Résidences en mouvement : à Arles, La Mondiale Générale travaille sur son nouveau projet

Dans l’intimité du bastaing

Résidences en mouvement : à Arles, La Mondiale Générale travaille sur son nouveau projet - Zibeline

Accueillie en résidence au théâtre d’Arles, La Mondiale Générale travaille sur son nouveau projet, Refuge, dont s’est échappée Rapprochons-nous, forme courte et distancée.

Zibeline : Le théâtre d’Arles vous a passé commande de 4 petites formes que vous deviez jouer au début du mois de novembre*. Est-ce ce sur quoi vous travaillez actuellement ?

Alexandre Denis : Les 4 formes c’était l’idée d’amener le public jusqu’au théâtre en partant de lieux en ville, et c’était aussi le cheminement à travers le répertoire de la compagnie, depuis la plus ancienne pièce qu’on ait créé, jusqu’au théâtre, pour présenter cette forme-là. En novembre on voulait proposer un espace de partition physique nouveau qui était très épuré et court, et on s’est demandé ce qu’on avait envie de raconter sur ce bastaing [poutre de bois, ndlr]. C’est aussi une émanation de notre projet de création protéiforme en cours, Refuge, qui aura plusieurs aboutissements, et qui n’était pas prévue ! 

Cette émanation est-elle due à la situation actuelle ?

A.D. : Oui, car elle nous fait nous éloigner les uns des autres et nous contraint beaucoup dans nos enjeux de création. On se retrouve à devoir faire des projets qui répondent à des normes sanitaires ! 

On a besoin de travailler avec une perspective viable. Rapprochons-nous vient aussi de là, d’une urgence, de savoir ce qu’on veut faire de notre temps. Travailler dans les théâtres alors qu’ils sont fermés c’est bien, mais on crée sans pouvoir jouer, on pense à des spectacles qui n’ont pas le droit d’exister… On a donc réfléchi à ce dispositif qui nous permet d’être compatibles avec la situation, et qui parle aussi de corps éloignés les uns des autres. 

Un duo évolue sur un bastaing, tout en contrepoids et contrainte d’équilibre, et un troisième personnage se déplace autour avec une perche pour capter le moindre son. De quoi est-il question ?

A.D. : On parle de l’intime, une évidence de par notre situation sur le bastaing, et dans le texte que des radios situées dans le public donnent à entendre. Ce sont des fils de pensées qui s’extirpent de la performance physique. Partir de quelque chose de très concret, ou de très intime, et déployer une idée comme on en a tous, qu’on manipule avec beaucoup de fragilité. Sans pour autant être donneurs de leçons, ou se prendre pour de grands penseurs ! 

Le texte est-il écrit, ou est-ce de l’improvisation ?

Frédéric Arsenault : On a fait un premier jet qui est né de l’improvisation, mais on va avoir deux personnes qui vont nous accompagner pour aller creuser cette écriture-là : Claudine Charreyre, une autrice et comédienne avec qui on a déjà travaillé sur Les curieux de nature à Gap, et Edith Amsellem qui maîtrise l’écriture à tiroir et qui écrit en partant du dispositif. Il s’agira de faire des allers-retours entre le réel besoin qu’on a de se parler, des positions de nos corps sur l’agrès notamment, et des conversations qui en découlent. Julien Vadet vient capter cette intimité-là avec sa perche et donne à entendre ce qui se passe entre nous. La toile de fond c’est ce paysage sonore, avec parfois des sons incongrus qui viennent se greffer sur la cohabitation des corps. 

A.D. : Il faut qu’on reste dans une écriture ouverte pour que la parole vienne d’une nécessité et qu’après une décontraction physique elle puisse dériver sur autre chose. C’est un enjeu technique fort, parce que quand on est trop dans notre corps il n’y a plus rien qui prend du relief par rapport à ça. 

Quand pourra-t-on voir Rapprochons-nous ?

A.D. :Durant la Biennale internationale des arts du cirque, au théâtre Massalia du 4 au 6 février. On a eu envie de faire une tentative, mais ça va rester très work in progress. Et après on va rentrer petit à petit dans la suite du projet Refuge, Réfugions-nous (création prévue au théâtre d’Arles en octobre 2022, ndlr). D’ici le printemps on devrait avoir des perspectives un peu plus claires pour pouvoir travailler avec des gens !

Propos recueillis par DOMINIQUE MARÇON
Décembre 2020

* reportées du 6 au 9 janvier 

Photo : La Mondiale Générale, photo de répétition © Théâtre d’Arles

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