Entretien avec Pierre Salvadori, Vincent Elbaz et Pio Marmaï au cinéma Le César de Marseille

« Ce qui m’intéresse, c’est la vérité »

Entretien avec Pierre Salvadori, Vincent Elbaz et Pio Marmaï au cinéma Le César de Marseille - Zibeline

Pierre Salvadori était au cinéma Le César avec Pio Marmaï et Vincent Elbaz, acteurs d’En Liberté ! Questions réponses entre l’équipe et les spectateurs

Comment s’est imposé le choix de la région PACA comme lieu de tournage ?

Pierre Salvadori : L’élue (la conseillère régionale, NDLR) est-elle encore dans la salle ? Disons que nous imaginions un lieu où un policier, d’ascendance corse, aurait pu avoir une interprétation de la loi douteuse… (rires) Plus sérieusement : j’ai toujours aimé tourner dans le Sud. J’en viens ! J’aime cette lumière, ces couleurs, qu’on ne trouve pas ailleurs, mais aussi la qualité des techniciens qui y travaillent. Je ne cherchais pas non plus à évoquer un lieu précis : mes films imaginent toujours des territoires fantasmés. En Liberté ! ne se déroule pas vraiment à Marseille ou à La Ciotat, mais dans une certaine idée du Sud.

Il faut dire qu’En Liberté ! ne s’encombre pas de soucis de vraisemblance. 

P.S. : Tout à fait. La vraisemblance m’intéresse peu. Ce qui m’intéresse, c’est la vérité. C’est ce qu’on attend de la poésie dans la fiction : l’idée d’un ré-enchantement du réel. Toute cette histoire est effectivement totalement invraisemblable. Mais l’émotion qu’elle suggère et les thématiques auxquelles elle renvoie sont vraies pour le spectateur. Du moins je l’espère !

Pourquoi avez-vous fait appel à Pio Marmaï pour le rôle d’Antoine ?

Vincent Elbaz : Pour son physique, c’est évident !

P.S. : Il fallait effectivement un joli garçon ! J’avais depuis longtemps cette idée d’un personnage innocent, sortant de prison, qui voudrait commettre le crime pour lequel il a été incarcéré, comme pour donner du sens au temps perdu. Puis j’ai pensé à réaliser un film sur les maladresses, sur quelqu’un qui n’aurait aucune idée de comment commettre un braquage. Le personnage de voleur héroïnomane que Pio avait incarné dans Dans la cour me semblait assez proche de l’idée que j’avais du personnage d’Antoine. Et du ton que je recherchais, à la fois léger et sombre, qui mélange plein de genres : le film d’action, la comédie, un ton un peu pop mais aussi profond et poétique.

Adèle Haenel est, quant à elle, une nouvelle venue sur le terrain de la comédie.

P.S. : Oui, elle a d’ailleurs dû chercher quelques temps ses repères, mais comme Pio ou Vincent, c’est une comédienne pure, qui maîtrise son métier : le jeu, la technique, le « timing ». Ce sont des qualités finalement assez rares, de même que le lâcher-prise qui est nécessaire sur ce registre.

Est-il facile, pour un comédien, d’approcher des rôles de ce genre ?

Pio Marmaï : Je pars toujours du principe qu’il ne faut pas se soucier de comment mon personnage est perçu par son entourage. Je le construis avec sa psychologie, comme une entité propre. Sans me soucier du ridicule ou de la méfiance qu’il peut susciter. Et c’est parce que Pierre travaille toujours sur cet élan-là, sur quelque chose de viscéral, que travailler avec lui est passionnant.

V.E. : Ce qui m’a à la fois intéressé et rebuté avec ce rôle, c’était d’apprendre à jouer un personnage qui n’a au fond pas de réalité : il n’est que le fantasme que construit son fils au fur et à mesure que sa mère le lui décrit. Ca n’a pas été évident…

C’est un autre élément central du film : le décalage entre le père idéalisé par son fils et sa vraie nature.

P.S. : Ma mère m’a dit un jour cette phrase, qui m’a marqué : « Les mères font les pères». Elle m’avait toujours dit que mon père était un héros, et elle voulait à présent m’expliquer qu’il était également fragile. Ça a été le point de départ de cette autre partie du film : cette idée d’une femme qui essaie de transmettre la vérité de son père décédé à son enfant à partir de la fiction. C’est quand on a mis le doigt sur cette question, celle de comment faire d’un personnage héroïque un vecteur de vérité, qu’on a trouvé le ton du film.

V.E.: En lisant le scénario, j’ai sous-estimé à ce moment-là la charge émotionnelle de ce rôle. Détruire un appartement pendant mille prises, être suspendu par des câbles et faire un signe de main à mon fils, tout ça me semblait assez drôle. Mais je ne pensais pas que ce serait aussi touchant.

Malgré cet ancrage dans la comédie, et les clins d’œil aux films policiers des 70’s, le film est très littéraire. Notamment lors de la scène des « parce que » entre Pio Marmaï et Audrey Tautou, qui rappelle furieusement Truffaut …

P.S. : Truffaut est omniprésent pour moi. J’ai grandi avec Lubitsch, avec Truffaut, ils font partie de qui je suis, je ne peux pas faire sans eux. La part littéraire du film me semble relever surtout du registre amoureux. Les déclarations d’Adèle Haenel et de Damien Bonnard se font en différé, elles montrent une faillite du langage amoureux, celui de la rencontre. Les différents couples montrés à l’écran – le couple inattendu et le couple malentendu – ne sont pas toujours en phase avec leurs désirs. Donc oui, la comédie sentimentale est toujours présente dans mes films. Les liens qu’elle esquisse entre amour et vérité sont, il faut dire, passionnants !

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA au cinéma Le César à Marseille, lors de l’avant-première d’En Liberté !, de Pierre Salvadori, sorti le 31 octobre.

Novembre 2018

Photo : Pierre Salvadori © Roger Arpajou


Cinéma Le César
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