Crise sanitaire et répercussions sur le secteur artistique : un avenir qui reste impensé

Covid, fais-moi peur

Crise sanitaire et répercussions sur le secteur artistique : un avenir qui reste impensé - Zibeline

Une crise sanitaire qui s’installe, des mesures économiques insuffisantes, des injonctions gouvernementales contradictoires, des artistes désespérés et un public désorienté… Le* Covid est-il en train d’achever un secteur public en souffrance ? 

On attend à la fin de 2020, si tout va bien, si le rebond ne nous reconfine pas, 10% de chute du PIB, 800 000 chômeurs de plus, des fermetures d’entreprise sans précédent depuis la Crise de 29. La société française commence à mesurer que rien ne sera plus comme avant. Ou plutôt, que les inégalités, la pauvreté et la souffrance vont augmenter, tandis que les intérêts économiques des plus riches sont protégés pour, prétendument, maintenir debout le système économique.
Les aides que le Gouvernement accorde au secteur culturel sont emblématiques de ce double mouvement d’appauvrissement et de soutien au seul secteur privé. 2 milliards sont annoncés pour remettre à flot le secteur, sur les 100 milliards du plan global de soutien à l’économie, dont 40 proviennent de l’Europe. Or la culture représente 3,2% du PIB, et 800 000 emplois non délocalisables. Soit 6 fois plus en PIB et 4 fois plus en emplois que l’industrie automobile, qui se voit relancée à hauteur de 8 milliards.
Plus grave encore : sur ces deux milliards, l’essentiel va aux industries culturelles et aux secteurs privés. 200 000 euros seulement, soit 10%, restent dans l’escarcelle de la culture publique. Le reste va aux industries de l’audiovisuel et de la musique, aux distributeurs, aux éditeurs, sans fléchage vers les plus fragiles. Et 220 000 euros au spectacle vivant privé, c’est à dire au secteur associatif subventionné, mais aussi aux salles et entreprises privées de spectacle.
Les dégâts considérables que le confinement, suivi de mois d’interdiction des spectacles et festivals, n’est pas compensé. Si le recours à l’activité partielle et le prolongement des droits des intermittents du spectacle a limité pour l’heure les dépôts de bilan et fermetures de compagnies, l’avenir reste impensé.

Nous avons besoin d’art
Car les mesures de fermetures des bars et restaurants, les restrictions sanitaires imposées aux événements culturels, les reports de tournages, d’événements, de sortie de livres… ont mis un coup de frein considérable à l’activité culturelle, qui peine à reprendre dans l’incertitude totale du maintien des événements qu’elle prévoit au jour le jour.
Depuis l’ouverture des salles de cinéma et de spectacle, et celle plus partielle encore des salles de concerts, le public se fait attendre. La peur est là, alimentée par l’inconfort de porter un masque devant un film quand on peut le voir chez soi à visage découvert. En buvant une bière. Tout près de ceux qu’on aime.
Les habitudes ont changé durant le confinement. On se réjouit de la hausse sensible des ventes de livres, mais les abonnements dans les salles de spectacles sont en berne. Les échanges virtuels et le télétravail, la téléculture, risquent de bouleverser notre rapport à l’espace public, au contact, aux échanges « en présentiel » si nécessaires aux pratiques culturelles.
L’Art, pour advenir, a besoin de rencontre et de dialogues inopinés. Et plus que jamais, après le Covid, nous aurons besoin d’art et d’échanges. Il faut tenter, en allant au spectacle, au cinéma, aux concerts, en exigeant que l’État prenne les mesures nécessaires, de maintenir vivants les arts publics si essentiels. À l’économie, mais surtout à la vie. 

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2020

* Ceci n’est pas une faute. Alors que l’usage commun avait attribué un « genre » masculin à ce coronavirus, l’Académie a décidé du lui attribuer, comme à de nombreuses pestes, un genre féminin. Décision contestable… 

Photo : © T1K1nPrdZ