Entretien avec Jean Sansone, représentant d'Anticor dans les Bouches-du-Rhône

Corriger la représentation ?

Entretien avec Jean Sansone, représentant d'Anticor dans les Bouches-du-Rhône - Zibeline

Anticor est une association fondée en juin 2002 par Éric Halphen et Séverine Tessier pour lutter contre la corruption et rétablir l’éthique en politique. Entretien avec Jean Sansone, qui représente le groupe local des Bouches-du-Rhône.

Zibeline : Comment avez-vous rejoint Anticor ?

Jean Sansone : À l’origine, en raison d’un problème personnel, comme beaucoup ! J’ai créé tout d’abord une association dans ma commune, Cabriès Défense Développement. CDD, pour rappeler aux élus que leur mandat est à durée déterminée. J’avais la réputation d’être grande gueule : ceux qui n’osaient pas s’exprimer directement sont venus me voir. Puis j’ai lu des articles sur Anticor, je me suis renseigné, et j’ai demandé à ce que mon association adhère. Quand ils ont vu que notre démarche n’était pas partisane ou à visée électorale, cela a été accepté et nous les avons rejoints en 2016. Avec un succès tel que le président, Jean-Christophe Picard, nous a demandé si nous pouvions organiser l’Université d’Anticor à Marseille en octobre 2019.

Comment fonctionne le groupe local 13 ?

Il y a de quoi faire dans les Bouches-du-Rhône ! Beaucoup de dossiers à traiter, de l’infraction au manquement éthique, en matière d’urbanisme, d’environnement, etc. D’une trentaine d’adhérents au début, nous sommes passés à 90 personnes aujourd’hui, très motivées. Il y a de la matière grise, des gens qui ont des compétences, une forte dimension collective. Le pôle juridique fait du très bon boulot pour nous aider. Les affaires arrivent chez nous de différentes manières. Des particuliers lésés nous contactent. Parfois nous nous emparons d’un sujet révélé dans la presse. Nous avons réussi à tisser une relation de confiance avec les journalistes du Ravi et de Marsactu, et nous travaillons avec eux. L’important est de se dégager du côté émotionnel d’un dossier : il faut absolument aller au-delà et chercher les faits.

Par exemple ?

Il y a une décharge de chantier chez nous. Le Maire a signé une autorisation illégale. Nous le signalons à la Dreal et au Préfet, pour qu’il soit mis en demeure de se mettre en conformité. Anticor est absolument indépendant. Nous n’acceptons aucune subvention, publique ou privée, l’association ne fonctionne que grâce aux adhésions et au bénévolat. Mais notre but n’est pas de nous isoler. À Rousset, nous allons épauler l’association Action Terres Citoyennes, qui protège le foncier agricole. Le nouveau président de France Nature Environnement 13, Stéphane Coppey, m’a contacté. Nous avons participé aux réunions de la Marche des Cobayes, partie de Fos-sur-Mer au printemps pour rejoindre Paris puis Bruxelles, au Forum des lanceurs d’alertes à Marseille. Et ainsi de suite.

Dans de nombreux mouvements citoyens on vise la démocratie directe plutôt que représentative, alors qu’Anticor entend réhabiliter cette dernière, sans la remettre en question. Pouvez-vous réagir à ce sujet ?

La mission d’Anticor est en effet non de s’attaquer aux politiciens, mais de restaurer la confiance du peuple envers ses représentants. Cela passe par une sanction des abus. Nous demandons aussi, par exemple, que les élus aient un casier judiciaire vierge. Auparavant nous faisions signer une charte éthique aux candidats, mais comme elle n’était pas contraignante ce n’était pas efficace. Notre politique a changé : désormais nous sensibilisons les citoyens pour qu’ils les interpellent sur ces sujets. En matière de transparence, nous constatons qu’il n’y a pas de réelle évolution depuis les engagements de campagne d’Emmanuel Macron et les lois de moralisation de la vie publique. On est très loin du compte.

Si cela marche si peu, est-ce pertinent de continuer dans la voie réformatrice ?

Dans une démocratie représentative, les élus devraient avoir peur des sanctions. Or elles sont de plus en plus légères, ou alors les lois sont contournées. Il faudrait presque criminaliser les délits au lieu de les correctionnaliser. S’ils faisaient face à un jury populaire, cela changerait probablement les choses !

Propos recueillis par GAËLLE CLOAREC
Octobre 2018

Photo : -c- Anticor