Où en sont les "prides" ? Réponse de trois responsables associatifs du sud de la France

Cité Queer

• 28 juin 2019, 6 juillet 2019, 20 juillet 2019, 27 juillet 2019 •
Où en sont les

Un demi-siècle après Stonewall, pourquoi marchent-ils/elles encore ? De Montpellier, Marseille et Nice, trois responsables associatifs nous répondent.

« Un événement symbolique parmi d’autres »

Olivier Vaillé, président de Fierté Montpellier Pride, association organisatrice de la Marche des diversité.

« Cinquante ans après ce qui est considéré comme l’événement à l’origine des Prides, que ce soit en France, en Europe ou de par le monde, nous n’avons pas encore atteint l’égalité parfaite ni la liberté totale en tant que LGBTQI+. Le projet de loi sur la PMA va être discuté et nous devons rester vigilants. Mais les droits des personnes trans et intersexe, ceux des migrants LGBTQI, la protection des personnes face aux agressions et aux discriminations sont autant de points pour lesquels il faut continuer à marcher. Un autre aspect est la solidarité avec celles et ceux pour qui les droits n’ont pas énormément avancé : au Maghreb et plus généralement en Afrique ou dans les pays de l’Est de l’Europe y compris ceux de l’Union européenne comme la Pologne. Les actes LGBTphobes continuent de progresser alors que le refus de l’égalité ne concerne qu’une frange minoritaire de la population. Mais selon qui arrive au pouvoir politique, il pourrait y avoir un retour arrière. On le voit aux États-Unis avec l’administration Trump, en particulier sur le droit des personnes trans, ainsi qu’au Brésil même si la justice a rappelé à l’ordre Bolsonaro.

La Pride n’est qu’un événement symbolique parmi d’autres, qui permet de relayer et visibiliser le travail mené par les associations au quotidien. La lutte contre les LGBTphobies doit faire l’objet d’un vaste plan d’action dans lequel interviennent les associations mais aussi l’État. Cela passe par différents moyens comme la formation des administrations, dont la police, et par l’éducation. Ce sont les futures générations qu’il faut faire évoluer et auxquelles on doit apprendre à respecter tous les citoyens, quelle que soit leur sexualité ou leur orientation de genre. »

« Des marches dépolitisées »

Sarah Saby, présidente du Collectif Idem, structure organisatrice de la Pride Marseille de 2014 à 2016.

« Les Prides sont toujours un outil de visibilité essentielle, à un moment donné, où toute la communauté qui se sent concernée par les droits LGBT peut descendre dans la rue. On commence à voir dans certaines de villes, partout dans le monde, des marches alternatives aux Prides officielles. C’est le cas des Prides de nuit ou la Pride des banlieues qui a eu lieu à Saint-Denis (93) récemment. Ces initiatives soulignent combien les marches officielles sont dépolitisées. Organiser des Prides, ce devrait d’abord poser la question du politique, or, aujourd’hui, c’est répondre à des demandes de sponsors et à des subventions. Du coup des questions politiques essentielles qui dépassent la problématique LGBT mais qui la traversent, comme le racisme d’État, la précarité, l’exclusion des personnes afro-descendantes, sont absentes des Prides. Quand on regarde la programmation de celle de Marseille, il n’y a rien, à part la PMA. Lorsque le collectif Idem était en charge de coordonner l’organisation de la Pride, nous lui avons toujours donné une orientation politique inter-sectionnelle. À l’exception de 2016 où l’on a dû annuler la quasi-totalité des événements à la suite de l’attentat de Nice. »

« On est une force politique »

Benoît Arnulf, coordinateur de l’association Les Ouvreurs et directeur artistique du festival de cinéma In&Out à Nice et Cannes.

« Marcher à Nice, Marseille ou Montpellier et marcher en Serbie, ce n’est pas la même chose. À Nice, on s’inscrit dans une histoire. Il s’agit d’un héritage qu’il faut qu’on questionne autant qu’on défende. Le Bostwana vient de légaliser l’homosexualité et l’Équateur le mariage entre personnes de même sexe. Cela fait partie d’un même mouvement qui démarre véritablement avec Stonewall et les premières Gay Prides l’année suivante. Des choses existaient avant 1969, mais c’est quand même cet événement et sa réappropriation politique -alors qu’il n’a pas forcément été pensé comme tel- qui a permis tout ça. Une Pride, c’est un moyen pour dire que l’on n’a aucune raison d’avoir honte et de le montrer. C’est donc un moyen pour lutter contre les LGBTphobies. Malgré le grand nombre d’avancées en France, il reste beaucoup de choses à faire. En cela, la marche, comme toute manifestation revendicative, permet de mettre en avant un agenda politique et de montrer qu’on est toujours là. Même si on peut être extrêmement critique vis-à-vis de la politique du gouvernement sur d’autres sujets, on est assez contents de l’annonce du premier ministre concernant la loi sur l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes. On est une force politique. Le mois des marches est l’occasion pour nous de parler de ces sujets dans le monde entier, en ouvrant des espaces de discussion depuis la rue et repris par des acteurs de la société civile, les médias, les intellectuels. Tout cela permet d’avancer et de faire dire ce dont une société a envie ou pas.

Là où je suis sceptique, c’est que ces derniers temps, les marches ont plus donné dans le caractère festif. C’est important, cela a toujours été notre spécificité mais cela ne doit pas dénaturer le visage politique. La fête, c’est bien mais cela ne permet pas de penser. »

PROPOS RECUEILLIS PAR LUDOVIC TOMAS
Juin 2019

Les dates des marches
28 juin : Pride de nuit, Nice
6 juillet : Pride Marseille
20 juillet : Marche des diversités, Montpellier
27 juillet : Pink

Photo : Pride Marseille 2015 c Lee Bob Black – CC