Le milieu alternatif de la fête queer

Des nuits aussi rebelles que leurs jours

Le milieu alternatif de la fête queer  - Zibeline

Quand la fête se fait queer, elle devient politique. Un phénomène grandissant porté par plusieurs collectif dans le Sud-Est.

Quand Paulo et Erika cherchent des soirées qui leur « ressemblent », cela n’est jamais facile. Même à Paris. « Qui leur ressemblent », cela signifie un espace où une personne transgenre et une femme racisée, amatrices de sonorités hip-hop, se sentent libres et bienvenues. « Pouvoir danser, s’embrasser, s’habiller ou se mettre torse nu sans se dire qu’on est dans la représentation et relâcher la pression infligée au corps dans une société hétéro-patriarcale occidentale ». Des aspirations somme toute légitimes qui les décident à passer du constat à l’action. Le binôme s’installe à Marseille en 2016, créé l’association Baham Arts et lance, dès l’année suivante, le festival Umoja. L’événement alterne avec Intersections, autre festival dans le même « esprit de valorisation des minorités des minorités, de ceux qu’on ne voit jamais, et pour rompre l’isolement des artistes pour lesquels il est difficile d’avoir accès à une programmation », précise Paulo, 29 ans, « sorti du placard à 26 » et en transition dès 27.

Queer versus LGBT

Pour lui, la différence entre des événements estampillés LGBT et le courant queer est la revendication d’une « identité politique avec une remise en question des genres ». Chacune des initiatives est organisée en soutien à une cause ou en mémoire de victimes, de la TransPride du Pakistan au jeune Ibrahim Ali. À l’instar du collectif Error.TPG, également marseillais. TPG pour Trans Pédé Gouines, l’acronyme généralement utilisé par les groupes alternatifs qui luttent contre l’aseptisation et la dépolitisation du mouvement LGBT+. Noémie, Gaël et Julien, pas encore trentenaires, sont « à la base trois potes réunis par l’amour de la musique et la de la techno en particulier ». Doté d’un manifeste, le collectif porte une « démarche de renversement des rapports de force par une réappropriation de lieux qui ne sont pas à l’origine dédiés à la communauté, mais solidaires, pour en faire des espaces de fête sécurisés ».

Combats féministes

« Quand tu es une meuf, tu as sans cesse à dire non à quelqu’un. Il y a en a marre d’expliquer, de se justifier. Il n’y a pas de place pour le non-consentement dans nos soirées », explique Noémie. Public, responsables du lieu accueillant et personnel de sécurité sont sensibilisés aux principes érigés en règle de bonne conduite. En cas de comportement déplacé, pas de recours, c’est la porte. Inclusivité et intersectionnalité sont les deux piliers du collectif. TPG mais aussi anti-raciste, anti-patriarcal, anti-capitaliste et particulièrement remonté contre celles et ceux qui mettent à l’index des combats féministes les personnes trans ou travailleuses du sexe. « On a besoin de se serrer les coudes. » Et de pester contre les événements qui cherchent à « s’acheter une conscience queer ». Eux ne sont « pas là pour faire de l’argent », les entrées étant à prix conscient et les bénéfices reversés à des luttes.

Plus alter qu’anti

C’est en faisant un sondage dans le fumoir d’un établissement gay de Nice, à quelques semaines de l’élection présidentielle, que David Mus a eu un déclic : « 100% des mecs interrogés avaient l’intention de voter pour Marine Le Pen. Je me suis dit que je ne faisais pas partie de cette communauté et qu’il fallait repolitiser tout ça ». On pourrait qualifier cette mésaventure d’acte de naissance de Punk et Paillettes. Et l’envie d’en découdre avec « la même mauvaise dance music qu’on entend partout ». Parti de ce constat, et conforté par la dérive commerciale et consumériste d’une Gay pride niçoise devenue Pink Parade, David organise des concerts chez lui où se retrouve un public militant, LGBT, féministe… Ambiance gauche libertaire. En intermèdes, des groupes de parole, des lectures féministes, de la prévention sous forme de jeux et même des sketches. « Il y a une forte demande, on refuse à chaque fois du monde », témoigne cet éducateur spécialisé de 47 ans, amateur de punk, de cold wave et de live électro. « Je me sens plus alter qu’anti ». Déjà un début de révolution pour Nice.

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2020

Photo : Festival Umoja © SanSan Tofland

L’actualité des collectifs peut être suivie sur leurs pages Facebook respectives.