Résidences en mouvement : René Lacaille au Chantier de Correns

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Résidences en mouvement : René Lacaille au Chantier de Correns - Zibeline

Il se surnomme « le pyromane des planches ». René Lacaille, avec sa longue carrière de musicien, auréolée de moult récompenses, et de l’adulation inconditionnelle de tous les publics, ne cesse de se réinventer.

Zibeline : Vous êtes en résidence de création au Chantier de Correns1, un projet déjà prévu au mois de mai 2020, retardé, reporté… Votre travail en a-t-il été modifié ?

René Lacaille : Le projet a changé de forme. Au début, nous avions songé à un quintette avec une chanteuse et un batteur. Nous ne sommes plus que trois, Aldo Guinart, sax ténor, flûte, roulèr, kayanm, bongo, doum-doum, Marco Lacaille (mon fils), basse, kayanm, pandeiron caisse claire, chant, et moi-même à l’accordéon, tambour et chant. Tous ces instruments ne seront pas forcément dans l’enregistrement qui va être fait tout à l’heure. Le temps de résidence a été très court. Nous sommes à Correns depuis lundi et déjà, vendredi nous enregistrons… afin qu’il y ait une diffusion sur les réseaux sociaux et le site du Chantier de cette étape de travail, et que le public ait quand même quelque chose à voir et entendre.

Un ersatz du vrai concert !

Absolument ! D’autant que notre musique est le plus souvent à danser, avec le Maloya2 et le Séga (les deux genres musicaux majeurs de La Réunion, ndlr). Pour le « vrai » concert il y aura d’ailleurs une percussion. Un CD est prévu aussi en coproduction avec Le Chantier et la production Do Bwa, c’est pour lui que la résidence a eu lieu. Nous avons fait très peu de reprises, l’essentiel est consacré à des compositions nouvelles. J’en ai écrit la plupart, mon fils en a aussi créé une qu’il chante, toutes sont en créole réunionnais. Avec Aldo, il y a vingt-sept ans de complicité. C’est grâce à lui que tous les morceaux comprennent une partie de flûte ou de saxo. Il improvise d’ailleurs une partie, après les chorus en suivant mes accords.

Cette musique est nourrie de multiples influences, aux instruments traditionnels s’adjoignent des instruments occidentaux…

Oui, la musique est un mélange, et un jeu, la nourriture aussi, il m’est arrivé de cuisiner pour deux-cent-cinquante personnes lors de festivals et de chanter le lendemain… Musicalement j’ai beaucoup joué avec des interprètes du monde entier, en France avec Higelin, Perret, Moustaki… dans les années 70, 1970 hein ! J’ai fait partie des Caméléons avec Alain Péters, Loy Ehrlich etc., on a ajouté au maloya du rock, du funk, et maintenant les jeunes continuent avec d’autres styles de musique, et c’est toujours du maloya. L’un des morceaux du concert est dédié à Danyèl Waro (Daniel Hoarau, musicien et poète de La Réunion, à l’origine de la découverte du maloya en métropole, ndlr) pour son amour de l’accordéon.

Deux confinements durant ce travail !

J’ai beaucoup joué durant le confinement, en fait je n’ai jamais arrêté : jouer, composer. Si l’on ne compose pas on devient fou ! Les chansons étaient déjà écrites avant le premier confinement, la résidence à Correns devait avoir lieu à ce moment-là. Le temps vide de ce retrait a permis de les peaufiner, et durant la résidence qui s’achève il y a eu encore d’autres compositions. Peut-être pourrons-nous jouer à Marseille en février ou mars, dans le cadre du projet Festival Villes des musiques du monde, avec un gros travail avec les enfants dans les écoles.

Propos recueillis par MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2020

1 Centre de création des nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde
2 Le Maloya est classé depuis 2009 par l’UNESCO au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité

Le concert enregistré est disponible sur le site du Chantier, le-chantier.com, depuis le 27 novembre.

Photographie : René Lacaille en trio © Odile Lagacherie

Le Chantier
Centre de Création de Nouvelles Musiques Traditionnelles
Fort Gibron BP24
83570 Correns
04 94 59 56 49
http://www.le-chantier.com/