Décès de la grande chanteuse, compositrice et interprète Angélique Ionatos

Dans la lumièreVu par Zibeline

Décès de la grande chanteuse, compositrice et interprète Angélique Ionatos - Zibeline

Le 7 juillet dernier, tombait l’annonce de la mort d’Angélique Ionatos. Trop tôt, comme toutes les pertes de ceux qui nous sont chers. Sa Grèce natale, fuie par sa famille en 1969 à cause de la « dictature des colonels », a nourri son répertoire, par le biais des poètes, Odysséas Elýtis (Prix Nobel de littérature 1979 dont elle chantera, entre autres, Marie des Brumes, Le Monogramme, Parole de Juillet), Manos Anagnostakis, Constantin Cavafy, Sappho de Mytilène (l’artiste avait d’ailleurs une maison sur l’île de Lesbos)… Elle rappelait lors de l’un de ses concerts donné à Marseille comment sa mère avait dû brûler en cachette sur la terrasse de leur immeuble athénien les livres de poésie interdits par la junte en place. Elle commence à chanter avec son frère, Photis, puis déploie seule une carrière internationale, joue en virtuose de la guitare dont elle s’accompagne le plus souvent, mêle sa voix à celle d’interprètes sensibles, comme Katérina Fotinaki, élève la parole poétique, lui rend sa force d’action, soutient les causes humaines contre les puissances qui les enchaînent. On la voit au Toursky pour la nuit de l’anarchie, dans le film documentaire de Yannis Youlountas Je lutte donc je suis, à qui elle offre témoignages et chant.
Elle convoque les grandes figures résistantes et poétiques comme celle de Frida Kahlo, joue avec le bandonéiste argentin César Stroscio, par exemple dans Eros y Muerte, où se croisent les textes de ses auteurs français favoris avec ceux de Pablo Neruda, Kostis Palamas, Anna de Noailles, Kostas Karyotakis. « Amour et Mort… l’un comme l’autre nous rendent indociles, nous réinvestissent dans notre capacité de résistance aux conventions et nous rendent ainsi plus libres », écrivait-elle.

La poésie n’est pas un lieu hors du monde où l’on s’enferme, mais étaye nos pensées contemporaines de sa force vive et nous met en garde contre ceux qui les détournent et les vident. Déjà dans I Palami sou, elle reprenait les vers de Mortoyas : « Les mots rapprochaient les humains à l’ère des dinosaures/ À présent, à l’ère des courtisans, des dissimulateurs, des taureaux noirs, des minotaures, ils les séparent comme des ordres militaires ».

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2021

À écouter, réécouter, ad libitum ses 21 albums, dont certains récompensés par l’Académie Charles-Cros, et son anthologie vagabonde bilingue autour de l’œuvre d’Elytis qu’elle a bien connu, Le soleil sait (2015, édition Cheyne).

Photographie : Angelique Ionatos © Angelique Ionatos