Former et informer les services publics sur les droits LGBT pour lutter contre l'homophobie

Et la formation bordel ?

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Former et informer les services publics sur les droits LGBT pour lutter contre l'homophobie - Zibeline

Dans un contexte national de recrudescence des actes LGBTphobes, les services publics ne sont pas toujours exemplaires, en termes d’accueil ou d’information. Exemples marseillais

C’était il y a quelques semaines, à la mairie des 1er et 7e arrondissements de Marseille. Un couple franco-algérien de personnes de même sexe, en situation régulière, se présente pour déposer un dossier de mariage. L’agent municipal présente ce jour-là refuse d’enregistrer la demande. La raison invoquée : certaines nationalités n’entreraient pas dans le champ d’application de la loi de 2013 dite sur le mariage pour tous et la nationalité algérienne serait parmi celles-ci.

Cette fonctionnaire a-t-elle contrevenu à sa mission pour motif homophobe et raciste ou était-elle simplement mal informée, donc mal formée ? Difficile d’en juger puisque cette disposition a bien fait l’objet d’une circulaire consécutive à la loi Taubira, en raison de conventions bilatérales avec onze pays. C’est en 2015 qu’un arrêt de la Cour de Cassation fera jurisprudence et mettra fin à cette discrimination. Très choqués par cette fin de non-recevoir, les deux hommes ont préféré déménager et déposer une nouvelle demande dans une autre mairie de secteur.

Pour les associations LGBT+, la formation des agents en charge de l’accueil, l’accompagnement et la protection des publics représente un enjeu majeur. Sur le terrain, les situations sont variables car elles relèvent de la volonté des administrations et des liens qu’elles entretiennent avec le milieu associatif qui intervient sur cette question. C’est le cas du Refuge, à Marseille, association qui vient en aide aux jeunes homosexuels rejetés par leur famille. Des personnes qu’elle suit ont été agressées cet été et « au lendemain de l’agression, cela n’a pas été évident de porter plainte », témoigne Flavien Odorin, délégué départemental du Refuge.

Service public de la protection et la sécurité des citoyens s’il en est, la police est naturellement amenée à recevoir des personnes victimes de comportements LGBTphobes. Au commissariat central de Noailles, en plein cœur de Marseille, Frédérique est déléguée régionale de Flag ! Paca, l’association des policiers et gendarmes LGBT. « On n’est plus dans la police d’il y a vingt ans ! Quand une personne franchit la porte du commissariat, on a tous conscience que c’est une victime et on accueille tout le monde de la même façon », tempère la militante. Tout en admettant : « quand un ou une collègue a peur de ne pas faire les choses correctement, il me contacte et je reçois le plaignant personnellement, dans mon bureau ». Si évolution positive il y a au sein des forces de l’ordre, c’est aussi parce que l’institution a pris en compte les besoins de formation. « Il y a des actions de sensibilisation dans les écoles de police. Deux heures sont consacrées à ces questions dans le cursus. Parfois, c’est l’occasion pour certains élèves de s’affirmer », témoigne celle qui note « un net recul des discriminations en interne ».

« Nos actions sont bien reçues dans les écoles et les lieux de formation, mais pas dans les administrations où nos propositions sont généralement refusées », regrette Flavien Odorin. Un exemple : l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), qui refuse l’intervention de personnes extérieures par souci d’indépendance et fait le choix de former ses agents lui-même. Malgré un constat indéniable : celui que le public des migrants demeure plus fortement discriminé. Et avec eux, les trans. « Il y deux mois, à la Caf, un agent a dit à un réfugié qu’il devait attendre les cinq années consécutives réglementaires de présence sur le territoire pour être allocataire alors que c’est immédiat pour les demandeurs d’asile », raconte Victoria Safontceva, déléguée marseillaise d’Urgence Homophobie.

Pour le responsable du Refuge, « ce n’est bien entendu pas toute l’administration qui est à blâmer dans la plupart des cas, mais certains individus qui la composent et qui évoluent dans une société hétérocentrée. En cas de comportement limite, on prévient la hiérarchie. Et quand on agite l’argument homophobe, ça réagit. »

LUDOVIC TOMAS
Octobre 2018