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Marseille encourage un projet de navire propulsé aux déchets plastiques

Déplastiquer qu’ils disaient

Marseille encourage un projet de navire propulsé aux déchets plastiques - Zibeline

Il n’y a pas qu’à l’Assemblée nationale que les élus accusent l’incivilité individuelle, plutôt que le « système plastique1 », de polluer les eaux (citons Perrine Goulet, députée LREM, le 14 septembre dernier : « s’il y a des pailles en plastique dans la mer, ce ne sont pas les industriels qui les mettent »). À Marseille aussi, c’est beaucoup pratiqué. L’adjoint au maire délégué à l’environnement, Robert Assante, s’est livré à une variation sur ce thème lors d’une conférence de presse présentant la cité phocéenne comme étant « à la pointe de l’écologie ».

Passé le premier moment d’étranglement -rappelons que nombre de plages marseillaises étaient interdites cet été en raison de la mauvaise gestion des eaux usées, et pas parce que les baigneurs y laissent leurs déchets-, il valait mieux se concentrer sur l’objet principal de la conférence : le projet Plastic Odyssey. Quatre jeunes gens bien intentionnés, Simon Bernard, Alexandre Dechelotte, Benjamin de Molliens et Bob Vrignaud, ont décidé s’attaquer aux matières plastiques qui asphyxient de manière exponentielle les espaces maritimes2, et ce avant même qu’elles n’arrivent à l’eau.

Les journalistes présents ont découvert leur prototype Ulysse, petit catamaran de 6 mètres de long, propulsé avec un carburant spécial : des déchets pastiques transformés par pyrolyse3. « Il n’y a rien de magique là-dedans, le plastique, à l’origine, c’est du pétrole » rappelle Simon Bernard, responsable du projet. En s’associant avec des ingénieurs, son équipe a allégé un procédé industriel existant, dans un esprit low-tech (ensemble de techniques simples, efficaces, économiques) et open source (rendu disponible à tous). Leur idée est d’effectuer un tour du monde avec un catamaran beaucoup plus grand (25 mètres de long), qui visitera plus particulièrement les pays ne disposant pas de circuit de retraitement des déchets performant. À bord, tout un appareillage de démonstration -un appareil de tri à moins de 100 € côtoiera le fameux outil de pyrolyse- pour inviter localement à la mise en place d’une économie circulaire.

En attendant la fin du plastique ?

Simon Bernard n’est pas naïf, malgré son jeune âge, et il utilise de moins grands mots que Robert Assante. Il sait qu’il n’y a pas de miracles : utiliser du plastique non recyclable pour en faire du carburant, c’est toujours une procédure polluante. « Mais en attendant la fin des énergies fossiles, il faut bien faire quelque chose de toutes ces matières qui sont brûlées ou s’accumulent dans les décharges sauvages, et finissent à la mer. C’est une solution de transition. ». Son explication technique est à confirmer, mais elle apparaît assez convaincante : le carburant obtenu par pyrolyse (1kg de plastique = 1 litre) serait de meilleure qualité que l’original, dégagerait moins de CO2 (-20%), et dans la mesure où on ne peut ni tout recycler, ni tout pyrolyser -chaque matériau ayant des caractéristiques différentes-, une approche complémentaire est intéressante.

Monique Cordier, qui soutient la démarche au nom de la Métropole Aix-Marseille Provence, soulignait que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. « On a besoin de mesures gouvernementales. Les écotaxes ne font que reporter le problème, il faut arrêter la production. » La représentante de la Région Paca, Anne Claudius-Petit, congratulait quant à elle le navigateur, formé à l’école de marine marchande de la Pointe Rouge, pour son sens du timing : le catamaran de 25 mètres quittera son port d’attache en 2020, année où Marseille accueille le Congrès mondial de la nature UICN. En tout cas, quels que soient les retours d’image attendus, les collectivités et l’Europe mettent la main à la poche pour financer Plastic Odyssey, qui prévoit surtout d’être utile dans les pays pauvres. C’est appréciable -l’Occident a plutôt l’habitude de s’y délester de ses détritus. Sur un budget total de 10 millions d’euros, elles compléteront les 25% fournis par mécénat.

GAËLLE CLOAREC
Septembre 2018

La conférence de presse présentant Plastic Odyssey a eu lieu le 19 septembre à l’Espace Bargemon, Marseille

1 Production, commercialisation, consommation, suremballage, usage unique, lobbying…

2 Pour se renseigner sur le « 7e continent », vortex maritime de déchets : septiemecontinent.com

3 Décomposition chimique d’une substance obtenue par chauffage intense, en absence d’oxygène.

Photo : Prototype Ulysse – Plastic Odyssey -c- G.C.