Réemploi : les professionnels du secteur culturel pourront bientôt acheter leur matériel dans les Quartiers Nord de Marseille

Culture : vive le réemploi !

Réemploi : les professionnels du secteur culturel pourront bientôt acheter leur matériel dans les Quartiers Nord de Marseille - Zibeline

La Réserve des Arts, association d’économie circulaire pour les professionnels du secteur culturel, ouvre une Grande Halle à Marseille. Entretien avec Louisane Roy, responsable de l’Antenne Sud.

Zibeline : Racontez-nous votre projet.

Louisane Roy : Nous ouvrons le 1er avril un espace de 840m2, dans le 15e arrondissement de Marseille, dédié au réemploi dans le secteur culturel. L’idée est de collecter des matières premières auprès d’entreprises ou institutions -bois, bâches, métaux, verre, tissus, quincaillerie, mercerie…- qui seront mis à disposition des professionnels du secteur culturel à très bas coût, pour leurs créations.

Quelle est l’origine de votre structure ?

La Réserve des Arts est une association Loi 1901 créée en 2008 à Paris, avec des ventes éphémères au début, puis une petite boutique de 130 m2, ouverte dans le 14e arrondissement en 2012. En 2014, nous avons ouvert un entrepôt de 1200 m2 à Pantin, et l’année dernière un plus important encore, de 3000m2, qui est déjà trop petit ! Devant un tel succès, on se dit que la démarche répond à un véritable enjeu social et environnemental.

Pouvez-vous détailler cette démarche ?

Nos priorités sont la prévention et la réduction des déchets. Nous promouvons le réemploi par opposition au recyclage ou à la déchetterie, sur les bases d’un projet moins énergivore, local, qui soutienne les professionnels du secteur culturel, et soit créateur d’emploi. À Marseille, nous prévoyons une dizaine d’embauches, de gens du coin. À Paris, 22 salariés travaillent actuellement, qui devraient être 35 d’ici la fin de l’année, plus 60 « valoristes », indépendants, travaillant à la mission sur des collectes.

Comment fonctionnez-vous ?

Nous faisons de la sensibilisation dans les écoles, les entreprises ou les institutions culturelles. On agit en tant que prestataires de service de gestion des déchets, payés pour récupérer les matériaux. Puis on les valorise, ils sont triés, pesés, on enlève les agrafes, les logos… Nous passons des contrats de confidentialité : l’origine des matières de luxe, chutes de cuirs de très bonne qualité par exemple, n’est pas identifiée et les marques ne communiquent pas dessus.

Et après la collecte et la valorisation ?

Nous vendons les matériaux à nos adhérents. L’adhésion n’est pas chère : 8 € pour les étudiants, 13 € pour les indépendants… et les prix très bas. Le secteur culturel a de moins en moins de ressources, notre idée est de permettre aux professionnels, petites compagnies et structures précaires, de basculer une partie de leur budget en matières premières sur l’humain et le processus de création. En parallèle, on les sensibilise à faire des choix précis. Le réemploi c’est cela aussi, tout est fonction des arrivages. Dans nos entrepôts il y aura toujours du tissu, mais cet imprimé-là, une fois seulement ! Cela peut stimuler l’inventivité.

Qui est le cœur de ces métiers.

Oui ! Le réemploi, la culture de la débrouille ont toujours existé dans les structures légères. À présent l’enjeu est de convaincre les grandes institutions, les musées, les théâtres, pour qu’ils s’emparent de la question. Il faudrait que la législation évolue. Nous travaillons avec le Mucem, où l’on a fait de la collecte. Si le prochain Plan B y a lieu (temps fort estival, ndlr), on pourrait tenir des ateliers, créer des produits dérivés à partir de rebuts de scénographies, vitrines d’exposition, cimaises, châssis… Mais en tant qu’établissement recevant du public, ils ont un cahier des charges très strict, et ne peuvent se fournir chez nous en matériaux de récupération.

Les mentalités bougent ?

Indéniablement. J’ai commencé à la Réserve des Arts il y a 4 ans, et depuis deux ans environ je perçois un fort changement. Ne serait-ce qu’à travers le développement exponentiel de notre activité ! D’ailleurs, si les logiques de l’économie circulaire commençaient à être appliquées sérieusement dans le secteur culturel, avec des dispositifs internes aux structures et collaboratifs, nous n’aurions plus de raison d’être, et ce serait très bien !

Pourquoi avoir choisi Marseille ?

C’est la 2e ville de France, qui rayonne en Région Sud, avec énormément de festivals et de tournages, beaucoup d’événementiel, l’ennemi de l’écologie. Mon objectif ce printemps est d’infiltrer le Festival de Cannes avec les logiques d’économie circulaire. L’an dernier une marque de mode éthique a conçu une robe à partir du tapis rouge. On aimerait que nos adhérents aient accès à ce type de produits-là. On va entrer en contact avec les Rencontres de la photographie à Arles, le Festival d’Avignon, le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, Marsatac

Y a-t-il des différences avec le projet parisien ?

L’Antenne de Pantin devient organisme de formation certifiée en avril. Le local là-bas comprend 500m2 d’ateliers pour travailler le bois, le métal… Mais nous sommes voisins d’Ici Marseille, atelier partagé qui fait cela très bien depuis deux ans, aussi nous allons plutôt proposer des résidences d’artistes et artisans. L’idée est de mettre à disposition des espaces gratuitement, sur 3 ou 6 mois. La contrepartie serait de tenir une permanence pour l’association, et d’animer un atelier où l’on invitera les habitants du quartier.

Vous ouvrez le 1er avril, à quelle adresse ?

Au 10-12 Impasse du Pétrole, Quartier des Crottes, on pouvait difficilement trouver meilleur nom, j’adore ! Nous nous y installons pour trois ans, ensuite Euroméditerranée récupérera les lieux. C’est une grosse machine, qui réaménage le quartier à sa façon technocratique mais nous loue le local contre un petit loyer. Si ça marche, qui sait, peut-être que d’autres antennes ouvriront à Nice ou Montpellier ?

Avez-vous fait appel à des financements publics ?

Oui, nous sommes aidés par l’Ademe sur une partie de l’investissement. D’autres demandes de subventions d’investissement et de fonctionnement sont à l’étude auprès de la Ville de Marseille, du Département 13 et de la Région Sud-Paca.

Propos recueillis par GAËLLE CLOAREC
Février 2020

La Grande Halle, antenne sud de la Réserve des Arts
Marseille 15e
lareservedesarts.org

Photos : La Réserve des Arts, entrepôt de Pantin, et Louisane Roy -c- X.D.R.