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Précarité énergétique : le sud souffre aussi !

Chauffer la passoire

Précarité énergétique : le sud souffre aussi ! - Zibeline

La condensation qui se forme et coule le long des fenêtres ; les murs suintant d’humidité ; les mauvais convecteurs contre lesquels on doit se coller, et qui font bondir la facture d’électricité… Il peut sembler que « la misère serait moins pénible au soleil », mais dans le lumineux sud de la France, on souffre aussi de précarité énergétique. Et ce n’est pas le réchauffement climatique qui changera réellement la donne : il favorise les épisodes extrêmes, chaleurs intenses, grands froids et pluviométrie incohérente.

L’Insee Paca vient de publier le n°68 de ses Analyses, une étude consacrée à ce sujet. « 162 000 ménages de Provence-Alpes-Côte d’Azur sont en situation de vulnérabilité énergétique : ils vivent dans un logement qui, pour être chauffé convenablement, leur impose d’y consacrer plus de 8,2% de leur revenu1. » Bien-sûr, les personnes seules et les familles monoparentales sont surreprésentées parmi les ménages vulnérables.

Les chauffages électriques sont les plus répandus, équipant un foyer sur deux. Or, cet été, le prix de l’électricité devrait augmenter d’environ 6%, et d’après la Commission de Régulation de l’Énergie, ce n’est qu’un début. EDF ne cesse de réclamer plus de moyens pour financer ses investissements, notamment dans la voie sans issue du nucléaire.

Disparités régionales

Selon l’étude de l’Insee, en raison du climat plus rude des montagnes, un tiers des Hauts-Alpins a du mal à se chauffer. Et dépense près de 2,5 fois plus pour cela qu’un habitant des Alpes-Maritimes. Sur le littoral méridional, la vulnérabilité énergétique est surtout liée à la forte concentration de personnes à bas revenu : même s’il fait plus doux, il leur est difficile de payer pour atteindre une température de confort dans leur logement. D’autant plus s’il s’agit d’une passoire thermique, comme c’est le cas de la majorité des bâtiments construits avant 1973. Les premières réglementations ont été adoptées dans la foulée du premier choc pétrolier, afin de réduire la consommation d’hydrocarbures. C’était l’époque de la « chasse au gaspi », qui n’a pas été un grand succès : la France continue massivement à chauffer des murs trop minces, la chaleur s’échappe par les fenêtres mal jointoyées, et environ 30% de déperdition se fait par les toits mal isolés. En Paca, sur les zones de bord de mer, le revenu annuel moyen des ménages vulnérables s’élève à 9 490 €. Avec moins de 800 € par mois, on ne se risque souvent même plus à allumer les radiateurs et on grelotte les jours de mistral.

Affiner les diagnostics et isoler

Pour corriger les choses, il faut identifier le défaut d’isolement, avant de pouvoir y remédier.

La Ville de Marseille, au bilan dramatique en matière de rénovation urbaine, a néanmoins réussi à mettre en ligne un outil pratique : une carte réalisée par thermographie aérienne, sur laquelle on peut zoomer de manière précise. Elle permet de détecter les déperditions de calories au niveau des constructions, qu’il s’agisse de bâtiments publics ou de maisons individuelles.

Il existe des matériaux naturels efficaces, locaux, recyclables, peu chers, qui pourraient améliorer grandement les performances énergétiques du bâti, neuf ou à rénover. Nous vous le disions dans notre article Philosophie des trois petits cochons, selon l’édition 2018 des Règles professionnelles de construction en paille (éditions Le Moniteur) 5% du chaume non utilisé à ce jour permettrait d’isoler la totalité des logements construits chaque année en France.

Mais les aides consenties par l’État ou les collectivités -chèque énergie, crédits d’impôts, prêts à taux 0- sont insuffisantes. Quand dès le 15 du mois on n’a plus de quoi régler ses factures, il n’est pas possible de faire l’avance sur un double-vitrage.

GAËLLE CLOAREC
Avril 2019

1 Seuil fixé par convention, depuis 2010 (Loi Grenelle II)

Photo : -c- G.C.
Carte : -c- Insee Paca