Entretien avec Renaud-Marie Leblanc à propos de la pièce Pierre est un panda

Être enfant de deux femmes

• 28 novembre 2019, 3 décembre 2019, 13 décembre 2019⇒14 décembre 2019 •
Entretien avec Renaud-Marie Leblanc à propos de la pièce Pierre est un panda - Zibeline

Renaud-Marie Leblanc met en scène Pierre est un panda, de Christophe Pellet, texte subtil sur la violence symbolique faite aux enfants de couples lesbiens.

Zibeline : Y a-t-il une souffrance d’être l’enfant de deux femmes ?

Renaud-Marie Leblanc : Socialement, c’est évident. Christophe Pellet a écrit ce texte en réaction à la violence réactionnaire de la Manif pour tous. Elle met en scène deux familles, une très catho, une avec deux mères. Mais il a écrit un texte politique, pas militant : il donne à voir les réactions homophobes mais observe aussi les nouveaux modèles familiaux, jusque dans leurs dysfonctionnements.

Rien de manichéen donc.

Il y a clairement une famille traditionnelle pour laquelle « les enfants c’est tout » et qui désigne les mères homosexuelles comme un problème. Mais elle évolue au cours de la pièce, la mère s’affranchit de sa passivité, s’interroge, le père reconnaît le « droit » des mères lesbiennes. Celle qui attaque, se referme, agresse, c’est la mère biologique de Pierre. Parce qu’elle a subi des agressions, qu’elle a peur, elle se raidit.

L’absence du père pour Pierre n’est pas non plus évacué.

Non. Pierre en parle. On sait qu’il y a eu un père, donneur de gamète, qui a été présent et a disparu. Pierre l’attend, en rêve, puis s’affranchit de cette attente. Pour les enfants, Pierre et Maria, ces nouvelles situations familiales ne posent pas de problème, ils cherchent ensemble de nouveaux modèles, malgré les interdictions et préjugés de leurs parents.

Quel préjugé ?

Le plus évident est celui de l’homosexualité supposée de Pierre. Fils de deux femmes il ne peut être qu’homosexuel. Un « panda » dit la mère de Maria, un pédé. La métaphore, claire, n’est pas comprise des enfants. Les deux mères l’entendent tout de suite. Or Pierre aime Maria, et ensemble ils veulent inventer une nouvelle genèse où Adam et Eve seraient égaux, Onyx et Xyno, et protègeraient les Pandas de l’extinction à laquelle sont voués ces animaux bicolores…

Les enfants prennent donc le mot Panda au pied de la lettre.

Oui, littéralement. Ils ne décryptent pas les détours de leurs parents, ne comprennent pas en quoi il y a un problème, pourquoi on leur interdit de se voir. C’est cela qui est captivant dans cette pièce écrite pour la jeunesse avec la conviction que cette génération aura raison des préjugés de la nôtre. Maria rejette la passivité de sa mère, et Pierre voit que sa mère va mal. Ils veulent sortir de la souffrance où leurs 4 parents sont plongés. Ils veulent sortir de l’insulte : le droit n’est contesté par personne dans cette pièce, c’est l’insulte, le regard qui traumatise.

Les 6 personnages sont joués par 4 acteurs…

Oui, Pierre joue aussi le père de Maria, Maria la mère biologique de Pierre. Les passages de l’un à l’autre se font à vue, rapidement, avec un simple changement d’accessoire. Cela met en relief la rigidité des propos des adultes, leurs détours, et l’imaginaire foisonnant des enfants qui se fabriquent un monde. Cela permet aussi de rappeler qu’on est au théâtre, et dans une narration dont on voit les rouages : il y a un côté brechtien dans cette pièce, construite en 21 séquences, avec des titres que je projette sur scène. Le décor, minimal, figure le salon des appartements, le parc, l’école, les acteurs passent d’un rôle à l’autre, tout cela est fluide mais loin de ce mimétisme réaliste du cinéma. C’est il me semble dans cet écart avec le réel, distanciation disait Brecht, que l’esprit critique peut naître, parce qu’on ne fait pas qu’observer, l »esprit du spectateur de théâtre est amené à reconstituer, et à s’affranchir.

De quoi ?

De la figure du père, de Dieu avec lequel Pierre fait un parallèle, mais aussi de l’assignation genrée, du fait de s’effacer pour ses enfants, et de se raidir face à celui qui ne vit pas comme vous.

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2019

Pierre est un Panda
de Christophe Pellet
mes Renaud-Marie Leblanc

28 novembre
Théâtre Durance, Château-Arnoux-Saint-Auban

3 décembre
Théâtre de Briançon

13 & 14 décembre
Théâtre Massalia, Marseille

Photo : Pierre est un Panda c Didascalies and Co

Théâtre du Briançonnais
45 avenue de la République
05100 Briançon
04 92 25 52 42
http://www.theatre-du-brianconnais.eu/

Théâtre Durance
Avenue des Lauzières
04160 Château-Arnoux-Saint-Auban
04 92 64 27 34
http://www.theatredurance.fr/

Théâtre Massalia
41 Rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 70
http://www.theatremassalia.com/