Entretien avec Valérie Daveneau, directrice du Domaine d’O à Montpellier

Entre report et maintien : le Domaine d’O s’adapte et invente

Entretien avec Valérie Daveneau, directrice du Domaine d’O à Montpellier - Zibeline

Zibeline fait le point avec les nombreuses manifestations culturelles qui devaient avoir lieu au printemps et en début d’été. Entretien avec Valérie Daveneau, directrice du Domaine d’O.


Zibeline : Quel est votre état d’esprit, en ce début de déconfinement ?

Valérie Daveneau : Nous avons décidé de prolonger le télétravail jusqu’au 2 juin, nous poursuivons donc le travail de fond pour préparer les mois à venir dans cet « après » qui ne sera plus comme « avant ». Ce déconfinement est plutôt abstrait pour l’instant, il permettra surtout à l’équipe de rompre avec un enfermement domestique strict.

Saperlipopette aurait dû se dérouler le week-end dernier, avec une quinzaine de propositions. Est-ce que le public de Montpellier et la Métropole pourra les découvrir plus tard ?

Nous avons décidé de reprogrammer l’ensemble des compagnies qui seront disponibles sur l’édition 2021 de Saperlipopette, plutôt que de les reporter en octobre et février prochain, lors de Saperlipopette en vacances. En effet, nous souhaitons préserver les compagnies auprès desquelles nous nous sommes déjà engagés pour les vacances de la Toussaint et d’Hiver, nous sommes vigilants à l’effet « papillon » que provoqueraient des reports annulant d’autres spectacles. Pour ceux qui se produiront lors de l’édition 2021, il nous a semblé impérieux de respecter l’engagement financier transmis pour l’édition 2020, aussi avons-nous décidé d’assumer les coûts de cession de l’ensemble des compagnies et prestataires proposant spectacles et découvertes. Nous les avons donc tous contactés pour leur annoncer la bonne nouvelle.

Pensez-vous que la crise sanitaire a un impact particulier sur les programmations Jeune public ? En effet, ces spectacles ont été, en général, les premiers à avoir été annulés.

Chronologiquement, ce sont bien les compagnies Jeune Public qui ont été impactées en premier au Domaine d’O. Par ailleurs, la lutte contre la propagation du COVID-19 s’incarne dans toute sa dimension humaine, ce public est familial et intergénérationnel, la responsabilité est immense.

Les petites jauges, petites salles ne seront-elles pas les plus compliquées à rouvrir avec les règles de distanciation sociales ?

Si les jauges doivent être divisées par 3 ou 4, l’impact sur les recettes sera proportionnellement identique pour les grandes ou petites salles. Peut-être qu’au contraire, les petites salles préserveront une chaleur que les grandes salles clairsemées auront du mal à conserver, les mesures d’hygiène sanitaire de désinfection de la salle seront sans doute moins invasives à mettre en œuvre pour les petits lieux que pour les grands.

Nous devrons mesurer l’impact des normes sanitaires qui seront appliquées lorsque nous les connaîtrons début juin.

La Métropole fait son cinéma et les Nuits d’O sont programmées, comme chaque année, en août. Où en sont les réflexions pour des éventuelles adaptations aux mesures barrières ? Y a-t-il encore une possibilité d’envisager le maintien de ces deux propositions ?

Pour l’instant, ces festivals ne sont pas annulés, les équipes artistiques, permanentes, intermittentes, vacataires sont prêtes à travailler sur les Nuits d’O.

Nous avons pris le parti d’attendre début juin, de connaître les normes sanitaires applicables au spectacle vivant, pour prendre une décision.

Bien évidemment, nous sommes conscients que le festival ne pourra pas se tenir dans les conditions habituelles, tant au niveau de la jauge que de l’accueil des spectateurs ; nous travaillons à son adaptation, nous ne dérogerons en rien à la plus stricte application du principe de précaution, si les conditions optimales de sécurité de tous, artistes, techniciens, spectateurs ne peuvent être garanties, nous prendrons la décision qui s’impose.

En ce qui concerne la Métropole fait son cinéma, nous envisageons également toutes les possibilités qui permettraient aux habitants des communes de la Métropole de profiter des films dans les conditions optimales de sécurité, la faisabilité de certaines projections en Drive-In est à l’étude ; toutefois, les contraintes techniques liées à cette mise en œuvre sont bien plus grandes qu’il n’y parait, tous les lieux ne sont pas dimensionnés pour accueillir un tel dispositif.

Par ailleurs, la question de la venue ou non du public reste posée, personne ne sait y répondre. En cette première semaine de déconfinement, tout le monde retient son souffle dans l’attente des premiers effets sur le déclin ou la recrudescence du virus.

Quelles sont les conséquences économiques directes sur l’EPIC du Domaine d’O ?

L’EPIC est un établissement public, qui a la chance de percevoir une subvention annuelle pour mettre en œuvre sa saison et les quatre festivals que nous produisons (Saperlipopette, La Métropole fait son cinéma, les Nuits d’O, La métropole fait son cirque). La Métropole de Montpellier nous a confirmé que nous pourrions compter sur la même subvention qu’en 2019. Bien que la perte de recettes soit significative (environ 120 000€ sur Saperlipopette et les Nuits d’O), la bonne santé financière de l’EPIC alliée au soutien de la Métropole nous a permis de ne pas passer l’équipe en chômage partiel depuis le début du confinement.

Nous avons fait le choix d’honorer tous nos engagements (juridiques, financiers, moraux) sur l’annulation de la fin de notre saison et celle de Saperlipopette. L’intérêt général prévaut, notre statut public nous confère une responsabilité que nous assumerons pleinement, pour toutes nos manifestations estivales.

Combien de temps pourrons-nous tenir en honorant toutes nos charges sans recettes, sans public, nous l’ignorons. L’automne prochain porte tous nos espoirs.

Les intermittents techniciens, en dehors des équipes de chaque compagnie, qui devaient intervenir sur Saperlipopette avaient-ils déjà un contrat ?

Les intermittents, mais aussi les vacataires, artistes auteurs (vidéaste, photographe, graphiste, auteur…) ont tous été rémunérés intégralement, comme les artistes et prestataires (spectacles et découvertes). Nous avons la chance de travailler depuis de nombreuses années avec une équipe expérimentée, impliquée, qui compte autant sur nous que nous comptons sur elle, il n’était pas question de se dérober à nos engagements. Même si tous les contrats n’étaient pas encore signés, la planification de leurs missions nous a servi de base pour maintenir leurs rémunérations.

Est-ce que la saison 2020-2021 du Domaine d’O sera impactée, économiquement et artistiquement ?

C’est une question cruciale à laquelle nous aimerions tant pouvoir répondre. Je crains qu’elle ne le soit, économiquement et artistiquement, tant qu’un traitement ou un vaccin ne nous permettra pas de garantir qu’un concert en salle de 1200 personnes, une pièce de théâtre avec 600 spectateurs pourront être accueillis dans le théâtre Jean-Claude Carrière, qu’un spectacle de cirque pourra être programmé sous chapiteau, sans faire courir le moindre risque aux équipes et au public.

Les spectacles que nous programmons bénéficient d’un taux moyen de fréquentation d’environ 90%, notre salle propose de 600 à 1200 places, nous serons nécessairement impactés cet hiver.

Notre rapport au public, au spectacle vivant est réinterrogé, c’est la question principale qui anime notre équipe, c’est le travail de fond que nous produisons chaque jour, en ce moment, dans l’expectative des mesures qui seront prises.

Notre programmation de saison présente des spectacles de théâtre, de cirque, des concerts, des spectacles jeune public, de la danse. Dans la salle du théâtre Jean-Claude Carrière, les montages succèdent aux démontages, nous allons essayer de préserver les spectacles prévus, même si nous manquons de visibilité sur les conditions et normes sanitaires qui s’appliqueront en septembre.

Restez-vous confiante pour imaginer les festivals 2021 ?

Oui, je le suis, profondément. L’imagination est la qualité intrinsèque de nos métiers, la force vive qui nous anime. La culture et le spectacle vivant sont aussi nécessaire que l’air et l’eau, nous trouverons des solutions.

Propos recueillis par ANNA ZISMAN
Mai 2020

Photo : Valérie Daveneau © Aloïs Aurelle

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