Santé de l'eau en Méditerranée : des avancées mais les efforts seront moins financés

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Santé de l'eau en Méditerranée : des avancées mais les efforts seront moins financés - Zibeline

L’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée et Corse vient de publier un bilan sur la santé du réseau aquatique : des avancées, mais l’effort est à poursuivre… avec moins d’argent !

Dans notre numéro de janvier, nous avions consacré un article au circuit de l’eau en Méditerranée, en évoquant les actions menées pour la dépolluer et l’économiser face à l’aggravation du réchauffement climatique (lire Dans le courant d’une onde pure). Nous revenons sur ce sujet primordial à l’occasion de la publication par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée et Corse* d’un bilan établi en 2017, après analyse des données récoltées depuis 1990 dans les cours, nappes et plans d’eau de son territoire.

Verre à moitié plein

Première constatation : le nombre de cours d’eau en « bon ou très bon état » a doublé ces 25 dernières années, pour atteindre 52% sur le continent, tandis que la Corse peut s’enorgueillir d’aller jusqu’à 86%. Les rivières sont toujours polluées, mais la tendance est à la baisse sur le long terme, grâce notamment aux efforts des communes pour améliorer réseaux d’assainissement et stations d’épuration. Les Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques dégagés par le chauffage résidentiel et le transport routier sont moins présents, de même que les micropolluants émis par l’industrie, comme les solvants chlorés ou les retardateurs de flamme. Idem, moins de métaux lourds. Apparemment, « les opérations mobilisant les collectivités et le tissu industriel local avec l’aide de l’Agence de l’Eau** ont permis une nette amélioration de la qualité des milieux », ce qui a un effet bénéfique direct sur la faune et la flore.

En ce qui concerne l’état chimique des eaux souterraines, il est stable depuis 2009, 87% étant « bon » sur le continent, la totalité en Corse moins affectée par les pollutions aux nitrates.

Verre à moitié vide

L’Agence de l’Eau constate une baisse de la toxicité moyenne des substances phytosanitaires envers le milieu aquatique, parce que la réglementation retire (très) progressivement les substances les plus dangereuses du marché, mais relève que la quantité totale de pesticides vendus n’a pas diminué. Précisons que selon les données publiées par le ministère de l’Environnement en 2017, sur les milliers de tonnes épandues chaque année en France, les produits « toxiques, très toxiques, cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques » représentent encore 23% des ventes… Lors de la conférence de presse donnée à Marseille le 10 avril dernier, Laurent Roy, directeur général de l’Agence Rhône Méditerranée Corse, ne plastronnait pas : « Il reste la moitié des efforts à faire ». Les urgences : décorseter les rivières, encourager la végétalisation des berges. Car un parcours entravé et artificialisé fragilise leur capacité à se régénérer, tout en favorisant les inondations en cas de forte pluie. Et, inlassablement, économiser. Dans la cité phocéenne, l’Agence de l’Eau a négocié la suppression d’une partie des « boîtes de lavage » de la chaussée, une spécialité locale qui consiste à ouvrir grand les vannes d’eau potable pour nettoyer les rues. Un million de mètres cubes seront épargnés chaque année.

Des efforts payants et des démarches prometteuses, donc, mais dommage ! Le budget de la structure va baisser : après une année 2017 exceptionnelle à 550 millions d’euros, Laurent Roy prévoit 480 millions en 2018, 400 millions en 2019… Là aussi, l’austérité va frapper.

GAËLLE CLOAREC
Avril 2018

*En France 6 Agences de l’Eau, établissements publics du ministère chargé du Développement durable, ont pour mission de contribuer à réduire les pollutions de toutes origines et à protéger les ressources en eau et les milieux aquatiques.

**L’Agence perçoit une redevance auprès de tous les usagers de l’eau et la redistribue sous forme d’aides financières pour des actions de préservation des milieux aquatiques et de la biodiversité.

NB : Pour connaître la santé des cours d’eau près de chez vous, il existe une appli disponible sur iPhone et Androïd : Qualité des rivières. Elle donne accès aux données de l’Agence sur leur état écologique, la présence de poissons, invertébrés, algues, le taux d’oxygène…

Photos : Gravière sur la commune de Cheval-Blanc (Vaucluse) -c- G.C. et Boîte de lavage -c- Métropole Aix-Marseille Provence