Coup d'oeil sur les enjeux culturels en Région Occitanie à l'occasion des élections régionales

De la maille pour mailler le territoireVu par Zibeline

Coup d'oeil sur les enjeux culturels en Région Occitanie à l'occasion des élections régionales  - Zibeline

Depuis sa nomination à la tête du conseil régional d’Occitanie, l’équipe de Carole Delga (PS) a largement imprimé sa marque dans le domaine de la politique culturelle. Des actions qui devraient être reconduites par la candidate sortante.

Depuis sa nomination à la tête du conseil régional d’Occitanie, l’équipe de Carole Delga (PS) a largement imprimé sa marque dans le domaine de la politique culturelle. Après un diagnostic de la situation dans les diverses branches (audiovisuel, art contemporain, patrimoine…) effectué dans les premiers mois du mandat, quatre axes ont été définis pour orienter les actions à mener de 2018 à aujourd’hui. Outre l’affirmation d’une démarche de fortification de l’économie de la culture et d’accroissement de la visibilité des ressources (artistes, patrimoine, structures) à l’international, il s’en dégageait une importante volonté de maillage du territoire tout en encourageant l’innovation. 

Un mois avant les élections, pour lesquelles la présidente sortante se porte candidate, le cap est resté le même, et les concrétisations des ambitions originelles sont perceptibles jusque dans ces derniers jours de mandature -jusqu’à ces derniers jours de campagne. Sur un territoire largement doté (3e région en nombre de monuments historiques, 7 scènes nationales, 2 pôles nationaux des arts du cirque, près de 450 compagnies de spectacle vivant…), l’enjeu est important, et les décisions pèsent lourd.

Au tout dernier menu, un Appel à projets – Expérimentation culturelle dans les territoires (date de dépôt : le 28 mai) vise à accompagner l’évolution des pratiques et du paysage culturel, pour soutenir les nouvelles approches, anticiper les nouvelles façons de faire et de créer. « Les jeudis de la culture en Occitanie » proposent aux professionnels un programme de rencontres, qui découle des conséquences de la crise sanitaire sur le secteur. Une large concertation vise ainsi à coconstruire des solutions concrètes à court et plus long terme, qui feront l’objet d’une analyse pour adapter les moyens dédiés au secteur de la culture (à noter celui du 20 mai : « Comment s’ouvrir aux logiques de mixité et trans-sectorielles, pour enrichir le développement culturel ? »). Et, dernièrement (le 16 mars), ont été désignés les 13 projets lauréats du Budget Participatif « Vos solutions pour la culture » (lire journalzibeline.fr), qui sont d’ores et déjà en cours de réalisation.

Aléas
Parmi les actions en matière de politique culturelle de la région Occitanie, celle-ci recouvre une bonne part des engagements de Carole Delga : ouverture citoyenne et répartition des actions sur l’ensemble de la région. En effet, il avait été décidé que ce serait le premier classé de chaque département qui serait retenu, « pour ne pas favoriser un territoire plutôt qu’un autre, précise Serge Regourd, président de la Commission Culture, avec ce que cela comporte comme aléas ». En effet, on remarque que le multiculturel et les structures légères itinérantes sont majoritaires, concentrant cette approche au détriment d’autres propositions plus ciblées, et que, peut-être, on aurait pu « considérer que le deuxième d’un département est meilleur que le premier d’un autre ». La géographie au détriment de la qualité ? Non, puisque le vote citoyen est souverain, mais oui, « le choix de disperser sur le territoire peut se traduire par une surreprésentation de thématiques au détriment d’autres ». Cette volonté de répartition territoriale découle du contexte « de l’harmonisation entre les deux régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées [la fusion des régions, mise en œuvre sous la présidence de François Hollande, est entrée en vigueur en 2016, ndlr], qui a été, sinon déterminante, très importante. Cela pourra être différent dès lors qu’on aura bien équilibré les territoires entre eux. ».

Ainsi, les perpignanais de l’association Agit’Hé vont mettre sur orbite leur Capsule, espace mobile et modulable, un camion aménagé en laboratoire artistique pour pratiquer tout autant que montrer : un lieu ressources pour aller à la rencontre d’un public peu familier de l’univers artistique. Tout comme à Saint-Girons (Ariège), Art’Air lancera ses deux triporteurs munis de tout ce qu’il faut pour animer une scène éco-responsable -sans oublier l’indispensable remorque guinguette et dépannage. Dans les Corbières (Aude), l’association MusiCorbières propose un bus aménagé pour l’enseignement de la musique et de la MAO, et relier ainsi les communes isolées de ce territoire, en favorisant mixité géographique et sociale. Itinérance encore avec Le ChapitÔ (Albi, Tarn), qui lui aussi promet du lien, des rencontres autour cette fois du spectacle vivant, en marge des circuits habituels. Dans l’Aveyron, Xfest Organisation promènera sa remorque transformable en espace scénique pour favoriser la diffusion des musiques actuelles en territoire rural.

Ancré, lui, au sein de la Faculté de Droit de Montpellier, l’Institut des Usages, avec son projet Coutumes d’Occitanie d’Aujourd’hui, vise à recenser, diffuser et permettre la transmission pérenne des coutumes régionales entres les citoyens et les communautés d’Occitanie, dans le but de les concilier avec les règles de la République française, voire de l’Union européenne. Le postulat étant que la méconnaissance de ces coutumes crée une incompréhension entre les groupes sociaux, il s’agit de faire d’une identité administrative (la région), une identité culturelle (l’Occitanie).

Dans le Gard (Le Mazel), le tiers lieu culturel La Filature du Mazel consolidera son implantation. Ce magnifique équipement (une ancienne filature de soie au cœur des Cévennes) propose des espaces de travail (bureaux, ateliers, coworking, salle de résidence) et développe des projets en direction des habitants du territoire : des lectures, du land art, des actions culturelles,… Offrir une dynamique collective pour rompre l’isolement professionnel et favoriser la mutualisation.

Carte de visite
L’enveloppe de 600 000 euros allouée par la Région permet aux 13 projets, différemment subventionnés suivant les formats, d’être mis en œuvre dès à présent. Cet aboutissement de la volonté politique de promouvoir massivement le vote citoyen (les habitants ont été aussi consultés pour des projets défendant la lutte contre le racisme, l’alimentation durable, la mer et le littoral, le climat) est l’une carte de visite du programme défendu et à développer de la candidate sortante. « Si la majorité actuelle repasse, la problématique générale sur la question des budgets participatifs sera reconduite, explique Serge Regourd, on ne peut pas du tout être en retrait sur ces questions, qui sont encore plus prégnantes en ces temps de crise. » Les trois principales listes de gauche (PS, EELV, LFI) sauront-elles s’accorder sur ce point, et les autres ? « Les stratégies des Insoumis et de la majorité actuelle sont très différentes, regrette le président de la Commission Culture ; au vu de leurs attaques incessantes contre la politique menée actuellement, je ne vois pas comment on peut imaginer une fusion. » En fonction des rapports de force, chacun participera à la définition des politiques publiques, qui « seront en filiation avec les choix politiques qui ont prévalu dans la majorité actuelle, mais dont on peut imaginer que cela ne sera pas une simple duplication ». 

Ne présumer de rien, donc, surtout « quand on voit comment la pandémie est venue bousculer les politiques publiques, y compris dans le domaine de la culture, en sollicitant nos budgets de manière totalement inédite et imprévue. » Le spectre du Rassemblement national laisse planer une ombre qu’il faut considérer comme sérieuse, « mais je pense et j’espère, de toutes mes forces, que ce sera la même majorité pour les 6 ans à venir ». 

ANNA ZISMAN
Mai 2021

Photo : Filature du Mazel © Gabriel Winter