Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Le cinéma met en lumière les failles de nos démocraties à Gardanne

Démocraties en danger

• 25 mars 2015⇒31 mars 2015, 17 avril 2015 •
Le cinéma met en lumière les failles de nos démocraties à Gardanne - Zibeline

Le Festival éco-citoyen de Gardanne au Cinéma 3 Casino, offrait cette année encore une programmation éclectique et intelligente, en prise avec les grands problèmes de notre époque. Parmi les nombreux films, un petit florilège non exhaustif ! Les rouages de l’évasion fiscale à grande échelle étaient analysés avec force dans Le Prix à payer de Harold Crooks. Était expliqué le montage financier des banques, restaurant par le biais monétaire les principes du colonialisme, avec en plaque tournante La City de Londres. L’argent désolidarisé de son rapport au travail, à la production, devient une abstraction où les dettes se revendent, où les taux d’intérêt deviennent des objets de chantage, imposent aux politiques et aux peuples des restrictions démentielles, tandis que la richesse de la planète se concentre dans les mains d’à peine 10% de la population mondiale… On y entrevoit des détours qui pourraient paraître cocasses s’ils n’étaient synonymes de misère : quel est le plus grand producteur de bananes au monde ??? L’île de Jersey !
Lors du débat avec Jean-François Tronchon, membre du CCFD-Terre Solid, animateur de la Plateforme « Stop paradis Fiscaux 13 » et Adrien Roux, enseignant chercheur en Droit Privé Université Aix-Marseille, qui donnait un éclairage lumineux et documenté, l’inquiétude point sur le devenir des démocraties, les moyens d’action pour contrer ces géants qui affaiblissent dangereusement les principes mêmes de la volonté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette inquiétude se retrouve encore avec Libres de Jean-Paul Jaud qui joue sur le rapprochement entre une vision quasi idéale et très rousseauiste de la vie et de l’éducation, (des enfants en stage de musique dans une ferme bio) et la présence de centrales nucléaires qui peuvent tout détruire et ce pour des milliers d’années, à l’instar de celles de Fukushima. Témoignages, jeux, promenades, rencontres avec des survivants de Fukushima, des représentants de l’île de Samsø au Danemark, île phare dans le domaine de l’emploi de l’énergie renouvelable, (solaire, éoliennes…)… seule garante de la pérennité de la nature… Construire un futur durable avec les cinquante-huit réacteurs nucléaires français, en fin de vie, apparaît compromis ! L’argument du faible coût tombe de lui-même souligne Béatrice Jaud, productrice du film : l’entretien, la rénovation des réacteurs va demander des sommes pharaoniques, sans compter le traitement des déchets dont personne ne sait vraiment quoi faire et qui polluent pour des siècles (version optimiste !).
Présente aussi au débat qui fleurit dans la salle, une représentante de l’entreprise solidaire Enercoop PACA, seul fournisseur d’électricité à s’approvisionner directement et à 100% auprès de producteurs d’énergie renouvelable (solaire, éolien, hydraulique et biogaz). Quelques questions curieuses se posent, rappelle Béatrice Jaud : pourquoi, par exemple ; il a eu si peu de couverture médiatique pour la venue de Naoto Kan, le Premier ministre en fonctions lorsque s’est produite la catastrophe de Fukushima, le 11 mars 2011, le 24 février dernier au théâtre du Rond-Point à Paris. Est-ce parce que ce fervent partisan du ‘tout nucléaire’ avant la catastrophe est devenu un défenseur des énergies renouvelables et un farouche opposant à toute exploitation nucléaire ? Dans le film, interviewé par le rédacteur en chef du site Reporterre, Hervé Kempf, il souligne l’impuissance humaine face à la catastrophe et la perte définitive, à notre échelle, des lieux contaminés. Autre univers, l’attachant film témoignage de Aline Dalbris et Emmanuel Gras, 300 Hommes, qui évoque l’accueil de nuit Saint-Jean de Dieu, transformé en 2014 en Centre d’Hébergement et de réinsertion sociale Forbin, à Marseille. Le projet raconte la réalisatrice a pris plusieurs années, écoute, présence, tournage, avec ceux qui ont voulu… il y a la misère des sans-abris, la quête d’un lieu où dormir le soir, des rêves, des cigarettes qui s’échangent, l’atmosphère des lieux, remarquablement rendue, caméra fixe sur des couloirs, des escaliers… pas d’angélisme ni d’apitoiement, un tableau qui ne juge pas, ne donne pas de solution non plus, juste un constat, nécessaire, urgent, que l’on reçoit comme un coup de poing. Que penser de telles situations alors que nous sommes l’une des cinq plus grandes puissances mondiales ?  Le cinéma vous pousse bien plus loin que les salles obscures !

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2015

Festival éco-citoyen de Gardanne, du 25 au 31 mars

À venir :

Libres le 17 avril à 19h30 en présence du réalisateur, au Pathé, Marseille.

Photo : Le Prix à payer


Cinéma 3 Casino
11 Cours Forbin
13120 Gardanne
04 42 51 44 93
http://www.cinema-gardanne.com