme le souhaitent à la fois Benoît Hamon et les Verts.

Mais 5% des voix sont nécessaires pour que chacune des listes ait des députés : sans un sursaut des électeurs de gauche la division va fortement impacter sur le nombre de parlementaires français progressistes à l’Assemblée européenne. Que les listes FI, PS, Génération.s, EELV, PCF voire LO atteignent chacune 5% semble un objectif peu réaliste… et tout ce qui sera en dessous sera perdu pour la représentation.

Pourtant les programmes des candidats semblent aujourd’hui séparés par l’épaisseur d’un papier à cigarettes. Il n’est plus question de Plan B à FI, tous font de la lutte contre le libéralisme, voire le capitalisme, leur objectif principal, indissociable du combat écologique. Et chacun fustige les nationalismes et la politique anti-migratoire criminelle de l’Europe. Y compris l’actuel PS, qui un temps prônait la déchéance de nationalité.

Et la culture ?

Un autre point commun : penser une politique culturelle européenne est loin de leurs préoccupations premières. Pourtant les libéraux européens luttent pour « libérer » les industries culturelles de l’exception qui l’affranchit partiellement des lois du marché, et permet de l’abstraire de la concurrence. Et les droites nationalistes s’emparent de la question culturelle pour y développer leurs obsessions identitaires et l’exclusivité du patrimoine chrétien. Le fait que Tibor Navracsics, ministre de Viktor Orban, soit l’actuel Commissaire à la culture nommé par l’Assemblée, n’est pas seulement le signe d’un désintérêt de l’Europe pour ces questions : elle est la preuve que les nationalistes fascisants en font le cœur de leurs crédos rancis.

Ni les Libéraux ni les Nationalistes ne s’y trompent : c’est à l’Assemblée européenne que sont posés les fondements des droits culturels des citoyens, de la juste rémunération des auteurs et des interprètes, de la libre circulation des œuvres, de la liberté de création. Et de la possibilité de concevoir l’art non comme le luxe de l’élite mais comme le bien du peuple et un des piliers de l’intérêt général.

C’est ainsi qu’élire des parlementaires de Gauche susceptible de ne pas soumettre l’art et la culture à des intérêts économiques ou idéologiques devrait être, pour tous ceux que la culture et l’art préoccupent, une préoccupation première…

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2019

Retrouvez ici nos entretiens avec Christian Benedetti, qui porte la question culturelle aux élections européennes pour la FI, et Denis Lanoy, candidat PCF.

La suite du dossier consacré à ces élections, avec d’autres entretiens (EELV, Génération.s et PS) est à paraître vendredi 17 mai dans le n°35-36 de Zibeline Hebdo.