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Vu par Zibeline

Université d'été d'Attac à Marseille : enjeux, méthodes et lignes de faille

Changer de système

• 25 août 2015⇒28 août 2015 •
Université d'été d'Attac à Marseille : enjeux, méthodes et lignes de faille - Zibeline

Attac vient de tenir son Université d’été à Marseille, sur le campus Saint-Charles.

Comprendre les enjeux

600 personnes s’étaient pré-inscrites, près du double ont assisté aux tables rondes ou ateliers, rythmant un programme touffu et varié étalé sur quatre jours. Un succès certain, qui appelle cependant une remarque de fond. Le mouvement altermondialiste prend de l’ampleur partout dans le monde, de manière plus ou moins virulente selon les pays. Confrontées à l’urgence climatique, les populations commencent à comprendre que le système capitaliste fait courir l’humanité à la catastrophe. Or Attac entend «changer le système» et pas «de» système, la nuance est d’importance… Peut-on raisonnablement envisager une transformation qui le rende écologiquement compatible ? Sachant que toute sa logique d’accumulation encourage le productivisme et le consumérisme… et donc la dévastation de la biosphère.

Identifier l’ennemi

Dénoncer les abus des banques et les paradis fiscaux, axe principal du lobbying d’Attac, est une entreprise indéniablement louable. Les États eux-mêmes depuis 2013 montrent une velléité d’action, dont ont découlé des scandales successifs (Cahuzac, UBS, Luxleaks, Swissleaks…) Il s’agit de récupérer les impôts qui leur échappent, sociétés et particuliers leur glissant entre les doigts avec la complicité des cabinets de commissaires aux comptes et avocats, ces professionnels du chiffre, dont les plus gros sont Ernst & Young, Deloitte, KPMG et PricewaterhouseCoopers. L’atelier mené par Bruno Knez et surtout Florence Toquet, syndicaliste au sein de l’administration fiscale, était fort clair à cet égard. On comprend la logique des intervenants lorsqu’ils demandent un renforcement des contrôles et une utopique harmonisation internationale des taux d’imposition, qui limiterait l’optimisation fiscale, et «renforcerait la souveraineté des États». Problème : ces derniers entretiennent un rapport très étroit, ambivalent, complexe, avec le capital ; ils en ont besoin pour faire tourner leur machine économique, tout comme lui sait les utiliser à son profit.

Choisir sa méthode

Vu l’urgence de la situation mondiale en matière climatique, environnementale, et avant que les guerres et déplacements de populations qui en résulteront ne prennent un tour irréparable, on en arrive inévitablement à se poser la question de l’efficacité des luttes. Au cours de cette Université d’été, on sentait très clairement des lignes de failles se dessiner : alors qu’Attac maintient son credo lobbyiste, cherche à renforcer les manifestations populaires et s’inspire des «récupérations de chaises» dans les établissements HSBC (action très drôle racontée par Jon Palais), on entendait nombre de personnes dans le public douter. «Si on se contente de manifester symboliquement, je crains que cela ne soit très en dessous de ce que la situation requiert.» «Voler 8 chaises à une banque, c’est dérisoire». Là où ceux qui tenaient la tribune prônaient unanimement la non-violence, d’autres soulignaient la violence, multiforme, que le système capitaliste exerce sur les individus[1]. La plupart de ceux qui la subissent ne vont pas grossir les rangs des casseurs ; certains la retournent contre eux : ce sont les suicidés d’Orange ou de La Poste, une jeunesse qui s’autodétruit par tous les moyens de défonce à sa portée, les cadres en burn out ou les consommateurs d’anxiolytiques…

Après tout, la mondialisation est en train de ruiner la planète, et nous sommes tous en état de légitime défense. Alors violence, non-violence ou compromis, chacun choisira en son âme et conscience, comme dirait le Pape, qui lui, prend de plus en plus nettement position (cf Encyclique Laudato si)… Et à Laurence Buisson, du Syndicat de la magistrature, qui rappelait ingénument que «la résistance historique à l’oppression est le plus sacré des devoirs… mais on n’en est tout de même pas là», répondons : «Mais si !»

GAËLLE CLOAREC
Août 2015

L’Université d’été d’Attac s’est tenue du 25 au 28 août à Marseille

Lire ici notre article consacré à la plénière d’ouverture

Photo : G.C.

[1]   Il n’est pas superflu de rappeler que, selon Max Weber, dans le monde moderne, l’État détient «le monopole de la violence physique légitime»