SOS Homophobie : prévenir, militer et soutenir - Entretien avec Lilian Rivière, co-délégué régional de l’association en PACA

Cité Queer

SOS Homophobie : prévenir, militer et soutenir - Entretien avec Lilian Rivière, co-délégué régional de l’association en PACA  - Zibeline

Zibeline : Comment peut-on expliquer l’augmentation des violences homophobes ?

Lilian Rivière : Il est difficile de tout expliquer et de désigner une seule cause. Nous partons du principe que plus de visibilité entraîne plus d’agressions. Or on assiste à un phénomène de libération de la parole, à tous les niveaux. On dénonce des violences via les réseaux sociaux, les victimes se sentent un peu plus en confiance pour raconter leur histoire. De plus, faire trainer un débat comme celui sur la PMA tend à infuser dans la société des propos homophobes.

Y aurait-il donc un lien entre la banalisation des comportements homophobes et les tergiversations des gouvernements sur la mise en place des droits ?

C’est une évidence. L’impunité est globale. D’un côté, certains responsables politiques tiennent des propos homophobes sans être inquiétés. De l’autre, des personnes se disent « on s’en fiche puisque même les politiques se le permettent ». Comme les victimes ne portent pas toujours plaintes, les agresseurs sont peu poursuivis.

Quels sont les publics LGBT les plus touchés ?

La majorité des agressions physiques que nous recensons sont commises sur des hommes gays. La violence subie par les personnes trans est plus sourde. C’est une transphobie ordinaire voire institutionnelle. Mais notre démarche est de tout englober sans faire de focus ni victimiser une population spécifique.

On parle très peu des lesbiennes…

Notre antenne à Marseille était constituée l’an passé de 90% de femmes. La lesbophobie est le prolongement du sexisme. Sur le fond, la question est celle de l’invisibilisation des femmes d’une manière générale. Nous nous demandons toujours si nous ne reproduisons pas les mêmes schémas au sein de la communauté LGBT. Mais on ne veut pas non plus tomber dans le travers qui serait de dire « il nous manque telle ou telle minorité ». On fait le travail avec les gens qui sont là. D’ailleurs, nous avons besoin de plus de militants.

Vos chiffres indiquent une agression tous les trois jours. C’est sidérant.

Cela sera forcément un peu plus en 2018. Il y a une prise de conscience depuis la rentrée mais il aura fallu que des agressions se passent à Paris et qu’un responsable associatif en soit la cible pour que le sujet surgisse dans l’espace public. Au-delà de la sidération, il faut qu’on pose les bonnes questions. Et ce n’est pas de savoir qui sont les agresseurs, comme ont tenté de détourner le débat certains hommes et femmes politiques. S’ils mettaient un peu le nez dedans, ils verraient que ce ne sont pas forcément des gens soi-disant issus de l’immigration ou qui habitent en banlieue. La seule question est : comment lutter durablement au quotidien contre ces agressions ?

Quelles sont vos propositions ?

On ne réclame pas de nouvelles lois. On demande juste que les existantes soient correctement appliquées. De l’accueil au commissariat, où la plainte doit être enregistrée avec le motif d’homophobie, jusqu’à l’instruction de cette plainte par des magistrats qui font bien leur travail. Il est également primordial de mettre enfin en place une véritable politique de prévention, pour agir dès l’école. Quand des élèves participent à des ateliers contre les discriminations, on arrive même en deux heures à déconstruire certains préjugés. C’est peut-être le seul moment de leur vie où ils vont parler avec des personnes LGBT.

Quels sont les autres axes d’intervention de l’association ?

Nos trois piliers sont : prévenir, militer et soutenir. En dehors du milieu scolaire, on propose également des formations aux adultes qui reçoivent du public. En ce qui concerne le soutien, nous avons une ligne d’écoute anonyme et gratuite, ouverte tous les jours. Cela va du réconfort à l’accompagnement juridique. Côté revendications, nous sommes en ce moment très pointilleux sur la PMA. Nous demandons à l’exécutif de ne plus reculer sur le calendrier et de ne pas relancer pas un débat de société déjà tranché par une opinion favorable. Nous sommes très attentifs au traitement du sujet par les médias qui ont tendance à inviter systématiquement un opposant, parfois un médecin mais rarement les personnes concernées.

ENTRETIEN REALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS
Décembre 2018

Photo: Pride 2018 à Marseille. Lilian Rivière entouré par Véronique Godet et Joël Deumier, respectivement vice-présidente et président nationaux de l’association.-c-DR

sos-homophobie.org/PACA

Entretien avec Lee Ferrero, responsable de Transat, association de personnes trans à Marseille

Cité Queer : La transidentité

Entretien avec Lee Ferrero, responsable de Transat, association de personnes trans à Marseille - Zibeline

« Les personnes trans sont des humains comme les autres »

Discriminations, idées reçues, revendications… Tour d’horizon de ce qu’il faut savoir sur la transidentité.

Sensibilisation, entraide, luttes, Transat est une association de personnes trans nouvellement créée à Marseille. Rencontre avec l’un de ses responsables, Lee Ferrero, 22 ans, homme transgenre et futur enseignant.

Zibeline : Parlons d’abord vocabulaire. Derrière l’abréviation trans, quels autres termes est-il juste d’employer ?

Lee Ferrero : La transidentité est une identité autodéterminée par chaque personne concernée. Le point commun à toutes est le rejet du genre assigné à la naissance. La meilleure façon de ne pas se tromper est donc de parler de personnes trans. C’est le terme le plus respectueux. Transgenre est également un vocable consensuel. En revanche, transsexuel est un mot assez unanimement rejeté, donc à éviter. Certaines personnes peuvent toutefois l’employer pour parler d’elles mêmes. Transsexuel étant à l’origine un terme médical qui désignait une pathologie, il équivaut pour beaucoup d’entre nous à une insulte.

Restons encore un peu dans les questions pratiques. Quelle est l’attitude la plus respectueuse à observer à l’égard des personnes trans ?

Quand on ne connait pas la façon dont souhaite être appelée une personne, il faut la lui demander. Y compris si vous l’avez connue antérieurement avec un certain prénom. L’apparence n’implique pas que l’on veuille être appelé monsieur ou madame et désigné par un pronom masculin ou féminin. Certaines personnes se définissant comme non binaires utilisent des néologismes qui correspondent à des pronoms neutres inventés comme « iel » ou « ul ». Si vous vous trompez en genrant quelqu’un, il faut juste s’excuser et passer à autre chose. Enfin, il y a des questions intimes inappropriées comme celles qui concernent les organes génitaux. Pour connaître la limite, il suffit de se demander si on poserait la même question à une personne non trans. Les personnes trans sont des humains comme les autres.

Quels sont les préjugés les plus tenaces ?

On a tendance à croire que les traitements hormonaux sont irréversibles. Ce n’est pas le cas, même si cette idée est diffusée par le corps médical. Cela signifie que si on décide de les arrêter, la plupart des effets disparaissent et on retrouvera une apparence tout à fait crédible dans son genre d’assignation. En théorie, on peut également faire une transition en termes chirurgicaux dans les deux sens. Autre exemple, la confusion entre identité de genre et orientation sexuelle. Cette dernière est indépendante de la façon dont on se vit au niveau du genre. On entend souvent aussi que lorsqu’on est trans, on va être marginalisé, on ne va pas pouvoir s’intégrer dans la société. C’est quelque chose qui inquiète beaucoup les parents de personnes trans. On ne va pas dire qu’on ne subit aucune discrimination mais la situation, notamment au travail, a bien évolué. Un parcours de transition médicale n’a pas forcément de début ni de fin. Les démarches médicales dépendent des choix de chacun. Il y a juste des individus qui veulent se positionner par rapport à des normes de corps et sociales.

Quelles principales revendications demeurent ?

Le changement d’état civil, libre et gratuit. Malgré les améliorations, la décision revient à un tribunal. Nous demandons que la procédure puisse aboutir sur simple déclaration. C’est aberrant qu’une entité extérieure juge de l’identité de genre des gens. Lorsqu’on veut démarrer le protocole de transition, on doit d’abord passer devant un psychiatre. Nous voulons des médecins formés pour prendre en charge respectueusement les personnes trans sans psychiatrisation de leur démarche. De par la pénurie de médecins compétents, les délais en sont d’autant plus rallongés et peuvent mettre en danger les demandeurs. Nous demandons également l’accès aux techniques de préservation de la fertilité pour envisager l’accès à la procréation médicale assistée (PMA) et l’inclusion du public trans dans la recherche médicale. On ne connait pas, par exemple, les effets à long terme des traitements. Nous militons enfin pour une large campagne de sensibilisation du grand public et des administrations à la thématique trans.

La transphobie est-elle une réalité ?

La transidentité est un sujet tabou et méconnu. La majorité des faits transphobes relèvent de la transphobie ordinaire, du fait de l’ignorance du public par défaut de sensibilisation et du manque de formation de l’administration et du milieu médical. On se retrouve avec des professionnels de santé qui se disent eux-mêmes spécialistes et qui en viennent à prescrire des traitements reconnus dangereux pour la santé. Les agressions et les violences existent, bien sûr, leurs origines sont souvent homophobes et/ou sexistes. Tout cela découle du système dominant qui considère que les personnes sont cisgenres (non transgenres, ndlr) par défaut. Il faut arrêter de nous penser comme la marge. Nous avons une trajectoire de vie parmi tant d’autres.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS
Octobre 2018

Photo : Lee Ferrero © Ludovic Tomas