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L'eau de la Méditerranée, clé d'un avenir vivable

De moins en mieux

L'eau de la Méditerranée, clé d'un avenir vivable - Zibeline

Marseille accueillait le 4 juillet un colloque organisé par l’Agence de l’Eau1 : Méditerranée, le cap de la qualité retrouvée. Un bilan des écosystèmes marins et de la pollution dans le bassin méditerranéen, destiné notamment à mobiliser les élus et collectivités face à l’urgence environnementale.

L’état des lieux n’est pas complètement catastrophique, dans la mesure où les communes du littoral, qui ne disposaient d’aucun système d’assainissement des eaux usées dans les années 1970, se sont  depuis équipées. L’Agence estime que 88% des eaux côtières françaises sont en bon état chimique (pas trop de pesticides, métaux lourds, hydrocarbures, PCB…), et 84% en bon état écologique (présence d’invertébrés, macro-algues, phytoplancton, taux d’oxygène dissous correct…). Cela, bien-sûr, est un progrès. Mais d’autres chiffres sont moins réjouissants : le WWF a publié en juin un rapport2 établissant que la France est le plus important producteur de déchets plastiques en Méditerranée, dont 10 000 tonnes se retrouvent chaque année dans la mer. La pression humaine sur le littoral est énorme ; le tourisme de masse, une catastrophe environnementale.

En un court film projeté, Julie Deter, scientifique de l’université de Montpellier, qui s’intéresse à l’impact du changement global sur la biodiversité marine, a ouvert les yeux de l’assistance sur les ravages des bateaux de plaisance. On y voit l’ancre d’un navire racler une prairie de posidonies, ces plantes qui, à surface égale, captent plus de carbone qu’une forêt tempérée ou tropicale. Des dommages quasiment irréparables. « Mais ce n’est pas parce que repiquer des rhizomes ne marche pas très bien qu’il faut arrêter. Même s’ils repoussent de quelques centimètres par an, à terme cela constituera un herbier et cela vaut le coup d’y mettre des moyens. »

Faire mieux avec moins ?!

Les moyens. Le mot est dit : le nerf de la guerre, pour les chercheurs, les collectivités, et les associations de défense de l’environnement. Laurent Roy, directeur général du secteur Rhône Méditerranée Corse, détaille le budget consacré par l’Agence de l’Eau au bassin méditerranéen : environ 100 millions annuels entre 2013 et 2018. Problème : le Gouvernement a baissé l’enveloppe globale de la structure de 13%, pour son nouveau programme d’intervention 2019-2024. Il va falloir faire mieux avec moins pour lutter contre la pollution, la chute de la biodiversité, s’adapter au changement climatique, rallier les populations, faire prendre conscience aux décideurs de l’importance cruciale de la mer pour conserver un monde vivable.

À cet égard, assister au colloque dans l’auditorium feutré du Pharo était franchement déprimant. Il fallait entendre Gilles d’Ettore, maire d’Agde, qui se décrit lui-même comme « gaulliste-écolo », se réjouir d’être parvenu, au terme de 7 ans (!) de tracasseries administratives, à faire arroser le golf de sa commune par des eaux usées, pour économiser l’eau potable. On en est là, face à l’urgence. Les élus ne se posent pas la question de l’utilité sociale d’un golf, l’un des sports les plus polluants, juste derrière le ski (!), et l’idée ne les effleure pas, par exemple, d’y planter plutôt un verger, pour alimenter en fruits les cantines scolaires. Didier Réault, adjoint au maire de Marseille délégué à la mer et président du Parc National des Calanques, déclenchait à son tour l’incrédulité de la journaliste, en lui déclarant avec fierté « Je me considère comme un pionnier de la débétonisation3 des sols ». Faut-il lui rappeler le bilan de sa municipalité en matière d’urbanisme ? « Les politiques publiques sont lentes », a-t-il admis devant son visage atterré. Être « lent » est de plus en plus criminel.

GAËLLE CLOAREC
Juillet 2019

1 Établissement public de l’État sous tutelle du ministère de l’Environnement, avec pour mission la qualité de l’eau et des milieux aquatiques

2 wwf.fr/vous-informer/actualites/chaque-annee-600-000-tonnes-de-plastique-sont-rejetees-dans-la-mer-mediterranee

3 Des sols perméables permettent d’absorber l’afflux d’eau de pluie lors des épisodes extrêmes qui se multiplient, et d’éviter inondations, érosion des littoraux et pollutions diverses de la mer

Photo : Emissaire de Cortiou, d’où se déversent les eaux usées de Marseille dans le Parc national des Calanques -c- Andromède Océanologie