Implantée à Juvignac, L’Atelline développe son action. Entretien avec Marie Antunes, sa directrice

Création habitéeVu par Zibeline

Implantée à Juvignac, L’Atelline développe son action. Entretien avec Marie Antunes, sa directrice - Zibeline

L’Atelline soutient et accompagne des projets artistiques dans l’espace public depuis une quinzaine d’années. Aujourd’hui implantée dans l’ancien bâtiment du tri postal à Juvignac, la structure développe son action. Entretien avec sa directrice.

Zibeline : Vos choix d’accompagnement des compagnies, votre implication sur le territoire indiquent que les actions de l’Atelline croisent le champ du politique.

Marie Antunes : Notre structure culturelle se développe dans le champ du soutien de la création en espace public. On reste humble dans la démarche, nous n’avons pas prétention à faire autre chose que ce qu’on sait faire, qu’on fait avec cœur et engagement. Mais forcément, affirmer différentes formes de présence artistiques sur les territoires quels qu’ils soient, c’est considérer l’espace public autrement qu’un simple décorum.

Comment l’ancrage géographique à Juvignac résonne-t-il dans votre travail ?

Ici, c’est l’archétype de la zone pavillonnaire, périurbaine, où la question de l’espace public est singulière. Des sociabilités se créent, mais beaucoup plus discrètes que celles qu’on peut retrouver en ville, ou au contraire dans un village. On est dans une sorte d’entre-deux, et pour autant cela représente une grosse proportion de l’occupation des sols en France, c’est donc pertinent d’avoir une action sur ce territoire-là. Et il y a toute une génération d’artistes qui adorent ce type d’espace et écrivent leurs œuvres en frottement avec eux. La Métropole regroupe 31 communes, avec une diversité paysagère, une pluralité de façons d’habiter. C’est pour nous un terrain de jeu assez formidable, dont il serait dommage de se priver. De même que nous sommes en lien avec la ville centre de Montpellier pour des projets qui ont besoin de bâti patrimonial, ou de flux humain, ou de plus de discrétion. Poser un acte artistique à Juvignac ne résonne pas de la même manière que dans une ville comme Montpellier. Avec chaque fois le traitement d’un enjeu sociétal actuel. 

On revient donc à cette question du politique et du présent des gens, tout simplement, plus qu’une adresse à un public finalement.

J’ai justement réalisé que, depuis deux ou trois ans, j’utilise de moins en moins le terme de public ou de spectateurs. Les termes de population, d’habitantes et d’habitants sont beaucoup plus récurrents. Il y a bien un public des arts de la rue et de l’espace public. Mais il y a aussi celui ou celle qui est surpris·e, par un acte en train de se déployer, agréablement ou moins, mais qui est traversé par cet acte.

C’est une façon d’aborder autrement l’habité ?

Oui, les projets que nous soutenons mettent en œuvre un traitement, décalé, métaphorique, ou au contraire proche du réel, de faits sociétaux. Nous avons aussi une autre entrée, qu’on pourrait appeler la « poésie du quotidien ». Nous avons accompagné en résidence la Cie montpelliéraine La Vaste entreprise, que nous accueillerons en juin 22. Avec eux, on est vraiment sur une célébration du réel, en jouant avec le dérèglement du quotidien. Cela aborde toutes ces habitudes dont on ne perçoit plus les singularités. Se laisser habiter par son quotidien. Nous avons aussi le projet d’accueillir les artistes en résidence chez l’habitant, ici, à Juvignac, en se faisant épauler les services de la Ville.

Il semble que la phase de recherche compte autant que la représentation ?

Absolument. Tout le travail d’immersion sur un quartier, de « laboratoire » avec les habitant·es prend une place tout aussi importante que le processus de création. Pour rester très poreux à l’aventure humaine et artistique que sont ces temps d’immersion, et tendre vers une coopération avec celles et ceux qui partagent ces moments d’intelligence collective. 

ANNA ZISMAN
Décembre 2021

*L’association est financée par la Drac, la Région, la Métropole, le Département, et sur certaines aides aux projets, la Ville de Montpellier.

latelline.org

Photo : Marie Antunes © L’Atelline