Les directeur.trice.s des lieux culturels font état de la situation actuelle : le théâtre Molière à Sète

Elle fait le maximumVu par Zibeline

Les directeur.trice.s des lieux culturels font état de la situation  actuelle : le théâtre Molière à Sète - Zibeline

Sandrine Mini, directrice du Théâtre Molière de Sète, nous offre une visite guidée de la scène nationale. L’occasion de nous faire part de sa position face à la situation du spectacle vivant.

Dans le noir de la salle où planent des sonorités électro couplées à de l’accordéon, Sandrine Mini circule sans hésitation entre les fauteuils. Elle connaît par cœur l’emplacement des petites traitrises du trajet. Les deux musiciens Pascal Contet et Thierry Coduys distillent les compositions ; ils sont accueillis cinq jours en résidence, « au pied levé, on a décidé ça la semaine dernière ». L’ambiance est studieuse ; la visite commencera dans le foyer du théâtre. 

Lustres, peintures allégoriques, parquet en épis, vitraux, moulures, dorures. Assise au bout d’une rangée de tables avoisinant les 15 mètres, la directrice du lieu partage son état d’esprit du moment. « Tous ces spectacles entreposés au congélateur, c’est désolant. C’est du gaspillage d’argent public. » Bien que les tutelles continuent de soutenir la filière des scènes nationales, Sandrine Mini regrette que « faire ruisseler [les subventions] jusqu’aux petites compagnies » soit très complexe, et constate qu’annonce après annonce du gouvernement, « On n’est toujours pas sur la photo ». À ce jour, aucune date encore pour bâtir la mise en œuvre de la reprise. En égrainant la série de procédures mises en place pour respecter les règles sanitaires, en pointant la différence de traitement entre les commerces bondés et la salle du théâtre Molière (« un plafond haut comme un immeuble, une jauge à 300 personnes pour près de 1000 places », elle s’agace en plus du fait que les contextes sont tous extrêmement différents, et « qu’une fois de plus, c’est avec les critères parisiens que tout est règlementé ». Les mots cinglent les ors de la Troisième République. « Il faut que l’équipe gouvernementale nous fasse confiance, conclue-t-elle, on connaît notre boulot ! ». Pour le moment, ils sont « un peu des pompiers », qui ne peuvent d’ailleurs pas secourir tout le monde : comment pallier le manque à gagner des hôtels (1600 nuitées achetées chaque année par le TMS) ou des restaurants (3500 repas) ?

Dédales
Heureusement, Sandrine Mini, malgré une sciatique survenue ces dernières semaines, a l’art du « pas de côté ». Avec l’ensemble de l’équipe, « très engagée », elle sait maintenir l’envie de nouveauté. Et « saisir l’opportunité de la crise ». Au bout d’une multitude de couloirs et d’escaliers, voici un petit studio de répétition mansardé. Claudio Stellato, artiste multidisciplinaire à tendance cirque y a laissé quelques dessins au crayon. « Il habite à Sète, dans sa péniche ! Il était basé à Bruxelles, mais il a décidé de s’arrêter là pour le moment » Espiègle, elle furette parmi les croquis. Elle se régale à la pensée que l’artiste si doué investisse cette partie intime du bâtiment. Il avait besoin de réfléchir, il lui a demandé s’il était possible de le faire au sein du TMS. Convention et réorganisation de la salle ont été engagées presque aussitôt : « Nous sommes de plus en plus réactifs pour aider les artistes ». À côté, Félicie Artaud (en résidence en décembre, lire ici) occupe depuis deux jours un local. Cela sera, pour quelques temps, son bureau. Elle reprend ici, pour la énième fois, les plannings de la compagnie (Joli Mai), intègre les reports de reports, note les annulations, et pense aussi à un prochain spectacle.

Un couloir encore, plus étroit et plongé dans l’obscurité, et une porte qui indique « Accès toiture ». Magie des vieux théâtres ! Au-dessus de la coupole qui surplombe la salle, le dôme est constitué de lamelles de bois jointes au plâtre. Ancien et moderne se côtoient (« il faut bien, sinon on est condamné à transformer le lieu en musée ») ; moment suspendu.

Quelques dédales plus loin, on replonge dans le dur : c’est le bureau de la production. Le théâtre Molière est l’une des 4 scènes nationales (sur plus de 70) à produire entièrement des spectacles. Au mur, un écrit de Ben : « Garderem lo moral ». La directrice de production Florence Marguerie espère avoir passé le plus difficile. « En décembre, c’est elle qui avait mal au dos ! », indique affectueusement Sandrine Mini, qui continue vers son propre bureau. « C’est le bazar total, eh bien j’assume ! » On sent une atmosphère chaleureuse, lumineuse ; un terreau fertile. Voilà Arnaud Champenois, directeur administratif et financier, pressé et fatigué : « C’est de plus en plus dur de tenir », explique la directrice. Sous la fosse d’orchestre, on s’offre une nouvelle bulle d’atemporalité. Et, fin de la visite : le hall d’entrée. Comme dans une grande partie du théâtre, des échafaudages ont investi l’espace ; c’était le moment pour les travaux. La billetterie dort, les statues de marbre veillent. La série de portraits de spectateurs de Luc Jennepin garde les murs. D’autres les rejoindront : les intermittents, les restaurateurs, les mécènes… Un pas de côté qui sait nous remettre au centre du lieu.

ANNA ZISMAN
Février 2021

tmsete.com

Photo : Sandrine Mini © AZ