Les directeur.ice.s des lieux culturels font état de la situation actuelle : Valérie Chevalier, pour L'Opéra de Montpellier

« Cela risque d’être chaotique »Vu par Zibeline

Les directeur.ice.s des lieux culturels font état de la situation actuelle : Valérie Chevalier, pour L'Opéra de Montpellier - Zibeline

S’il a vu exploser le nombre de ses abonnés sur son compte YouTube grâce à son programme de captations, l’Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie est suspendu à l’annonce d’une date pour construire la suite. Entretien avec sa directrice, Valérie Chevalier.

Zibeline : Comme une grande partie des maisons d’opéra, l’OONM mise depuis plusieurs mois sur des captations. N’est-ce pas frustrant ?

Valérie Chevalier : Le vrai problème, ce n’est pas tant de ne pas rouvrir que de ne jamais connaître de date de réouverture. On ne peut pas répéter indéfiniment dans le vide… Aujourd’hui, nous vivons avec pour objectif final la captation, jusqu’à nouvel ordre. Les fausses joies, les vraies frustrations sont pourtant nombreuses depuis la rentrée de 2020. La dernière en date est évidemment celle des publics scolaires, que nous espérions pouvoir accueillir. L’ambiance y est toujours détonante : on a en général droit à une standing ovation après chaque air ! C’est cette absence du public, de son enthousiasme, de sa joie, qui est la chose la plus difficile à porter pour le moral des musiciens.

Craignez-vous que ce public se raréfie au lendemain de l’épidémie ?

Cette crainte est difficile à occulter : on y pense toujours ! Nous ne connaissons notamment pas l’issue de tout cela : la reprise sera peut-être plus lente que prévue, selon les appréhensions de chacun -même si nous n’entendons pas rouvrir nos portes sans avoir pris toutes les précautions possibles. Mais si cette question me semble pertinente pour le lieu du cinéma, qui connaissait déjà une crise avant celle du COVID, nous demeurons convaincus qu’elle ne se pose pas dans les mêmes termes pour le spectacle vivant. L’envie d’applaudir, de ressentir la musique, demeure. Ce n’est tout de même pas la même chose que d’écouter, même attentivement, derrière un écran…

Le recours à la diffusion de concerts captés a cependant augmenté votre visibilité sur les réseaux sociaux -votre compte YouTube, sur lequel vous diffusez nombre de mini-concerts, a multiplié par six ses abonnés…

Tout à fait : notre visibilité a dépassé nos limites géographiques, et ce n’est pas rien ! Nos concerts sont vus partout en France, mais également en Europe, et ailleurs ! Nous chattons avec des mélomanes de Rio ou de Bombay… C’est évidemment réjouissant. Notre offre en ligne est de plus en plus performante : si nous restons aussi actifs, c’est parce que nos forces musicales s’y prêtent ! Nos équipes permanentes ont envie d’exercer leur métier. Même si les conditions de la captation sont parfois difficiles pour eux : les musiciens deviennent leurs propres spectateurs, ils se sentent scrutés au moindre solo, à la moindre mèche de cheveux de travers à cause des gros plans (rires) ! Mais ce regard porté sur eux est intéressant : le visionnage apporte souvent de nouvelles données, sur les mouvements des archets, la prise de respiration, les indications du chef. Tout n’est pas à jeter dans cet exercice-là !

Comment envisagez-vous la suite de la saison ?

Je pense malheureusement qu’à moins d’une bonne surprise, ce mode de fonctionnement par défaut sur lequel nous nous reposons depuis novembre risque de perdurer jusqu’à la fin de la saison. Cela risque d’être chaotique. Nos partenaires internationaux sont dans le même flou que nous : Anvers a rouvert ses portes pour un concert avant de fermer à nouveau, tout est terminated aux États-Unis. Et nous dépendons non seulement des décisions gouvernementales, mais aussi de celles de nos voisins : la venue d’artistes étrangers, avec l’isolement en septaine de rigueur, rend toute projection difficile. Nous travaillons par anticipation : avec certains artistes, nous développons des projets en amont, avec des délais plus larges. En gardant en tête que tout cela aura forcément, inéluctablement, une fin !

PROPOS RECUEILLIS PAR SUZANNE CANESSA
Février 2021

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Photo : Valérie Chevalier © Marc Ginot

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