Le Spot Longchamp, centre de santé sexuelle communautaire à Marseille

Génération Prep

Le Spot Longchamp, centre de santé sexuelle communautaire à Marseille - Zibeline

Ouvert en juin 2016 par l’association Aides, le Spot est un centre de santé sexuelle communautaire, au cœur de Marseille.

L’équipe du Spot Longchamp n’a pas attendu la première phase du déconfinement pour reprendre ses missions. Depuis le 4 mai, un mois avant son quatrième anniversaire, le centre de santé sexuelle communautaire installé dans les locaux d’Aides, à deux pas des Réformés, accueille sur rendez-vous. À l’entrée, masque et gel hydroalcoolique obligatoires. Les patients sont orientés vers la salle d’attente ou vers l’arrière-cour pour respecter à la lettre les consignes de distanciation physique. Jeunes, quadras ou plus, le tutoiement est de rigueur, y compris de la part des médecins. 

« On se demandait depuis des années comment déployer une offre qui s’adresse à un public allant des personnes séropositives à celles exposées aux risques liés aux VIH et hépatites en raison de leur orientation sexuelle ou de leur genre », explique Delphine, accompagnatrice communautaire au Spot. Et parmi les communautés prioritairement visées, les personnes LGBT+ dans leur ensemble, et en leur sein les migrants, « du fait de la précarité et de la prévalence du virus dans leurs pays d’origine ». Car les nouvelles séropositivités touchent particulièrement ceux qui cumulent le fait d’être étranger, homosexuel et en difficulté d’accès aux droits. « Plutôt des personnes stigmatisées par le système », appuie son collègue Patrick.

Une offre globale

Depuis 2016, dans le centre de la deuxième ville de France, capitale de la région française métropolitaine qui reste, avec l’Île-de-France, la plus touchée par l’épidémie du Sida, il est désormais possible de frapper à la porte du Spot pour un dépistage d’infection sexuellement transmissible (IST), un traitement d’urgence du VIH après un comportement à risque, une vaccination contre l’hépatite A et B mais aussi celle, moins connue, en prévention des cancers du col de l’utérus et du colon. Se faire accompagner dans son parcours en tant que personne transgenre, prendre rendez-vous avec un psychologue ou pour une assistance sociale entrent aussi dans les nombreux services dispensés par le centre fondé par Aides. Particularité de l’équipe marseillaise composée d’une douzaine de personnes, celle-ci propose des consultations en addictologie menées par un psychiatre ou encore des groupes de parole ; que ce soit les « goûters de putes » dédiés aux travailleuses et travailleurs du sexe ou les « apéros chemsex », pour chemical sex, autrement dit les rapports sexuels sous l’effet de substances psychotropes – dont la pratique devient de plus en plus répandue dans le milieu homosexuel masculin – avec la possibilité de faire analyser les produits consommés. Un groupe d’échanges réservé aux migrants LGBT a également été mis en place les vendredis après-midi. « Ces offres sont proposées en fonction des besoins remontés », explique Patrick.

Un traitement révolutionnaire

Mais c’est l’initiation à la Prep, le traitement révolutionnaire qui protège du VIH, qui a donné au Spot Longchamp une visibilité plus large. Autorisé depuis quatre ans, la prophylaxie pré-exposition assure une protection très fiable avec un risque de contamination infime. « On a relevé une baisse de 50% des cas de VIH à San Francisco entre 2012 et 2016 et de 20% des infections en Île-de-France », détaille Delphine. Des résultats qui ont conduit l’Organisation mondiale de la santé ou la Haute autorité de santé à recommander ce traitement pris en charge à 100% par la Sécurité sociale. La cible prioritaire demeure les publics exposés à un haut risque de contracter le virus. En tête, les hommes homosexuels, les personnes transgenres ayant des relations sexuelles avec des hommes, les ressortissants de pays d’Afrique subsaharienne, les travailleurs et travailleuses du sexe, les usagers de drogues par voie intraveineuse. La Prep concernant uniquement les personnes séronégatives, chaque prétendant fait l’objet d’un rendez-vous préalable au cours duquel un test de dépistage est réalisé. Si tous les voyants sont au vert, une prescription sur ordonnance est établie. Deux protocoles sont alors possibles : une prise continue et quotidienne du comprimé ou à la demande en fonction de l’activité sexuelle du patient.

Ne protège que du Sida

Actuellement, le seul médicament utilisé est une association de deux antirétroviraux : l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil. Commercialisé sous la marque Truvada et ses génériques, la Prep protège uniquement du VIH et non des autres IST. Contre ces dernières, l’usage du préservatif et des tests réguliers restent indispensables. Comme la plupart des médicaments, des effets secondaires plus ou moins sérieux peuvent apparaître mais restent rares et sont réversibles à l’arrêt du traitement.

Pour la génération marquée par le Sida et les pratiques préventives, le passage à la Prep ne va pas toujours de soi. « Après 30 ans de capote, c’était un choc, témoigne Massimiliano. J’ai eu du mal à l’enlever, comme un sentiment de culpabilité. Cela m’a pris du temps pour me sentir en confiance. Mais après un petit travail sur moi-même, je me suis petit à petit habitué à l’idée. Même quand je la prends, à chaque fois, je me dis toujours : j’espère que je n’ai rien attrapé ». Pour beaucoup, la Prep libère des angoisses et le désir.

LUDOVIC TOMAS
Juin 2020

Le Spot
3 boulevard Longchamp, Marseille
04 91 14 05 15

Photo : © Ludovic Tomas