Entretien avec Marion Coutris et Serge Noyelle, co-directeurs du Théâtre des Calanques

Chantiers artistiques au Théâtre des Calanques

Entretien avec Marion Coutris et Serge Noyelle, co-directeurs du Théâtre des Calanques - Zibeline

Echaudé par les ouvertures et fermetures successives, le Théâtre des Calanques attendra les décisions gouvernementales du 20 janvier 2021 pour réorganiser définitivement sa programmation. En attendant, les équipes travaillent à divers projets, dont la création des Mariés de l’Apocalypse. Entretien avec Marion Coutris et Serge Noyelle, co-directeurs du lieu.

Zibeline : Comment s’est passé ce second confinement pour vous ?

Marion Coutris : C’est un second confinement qui a commencé en vérité avec le couvre-feu. À ce moment-là, toute la programmation a dû être d’abord modifiée, puis annulée quelques semaines plus tard. Alors le plateau a été très vite mis en ordre de marche pour qu’on puisse d’abord accueillir les compagnons, des artistes qui sont pratiquement chez eux au Théâtre des Calanques. Une équipe de circassiens est aussi venue répéter, la Cie Fearless Rabbits, dont la création aura lieu la saison prochaine. Et on a commencé à refaire un travail d’écriture au plateau, sur la musique et les textes des Mariés de l’Apocalypse et de notre création cirque Des sabots et des ailes, prévue avec la BIAC en janvier. On a également travaillé sur plusieurs séquences, qui étaient imaginées pour les balades dans les calanques et dans les Alpilles, qui sont à priori reportées au printemps 2021. Et la formation de l’acteur de l’École du Cerisier ne s’est pas arrêtée.

Quid des spectacles annulés ou reprogrammés ?

Serge Noyelle : Ce qui était prévu en janvier va peut-être être reporté en mai ou en octobre. Le Cabaret Nono est reporté au 31 janvier 2021. Le work in progress des Mariés de l’Apocalypse est lui reporté en avril. Mais on a tellement eu de « On ouvre, on n’ouvre pas, on ferme, on rouvre » qu’on va attendre les annonces gouvernementales du 20 janvier pour prendre des décisions.

Quelques mots sur Les Mariés de l’Apocalypse ?

S.N. : C’est comme un rêve éveillé : il y a quelques années, je me suis perdu sous l’autoroute de Gênes. Et il y avait là tout un monde qui vivait, en dehors du monde réel. Un monde à la Fellini, quelqu’un réparait une voiture, l’autre se faisait raser, d’autres faisaient du vélo sur une espèce de terrain vague.

C’était un bidonville ?

S.N. : Pas du tout. Un autre monde, parallèle. Et au loin il y avait un vieil hôtel désaffecté, j’y suis rentré, il ne restait que des vieux fauteuils et des gens installés là. Je me suis dit qu’à tout moment on peut passer du réel à une image cinématographique et pourtant réelle. Quel est ce frôlement entre le réel et l’irréel ? Entre la parole parlée et la parole chantée ? Ce sera donc un plateau de tournage cinéma, avec les panneaux lumière-cinéma, des gens sur des fauteuils, installés à vie. Comme une famille, la compression d’une famille, une famille compressée dans l’inceste. C’est une pièce qui parle de la relation incestueuse au monde et l’attente d’une apocalypse libératrice et heureuse.

M.C. : On est en plein travail sur la dramaturgie de la pièce. Ça traite des héritages, des choses, des biens, des lieux, des histoires de famille, des propriétés, comme dans La Cerisaie. Et comment ces héritages se traitent en famille, sachant qu’une famille c’est une famille, mais ça peut être aussi un parti politique, une corporation, une mafia… Le texte n’est pas narratif, ni réaliste, ça s’approcherait plus d’une sorte de voyage. On a fait un premier chantier, puis il y a eu la crise du Covid : cette apocalypse, qui met à mal tous nos systèmes référentiels, dans le monde entier, elle était là. Il y avait quelque chose d’un vide qui s’ouvrait sous nos pieds et qu’on a vécu, en tant qu’artistes. Ça s’est précipité. Donc d’un seul coup, l’idée de se dire : clac, on arrête tout, là, et bien qu’est-ce qu’on a à dire ? Qu’est ce qui nous arrive de l’urgence de ce moment-là, où les systèmes, les idéologies, les doxas, sont devenues peau de chagrin ?

Propos recueillis par MARC VOIRY
Décembre 2020

Photo : Les Mariés de l’apocalypse, photo de répétition © Claude Garcia