Quelques vérités sur la Commune de Paris

« Croire en l’Histoire officielle, c’est croire des criminels sur parole »

Quelques vérités sur la Commune de Paris - Zibeline

150 ans de la Commune de Paris, des Communes de Marseille et d’ailleurs.

« Quand vous en serez, au temps des cerises, si vous avez peur des chagrins d’amour, évitez les belles ». Elles sonnent étrangement ces paroles qui se rattachent à la Commune de Paris, puisqu’il ne s’agissait que d’une chanson de Jean Baptiste Clément écrite cinq ans plus tôt. On lui préférera la Semaine Sanglante, du même auteur (écrite en 1871) : « Et gare à la revanche / Les mauvais jours finiront / Quand tous les pauvres s’y mettront ». Revanche oui, car la Commune de Paris déclenche sans vergogne depuis 150 ans les pires calomnies de la classe politique réactionnaire. Il y a un mois, le 3 février au Conseil de Paris, les élus de droite s’en prirent violemment à la Maire qui compte bien célébrer pendant quelques mois de 2021 cet évènement qui a marqué la mémoire de Paris et de la France. Vengeance, violence : certes, la Commune se doit d’être célébrée pour toutes les innovations sociales qu’elle initia durant ces quelques jours de 1871 ; mais aussi parce que cet événement est la page la plus noire de l’Histoire de France, le pire des crimes qu’un État ait pu commettre : combien sont-ils les évènements historiques où un gouvernement se dépêche de perdre une guerre (annexion de l’Alsace et la Lorraine par l’Empire allemand en janvier 1871) pour que l’envahisseur mate son peuple ? Combien sont-ils les exemples dans l’histoire de l’humanité où un gouvernement va massacrer près de 20 000 de ses citoyennes et citoyens en l’espace d’une semaine ?

Il en a fallu des mensonges d’État pour effacer cette noire mémoire, mémoire mauvaise, il en a fallu des falsifications historiques pour peindre en bleu blanc rouge la naissance de notre formidable troisième République que, dans son Histoire de la France, Pierre Miquel (Fayard, 1976) nomme « République de la honte ». Il a fallu faire peur au bourgeois, en émancipant les femmes et en donnant le pouvoir aux ouvriers, pour que même Zola en appelle au massacre du peuple ! Bref, la Commune de Paris est exemplaire dans l’éclairage de cette formule de la philosophe Simone Weil, qui disait que croire en l’Histoire officielle c’est croire des criminels sur parole ! Reprenons le fil des évènements, pour toi citoyen qui n’est peut-être pas au fait de ce qu’on n’enseigne pas à l’école ; car la Commune c’est un trésor politique qui se transmet par la mémoire sociale voire familiale, mais pas scolaire.

Juillet 1870, fin du second Empire. Pourquoi ? La question sociale émerge, Marx et l’Internationale des travailleurs gagnent du terrain : la pauvreté et la misère s’arrachent dans les esprits d’une quelconque naturalité ; Napoléon III est forcé d’autoriser les clubs politiques et donc la parole ouvrière, les femmes se politisent aussi, des journaux d’opinion émergent. La révolte gronde en termes, dangereux pour le pouvoir, de lutte des classes. La femme de l’empereur suggère une fabuleuse idée à son mari : déclencher une guerre pour ressouder le peuple et orienter sa colère contre la Prusse ; idée géniale, action de manipulation politique redoutable, car le peuple est patriote. Mais cette guerre est un désastre pour la France, Napoléon III est même fait prisonnier, des généraux français livrent leurs armées aux Prussiens. Plus que de défaite il s’agit de trahison, comme si la France voulait perdre la guerre. Mais le peuple est patriote on disait, il refuse la défaite, envahit l’Assemblée nationale et force les députés républicains à proclamer la Troisième République. Des députés qui n’avaient rien demandé, et se plaisaient très bien sous cette Empire entichés de leur gloriole de Républicains (Ferry, Thiers, Favre…). La République est proclamée le 4 septembre 1870 pour refuser la défaite : telle est la promesse de ceux qui vont constituer le gouvernement de la défense Nationale (Trochu, Ferry, Favre, Gambetta ), qui sera bien vite rebaptisé gouvernement de la défection nationale. L’histoire montrera que, derrière cette promesse, le gouvernement s’empressait de négocier avec les Prussiens pour mater la révolte populaire qui sourdait avant la guerre. Adolphe Thiers, rassurant bourgeoisie et noblesse, prend deux mois plus tard les rênes du gouvernement, parcourt la France pour convaincre les généraux de ne pas suivre les tentatives de reprises des hostilités suggérées par Gambetta qui pouvait facilement libérer le pays.

La France accepte la capitulation, Bismarck exige des élections, une assemblée monarchiste est élue qui se réfugie à Versailles, l’Armistice est signée, la France est humiliée ; et on a empêché le peuple de se battre. Plus qu’un sentiment, c’est la réalité de la trahison qui parcourt les forces sociales averties et les progressistes : « La municipalité du XVIIIe arrondissement proteste avec indignation contre un armistice que le gouvernement ne saurait accepter sans trahison. » (Georges Clemenceau).

La colère du peuple de Paris redouble quand quand la famine s’installe du fait du blocus des Prussiens sur la ville durant l’hiver 1870. Et le 18 mars 1871, Adolphe Thiers envoie la troupe pour retirer les canons sur la Butte Montmartre, de crainte que le peuple s’en serve contre les Prussiens qui encerclent la ville. Mais les soldats fraternisent avec la foule et le gouvernement décide de quitter la capitale avec tous ses fonctionnaires pour Versailles. Paris est livré à elle-même : c’est le début de la Commune de Paris, validée démocratiquement par les élections du 28 mars. Pendant deux mois, à Paris, on reconstruit une administration, on met en place des mesures sociales inouïes pendant qu’à Versailles Adolphe Thiers s’organise avec les Prussiens pour mettre en branle le plus horrible des massacres : la Semaine Sanglante du 21 au 28 mai 1871.

RÉGIS VLACHOS
Mars 2021

Photo Image anonyme, barricade de la rue de la Roquette, place de la Bastille, 18 mars 1871 ©CCØ Paris Musées-Musée Carnavalet



Les écrivains contre la Commune

Ils sont très peu nombreux les écrivains qui ont soutenu la Commune ; ils se comptent sur les doigts de la main, et encore le poing fermé et le pouce levé : Jules Vallès ! Normal, il la vivait et y participait. C’est tout l’objet du fabuleux ouvrage de Paul Lidsky (Les écrivains contre la Commune, La Découverte, 2010, première édition Maspero, 1970). Le second Empire a coupé l’artiste du peuple ; et même les Sand et Zola n’y échappent pas, au vu des horreurs qu’ils ont pu vomir sur les ouvriers pendant la Commune. Petit montage d’ignominies de Zola sorties dans le journal réactionnaire Le Sémaphore de Marseille en 1871 : « Les trottoirs étaient jonchés de cadavres ; des cadavres qui rêvent, aplatis, le nez sur le trottoir. Dans le faubourg Saint-Honoré, le sang coulait comme l’eau des ruisseaux (…). Je le répète, un résultat si rapide est inespéré. L’armée a eu un élan admirable (…). Les pieds traînent, il y a des morts qui semblent coupés en deux, tandis que d’autres paraissent avoir quatre jambes et quatre bras. Oh ! Le lugubre charnier, et quelle leçon pour les peuples vantards et chercheurs de batailles ! »
« Mais le bain de sang était nécessaire, l’abominable holocauste, le sacrifice vivant, au milieu du feu purificateur. »
« Les bandits, qui, pendant leur vie, ont pillé et incendié la grande cité, vont l’empester par leurs cadavres. Jusque dans leur pourriture, ces misérables nous feront du mal. »
Et une petite bibliographie à ce sujet si vous ne me croyez pas !
Charles (David), Émile Zola et la Commune de Paris, Garnier, 2017
Lejeune (Paule), Germinal, un roman anti-peuple, Nizet, 1978
Lidsky (Paul), op.cit.
Zola (Émile), Œuvres complètes, vol.4, La guerre et la Commune, présentation de Patricia Carles et Béatrice Desgranges, Nouveau monde éditions, 2003
Zola (Émile), La Commune : 1871, présentation de Patricia Carles et Béatrice Desgranges, Nouveau monde éditions, 2018

Photo : Panorama des incendies de Paris par la Commune. Auguste-Victor-Deroy, après-1871



La Commune sur Arte

En 2018 nous rencontrions Raphaël Meyssan qui venait de sortir le premier tome d’un incroyable roman graphique (Les Damnés de la Commune, 3 tomes, éditions Delcourt, 2017-19), réalisé exclusivement à partir de gravures de l’époque de la Commune. C’était six ans de travail et de recherche dans toutes les bibliothèques parisiennes. Arte s’est intéressé à ce fabuleux travail et lui a commandé un long-métrage. Et c’est encore deux ans de travail acharné qui aboutiront à la diffusion le 23 mars à 20h50. Et sur arte.tv du 16 mars au 21 mai. C’est prodigieux, à ne manquer sous aucun prétexte !

RÉGIS VLACHOS
Mars 2021