Vanupié : du métro au festival, toujours la même exigence musicale

De la musique avant toute chose…Vu par Zibeline

Vanupié : du métro au festival, toujours la même exigence musicale - Zibeline

Invité par le Tour du Pays d’Aix, le chanteur Vanupié séduisait le public de Trets le 6 août dernier.

Zibeline : Depuis Rockadown dans le métro, il y a les concerts, les festivals, quel parcours! Est-ce que tu voudrais nous en parler un peu? La célébrité a-t-elle changé quelque chose dans ta musique?

Vanupié : J’ai fait quinze ans de rue. Mon premier disque est sorti en 2009, je crois, ou 2007, je le vendais dans la rue et je faisais pas mal de concerts, certes moins qu’aujourd’hui. Mais du coup, je pouvais aussi aller jouer dans la rue ou dans le métro. J’avais le besoin de jouer tout le temps, pour gagner mal vie et pour progresser dans ce que je faisais. Depuis cinq/six ans ça s’est un peu enflammé au niveau des salles de concert, des festivals, je reçois de plus en plus de propositions et je n’ai plus le temps d’aller jouer dans la rue, mais en fait pour moi ça revient quasiment au même : je faisais de toute façon cinq ou six concerts par semaine depuis quinze ans. C’est sûr, les concerts, c’est plus facile parce qu’on s’occupe de nous, le son est super, on mange bien, les gens ne nous insultent pas comme dans le métro…Finalement, c’est vraiment le même métier, ça n’a pas changé grand chose à ma vie si ce n’est que je joue devant plus de gens et c’est quand même super kiffant, mais c’est pareil, c’est le même boulot : je travaille comme un fou tout le temps, ça fait quinze ans, vingt ans que je fais ça et je ne m’arrête pas de travailler de la même façon.

Tu as fait beaucoup de premières parties avant d’être la partie principale avec des tas de groupes, Groundation, the Waillers, etc… Qu’est-ce qui nourrit ta musique, est-ce que ce sont ces groupes avec lesquels tu joues, est-ce qu’il y a aussi des lectures et autre chose que la musique qui t’inspirent également? 

Musicalement ce  qui me nourrit c’est ce que j’écoute tout le temps depuis longtemps. J’ai plein d’influences, j’aime tous les styles de musique donc je mets un peu tout ce que j’aime dans ma musique, c’est pour ça qu’il n’y a pas que du reggae, il y a plein de choses. Et après au niveau de l’écriture des textes, ce que je raconte dans mes chansons, c’est la vie, les choses que je vis au quotidien, les histoires de coeur, les choses qui se passent bien qui ne se passent pas bien, les problèmes d’argent… tout ce que je vis, des belles choses des belles rencontres. Parfois il y a de belles rencontres, c’est le cas de Rockadown. C’est ce que je vis au quotidien qui fabrique les chansons que je chante sur scène.

Des lectures? 

Oui, même si je n’ai pas beaucoup le temps de lire, je passe beaucoup de temps à écrire déjà. J’écris aussi des livres, ça fait donc longtemps que je n’ai pas lu un roman. Le dernier livre que j’ai lu c’est un bouquin de Zied Bakir qui est un jeune auteur que j’adore. Après, je suis tout le temps en train de me renseigner sur tout, j’aime beaucoup les documentaires, je suis un cinéphile comme jamais, je peux regarder trois films dans la journée, du coup je prends vraiment de l’inspiration en terme d’art un peu partout. Je suis un consommateur d’art à l’excès. Tout ce qui se lit, se regarde, s’écoute je prends et après je fais ma tambouille dans ma tête pour sortir des chansons.

Ton premier disque était en français puis les autres sont en anglais. Pour quelles raisons? Est-ce à cause des sonorités de l’anglais qui se marient plus aisément avec  la musique que les sonorités du français? Est-ce que c’est pour être plus universel? 

En fait il n’y a peut-être pas forcément de réflexion derrière. Je n’ai pas du tout la culture de la chanson française, je n’ai écouté que de la chanson américaine et anglaise depuis que je suis tout petit. Mes parents viennent du Maroc, là-bas il n’y avait pas trop de chanson française, il y avait surtout Cats Stevens, Jopplin, Ray Charles, Joe Cocker, (…), donc j’ai été élevé dans ces musiques et ce sont elles que j’ai aimées plus tard, avec Ben Harper, Bob Marley bien sûr, et d’autres.  Du coup j’ai commencé à écrire des chansons en anglais à douze ou treize ans, et j’ai continué à écrire des chansons en anglais toute ma vie.

Aux débuts de ma vie d’adulte j’ai travaillé dans la publicité, j’étais rédacteur donc j’écrivais des textes en français pour des publicités et en dehors de mon temps de travail j’aimais bien écrire des textes en français, des sortes de poèmes, et quand j’ai quitté la publicité j’avais tous ces textes avec moi, en français mais qui n’étaient pas du tout des chansons, mes chansons à moi étaient en anglais, (il y a des chansons de mon premier album que j’ai écrites lorsque j’avais quinze ans). Mais j’avais ces textes-là et j’ai rencontré des musiciens de jazz qui jouaient un peu klezmer manouche, et on s’est bien entendus. J’avais ces textes, un soir c’est parti sur une musique, j’ai dit un texte, ça a marché, il y a une prod qui s’est tout de suite intéressée au truc  et qui a enregistré ce disque de textes avec de la musique jazz derrière mais je n’avais pas l’impression de faire mon album c’était plutôt un truc très global avec tous mes amis, un grand boeuf enregistré. Quand on a sorti ce disque-là on n’avait pas le projet de faire vraiment de la musique dans notre vie, dans ma vie en tout cas, c’était vraiment pour m’amuser. Ensuite, je me suis retrouvé sur les concerts et je me suis dit que ce n’était pas ça que j’avais envie de jouer mais plutôt mes chansons, c’est-à-dire des textes que j’avais écrits pour être des chansons. Mais lorsque j’ai proposé ça aux musiciens qui étaient avec moi ils m’ont dit : « pas du tout ça ne nous intéresse pas le reggae tout ça, la pop ce n’est pas notre truc, nous on aimait bien l’histoire du jazz c’est tout ». Et comme pour ma part l’envie de poursuivre dans la voie de textes sur jazz ne répondait pas à mes préoccupations, je suis allé jouer mes chansons dans le métro. C’estcomme ça que ça a commencé avec mes chansons en anglais, et que j’ai trouvé mon public. Ce premier album s’appelait Vanupié parce que c’est moi qui le défendais et que c’était mon nom quand je jouais de la musique, mais en fait c’est un truc vraiment  à part, que je n’ai pas décidé, ni vraiment choisi, et surtout pas écrit dans le but de faire des chansons. C’est une parenthèse dans ma vie. Je n’avais pas l’idée de créer un univers musical, alors que c’est ce que j’essaie de composer maintenant et ce depuis une quinzaine d’années avec mes chansons en anglais.

Tu as travaillé dans la publicité, qu’est-ce que cela apporté à tes textes ?

Dans la pub, les phrases sont « punchy ». La pub t’apprend à focaliser sur une image très simple accessible à tout le monde, le travail de rédaction du publicitaire est de formuler plein d’idées en quelques mots. On peut dire qu’une chanson c’est une série de « punchlines », une succession de belles phrases efficaces bien finies, s’il n’y a que des belles phrases dans la chanson, elle a des chances d’être belle. La pub a été une excellente école, pour filmer, enregistrer, écrire, etc, elle me sert tous les jours dans la musique !

Dans le métro il y avait un instrument, la guitare, ensuite, dans les concerts, il y a toujours la guitare, mais d’autres instruments s’ajoutent. Est-ce que c’est toi qui fais les arrangements ?

C’est moi. Je fais les chansons, je les produis moi-même, je fais ce que l’on appelle une pré-prod. C’est-à-dire que je produis moi-même mes chansons, comme si j’étais seul à jouer, je fais les batteries, la basse, les claviers, les trompettes s’il y en a, je fais tout ce que je peux sur chaque morceau et je mets tous les éléments que j’ai envie d’y trouver. Ensuite, je vais voir le mec super avec lequel je produis tous mes morceaux, qui s’appelle Flox et qui est un artiste hyperprolifique et qui est vraiment génial et qui sait tout jouer, qui mixe aussi, qui écrit des textes sublimes et du coup lui c’est un peu un guide pour moi un mentor. On travaille les prods des disques ensemble. Je pousse au maximum la prod chez moi ensuite je la lui amène et souvent il enlève les basses, les batteries, il les refait et aussi quelques claviers, il m’aide pour le placement de la voix les mélodies, parfois il rajoute des parties musicales il apporte vraiment une touche à lui que j’adore c’est pourquoi j’adore travailler avec lui et une fois qu’on a ce truc terminé par Flox: il enregistre tout, c’est vraiment lui qui termine, c’est lui le dernier qui touche le son. Une fois que je suis content avec ça je vais voir mes musiciens avec qui j’aime jouer et je leur donne le disque et ce que Flox a écrit (j’écris les guitares avec lui). Ensuite, le bassiste ne va pas jouer exactement la ligne de basse écrite, il va ajouter des petits trucs à lui en fonction de son feeling, le batteur c’est pareil, le clavier aussi, ils amènent tous leur touche et c’est pour ça que je joue avec eux c’est parce qu’ils ont tous une pâte à eux, chacun a un vrai truc, un son à lui et c’est avec ces gens-là que je voulais jouer du coup il y a un petit mélange sur scène, c’est beaucoup la composition de Fox et moi et la part de créativité de chaque musicien qui vient s’ajouter à ça pour le live.

Des projets? 

Il y a toujours plein de projets ! Je n’arrête pas. J’ai édité un label, Shoestrings Records, avec lequel je produis ma propre musique et là j’ai sorti en 2019 le premier recueil d’une artiste qui est super qui s’appelle Meylo et je suis sur l’album d’un nouvel artiste qui est fabuleux et qui s’appelle Jason Mist et qui fait son premier album, là on vient de terminer les pré-prods chez moi et c’est Flox qui va s’occuper de la suite. Il est exceptionnellement doué, il a vingt-trois ans et il joue de la guitare slide il chante, c’est vraiment fabuleux ce qu’il fait et là du coup, je suppose que cela va sortir fin d’année début de l’année prochaine je suis sur mon troisième album qui sortira en mars 2022 et je sors un livre pour enfants avec Thomas Dutronc à la fin de l’année en novembre et un roman que j’ai déjà présorti moi je le vends un peu sur les concerts qui s’appelle JAV et qui sort en janvier.

Thomas Dutronc, vous allez en Corse pour jouer avec lui?

Non il est venu chez moi pour enregistrer sa voix. J’ai écrit le texte de Mario le petit luthier, j’ai fait faire les dessins par une super illustratrice qui s’appelle Maud Chalmel et j’ai fait une version audio avec un guitariste manouche exceptionnel, Romain Constant, et sur la version audio Thomas raconte, très bien, l’histoire.

Une tournée se prépare à la sortie du troisième album. Cela commence même en février 2022 avec le groupe et les morceaux de l’album : il y en pour trois ans je pense.

La période que nous venons de passer a été fructueuse avec son temps curieux?

Personnellement, si ce n’est que j’ai assez apprécié le premier confinement parce que je n’avais jamais vu Paris aussi zen donc c’était hyper agréable, je n’ai pas arrêté de bosser, je travaille toujours énormément : j’ai fabriqué un studio, j’ai préparé mon album, celui de Jason, la tournée de cette année… ça n’a pas changé grand-chose, si ce n’est le fait ne pas jouer sur scène alors que c’est le but ultime de tout ce que je fais tous les jours quand je travaille en studio ,que j’écris des chansons ,que je fais de l’administratif, c’est pour me retrouver sur scène : tout ce que je fais toute l’année ,c’est pour ça. Il est vrai qu’on a eu un peu peur en se disant ça ne va jamais revenir. C’était ma grosse crainte, alors reprendre ma tournée même si c’est plus intimiste car cette année les festivals ont fait de plus petites versions ça me va totalement : je retrouve le public et c’est super et on retrouve notre vie et c’est génial. Et je n’ai que cela à dire au public : « merci c’est grâce à vous que j’ai cette vie, merci beaucoup!!! »

Entretien réalisé par MARYVONNE COLOMBANI
Août 2021

Vanupié a chanté place de la gare à Trets, dans le cadre du Tour du Pays d’Aix, le 6 août.

Photographie © Jean-Baptiste Denizot