Plus de 150 organisateurs de festivals de l'été lancent un appel

En 2021, ils y croient !

Plus de 150 organisateurs de festivals de l'été lancent un appel - Zibeline

Un appel signé par plus de 150 festivals français de musiques réaffirme leur savoir-faire et leur détermination pour la tenue des manifestations cet été.

Des indépendantes Transes Cévenoles dans le Gard au mastodonte marseillais Marsatac, en passant par le Worlwide à Sète, les Escales du Cargo à Arles ou le Midi Festival à Hyères, les événements musicaux du grand Sud-Est se mobilisent et expriment leur optimisme. Entretien avec Alexandre Langlais, directeur de Jardin sonore, à Vitrolles.

Zibeline : Comment est né cet appel ?

Alexandre Langlais : Il est le résultat d’échanges engagés entre festivals et syndicats depuis les premières annulations au printemps dernier. Il rassemble des festivals de toutes tailles, de tous profils et de tous styles, à dominante musiques actuelles. C’est notre première expression commune et il nous a semblé de bon ton de penser qu’il n’y a pas de raisons que nos éditions 2021 ne se tiennent pas.

Où en sont les discussions avec le ministère de la Culture à ce sujet ?

Il y a eu les états généraux des festivals en octobre dernier, à Avignon, en présence de Roselyne Bachelot. N’ayant pas de contrôle sur la situation sanitaire, il est très difficile d’avoir des réponses concrètes depuis. Il y a une oreille attentive et des rendez-vous, d’éventuelles aides ont été évoquées pour l’organisation des festivals dans de bonnes conditions mais on ne sait pas encore de quel type. On peut comprendre que ce soit compliqué pour un gouvernement de se positionner à six mois. De notre côté, on connaît déjà les contraintes auxquelles on va devoir faire face et on commence à réfléchir sur des problématiques comme la distanciation et la circulation des publics sur site, l’accueil des artistes, etc. Des groupes de travail se réunissent pour tenter de proposer un modèle. Cela reste de la théorie.

Si les festivals ne pouvaient avoir lieu dans leur configuration originale, serait-il économiquement viable de les maintenir dans des formes adaptées ?

Clairement non. Le modèle d’un festival, à la base, n’est pas économiquement viable. Donc le but n’est pas de perdre des centaines de milliers d’euros à chaque édition. Si l’on met de côté les festivals subventionnés voire très subventionnés, l’équilibre financier ne se fait qu’à partir de 90 ou 95% de remplissage. Donc si l’on doit basculer vers du tout assis distancié, ce n’est pas viable du tout et il faudra imaginer une compensation en termes de billetterie. On ne peut pas demander aux professionnels et artistes de diviser leur salaire par trois.

À quoi pourrait ressembler un festival en plein air et debout avec distanciation ?

On partirait sur des protocoles décidés l’été dernier, c’est-à-dire quatre mètres carrés au lieu d’un, par spectateur masqué. Le modèle avait été validé et sur le papier, la possibilité existait. Mais de fil en aiguille, la plupart des événements concernés n’ont pas reçu les autorisations préfectorales et ont été annulés.

Y a-t-il un risque de disparition de certains festivals en cas de nouvelle année blanche en 2021 ?

Bien sûr. Certains vont devoir repenser leur modèle économique ou se mettre en hibernation si ce n’est en fermeture définitive. Et cela ne concerne pas que les petites structures ou les indépendants. Les grand groupes comme Live Nation peuvent faire le choix de ne pas reconduire leur participation financière. De même pour les collectivités, si leurs budgets deviennent exsangues.

L’appel souligne que le public est en demande et optimiste puisque certaines personnes n’ont pas réclamé le remboursement de leur billet. Est-ce le cas pour Jardin sonore ?

Cela représente environ 15% de nos spectateurs, ce qui n’est pas anodin pour nous, en tant que festival assez jeune qui n’a pas encore marqué l’histoire du territoire. Une partie du public est solidaire et en attente mais c’est difficile à estimer. On entend beaucoup de discours alarmistes sur les rassemblements et les concerts alors qu’il n’y a eu aucun retour de contamination avérée. Les gens demandent à être rassurés.

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Janvier 2021

Photo : Jardin sonore © Renaud Alouche