Le point sur les élections régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur, sous tension après les attentats à Paris

Des élections régionales sous tension

Le point sur les élections régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur, sous tension après les attentats à Paris - Zibeline

A trois semaines des élections régionales, les attaques meurtrières qui ont frappé Paris le 13 novembre ont bouleversé la France. L’état d’urgence est déclaré sur tout le territoire. Pour l’heure, la campagne a été suspendue

Les 6 et 13 décembre 2015 se tiendront les élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), et dans les douze autres régions que compte désormais la France. Habituellement programmé au printemps, ce scrutin a été décalé en fin d’année en raison de la réforme territoriale, décidée début 2015. Depuis cette date, le pays ne compte plus vingt-deux régions administratives, mais seulement treize. Certaines ont fusionné et seules six, dont PACA, conservent leur contours à l’identique. Les élections étaient censées se tenir en mars prochain, mais la nouvelle répartition des territoires devenant officielle le 1er janvier 2016, l’organisation du scrutin a été fixée en décembre.

En 2010, la gauche s’était imposée à la présidence de tous les Conseils Régionaux de France métropolitaine, à l’exception de l’Alsace. Avec le nouveau découpage et certaines alternances probables à venir, le paysage politique des régions sera forcément différent au soir du 13 décembre. Mais à un mois de cette échéance, un terrible événement est venu bouleverser la France. Les attentats meurtriers commis à Paris dans la soirée du 13 novembre ont provoqué un immense choc dans le pays. Déjà ébranlée par les jours sanglants de janvier 2015, la société française s’est réveillée abasourdie au lendemain de ces attaques d’une ampleur sans précédent. Le mode opératoire des terroristes, qui ont fusillé à l’aveugle des dizaines de personnes avant d’actionner leurs ceintures d’explosifs, est complètement inédit en France.

État d’urgence

La menace qui planait est venue s’abattre brutalement. Pour nombre de populations au monde, ce type d’actions meurtrières est le lot quotidien. La France, désormais atteinte au plus profond, prend cruellement conscience de sa vulnérabilité totale face à des individus déterminés à organiser un massacre de masse. La guerre à distance menée contre DAESH, à coups de raids aériens sur la Syrie ou l’Irak, s’est répandue en quelques heures sur le sol français, en plein cœur de Paris. Comme un effet boomerang à la fois prévisible et tellement saisissant.

«Nous allons mener le combat, il sera impitoyable», déclarait le soir même le président de la République François Hollande. «Nous répondrons au même niveau que cette attaque», enchaînait le lendemain le Premier ministre Manuel Valls. Impossible de savoir jusqu’où mènera cet engrenage. Conséquence directe, l’état d’urgence a été déclaré sur tout le territoire. Ce régime d’exception permet notamment d’interdire la circulation des personnes sur certains lieux ou à certains horaires (voir plus de précisions sur cette page).

Dans cette situation, la tenue des élections régionales est-elle envisageable ? Spontanément, la campagne a été suspendue par l’ensemble des candidats. Mais au lendemain des attentats, le Premier ministre a assuré que les élections auraient lieu aux dates prévues. Il ajoutait par ailleurs que l’état d’urgence serait «sans doute» prolongé par une loi. Le pays, sous choc émotionnel, secoué par des images et un bilan effroyables, et donc probablement toujours en état d’urgence, sera-t-il en capacité d’organiser le scrutin ? Et surtout, quelles peuvent être les conséquences d’un tel événement sur le choix des électeurs ?

Forces en présence

Depuis des semaines, le Front national est annoncé en situation de s’imposer dans certaines régions. C’est le cas notamment dans deux nouvelles grandes entités Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où Marine Le Pen est candidate, et Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, où Florian Philippot est la tête de liste du FN. En PACA, Marion Maréchal-Le Pen est donnée favorite selon plusieurs sondages. Le nouveau contexte né des attentats pourrait être un terreau fertile pour le parti d’extrême-droite. La focalisation sur ses thèmes de prédilection, sécurité, danger de l’immigration, rejet de l’islam, risque d’être d’autant plus amplifiée quand la campagne aura repris son cours.

Depuis 1998, la région PACA est dirigée par le socialiste Michel Vauzelle, à la tête d’une coalition de gauche comptant communistes et écologistes. Le président sortant ne se représentant pas, Christophe Castaner, maire de Forcalquier, mène campagne pour le PS. Le Front de Gauche et Europe Ecologie-Les Verts sont rassemblés au sein de la Région Coopérative, avec Sophie Camard et Jean-Marc Coppola pour têtes de liste. Enfin, Christian Estrosi, maire de Nice, est candidat pour Les Républicains.

Une liste doit réaliser plus de 10% pour se maintenir au second tour et pourra fusionner avec une autre si elle dépasse les 5%. «Au premier tour, on choisit», lance Jean-Marc Coppola, irrité par ceux qui «font l’élection avant l’heure». Une allusion aux propos du Premier ministre, qui envisage une fusion entre gauche et droite là où le FN serait en passe de l’emporter. «Cela entraîne une tétanisation, un renoncement. Votez pour vos convictions, c’est le principal combat. On assume la part d’avancées réalisées avec la région, mais il existe des marges de manœuvre pour aller plus loin, et nous voulons aller les chercher.»

Côté PS, Christophe Madrolle, tête de liste dans les Bouches-du-Rhône, regrette que la majorité sortante ne parte pas unie, mais ne doute pas «du rassemblement large de la gauche» au soir du premier tour. La question de la fusion avec la droite ne se pose pas selon lui. «S’il y a un front républicain, il se porte autour de Christophe Castaner. Avant tout, notre enjeu, c’est de réveiller les abstentionnistes de gauche, et de considérer le vote du 6 décembre comme un référendum. Voulons-nous poursuivre le travail accompli ou bien voulons-nous de la région «business et paillettes» de M. Estrosi ?»

Le candidat LR se pose en représentant d’une droite affirmée, flirtant parfois avec les discours du FN sur les questions de sécurité ou d’immigration. Sophie Joissains, sénatrice d’Aix-en-Provence, en deuxième position sur la liste des Bouches-du-Rhône, reconnaît ce positionnement à droite, tout en excluant un rapprochement avec Mme Maréchal-Le Pen. «Pour nous, la liberté artistique est sanctuarisée. C’est une différence majeure avec le FN.» Interrogée le 13 novembre en fin d’après-midi, elle évoque ensuite les raisons du vote FN, et livre des propos qui résonnent tout particulièrement. «Des gens ont peur. Le FN est un exutoire à leur colère, il repose sur l’inquiétude et la crainte. Si un attentat, un drame national survenait, cela pèserait sur l’élection.»

Plus que jamais, le FN se pose en meneur de jeu. «Le paysage politique a changé, nous sommes passés au tripartisme», explique Arnaud Stéphan, directeur de la communication de Mme Maréchal-Le Pen. La seule réponse de nos adversaires, c’est la grande coalition. Pas pour gagner, mais pour ne pas perdre.»

Une chose est sûre : en cas de triangulaire, rassembler à peine plus d’un tiers des votants suffira pour conquérir la région.

JAN-CYRIL SALEMI
Novembre 2015

Photo : Parvis de l’Hôtel de Région PACA – Marseille 2015 © JCS