Initiatives associatives à Marseille pour célébrer la Journée Internationale du Souvenir Trans

Cité Queer

Initiatives associatives à Marseille pour célébrer la Journée Internationale du Souvenir Trans - Zibeline

En mémoire des 369

Au moins 369 personnes trans sont mortes, victimes de transphobie, assassinées ou poussées au suicide, au cours de l’année. Chaque année depuis vingt ans, le 20 novembre est célébré dans le monde comme la Journée Internationale du Souvenir Trans, sous l’appellation internationale Trans Day of Remembrance (TDoR). À Marseille, deux initiatives associatives ont pris part à l’hommage.

Un atelier avec Transat

Anastasia Huss et Lee Ferrero, jeune couple trans, ont créé récemment l’association Transat. Parce que la transphobie est avant tout une conséquence de l’ignorance, ils animaient un atelier aux 3G, bar associatif lesbien et féministe, dans le quartier de la Plaine à Marseille. Dans le public, trois générations, LGBT ou non, venues s’informer sur la thématique transgenre. Mais d’abord, une minute de silence pour les personnes mortes, assassinées ou poussées au suicide, parce que trans. Puis quelques notions élémentaires. « Une personne est dite transgenre lorsqu’elle ne s’identifie pas à son genre d’assignation. À l’inverse, une personne cisgenre se considère en adéquation avec son genre de naissance. »

Et d’insister sur le caractère d’autodétermination : « Le genre d’une personne est tel qu’il est ressenti par celle-ci et non pas tel qu’il est imposé par la société. » Une évidence qu’il est toujours bon de rappeler : « Être transgenre n’est pas une maladie et ne relève d’aucun trouble. » Plus compliqué, quelques néologismes tels que « mégenrage », l’acte de désigner quelqu’un par le mauvais pronom et « morinom » qui correspond au prénom de naissance de fait abandonné. Ou autre anglicisme comme « cispassing, le fait de passer pour cisgenre dans son genre réel, c’est-à-dire ressenti ».

Seconde étape, des petits exercices interactifs de mise en situation. « Un petit garçon de votre entourage vous fait part de son désir de mettre du maquillage et de se déguiser en fée. Qu’en déduisez-vous ? » L’assistance est assez unanime pour dire qu’il n’y en à « rien à déduire ». « Des organes génitaux on va supposer un genre, alors que ce dernier est une construction sociale », précise Lee. « La transidentité peut se découvrir très tôt ou tardivement », complète Anastasia. Un petit vrai ou faux pour la route : « Quelqu’un dont l’état civil indique qu’il est un homme peut accoucher. » Absolument, puisqu’un homme trans (female to male) peut avoir conservé son vagin. « Il y a autant de vécus que de personnes trans. »

Une projection avec T-Time

T-Time, association féministe de personnes trans et intersexe en Paca, avait donné rendez-vous au cinéma La Baleine pour la projection de Il ou elle, film d’une grande finesse réalisé par l’irano-américaine Anahita Ghazvinizadeh. L’occasion d’engager un débat sur la place des personnes trans dans le cinéma. D’abord, un avis unanime sur un long-métrage qui évoque le sujet de manière dépassionnée, sans voyeurisme. En plein questionnement sur son identité de genre, J., 14 ans, prend des traitements hormonaux pour retarder sa puberté.

Après deux ans de suivi médical, il est appelé à faire un choix qu’il ne semble pas vouloir entériner. « Nombreuses et nombreux sont les personnes à fluctuer dans leur genre, à vivre leur identité de manière non figée », explique une militante. « Pour une fois l’acteur est trans, alors que dans la majorité des films ces rôles sont tenus par des cisgenres. » Une remarque qui suscitera un débat avec la salle. Une jeune femme estime que le propre d’un acteur est de jouer un personnage qu’il n’est pas.

D’autres comparent cette approche au black-painting consistant à se peindre le visage pour interpréter un Noir. Une pratique à caractère raciste fort heureusement quasi-disparue, qui non seulement exclut de fait toute une population de la pratique de l’art dramatique mais qui laisse surtout entendre qu’elle est incapable d’avoir du talent. « Le jour où des acteurs trans auront émergé de manière quantitative, on pourra reconsidérer la question. »

LUDOVIC TOMAS
Novembre 2018

L’association Transat propose des permanences pour les personnes trans et/ou en questionnement, tous les premiers samedi du mois, de 15h à 18h, au Théâtre de l’œuvre, Marseille 1er

Pour contacter l’association : t-time.net

Photo : c CC- missbutterflies