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Vu par Zibeline

La dette grecque au cœur des échanges à l'ouverture de l'Université d'été d'Attac

Casser la dette

• 25 août 2015⇒28 août 2015 •
La dette grecque au cœur des échanges à l'ouverture de l'Université d'été d'Attac - Zibeline

Du 25 au 28 août, Marseille a accueilli l’Université d’été d’Attac. Devant une salle remplie à craquer, la plénière d’ouverture a dit l’urgence d’accoucher d’un autre monde

Le grand amphi de la fac Saint-Charles bruissait des langues diverses d’un public hétérogène où se mêlaient jeunes motivés et vieux routards du militantisme. A la tribune, comme souvent, aucune femme, hormis Aurélie Trouvé, responsable d’Attac France, qui menait les débats. La seule invitée, Zoé Konstantopoulou, présidente du parlement grec, a dû renoncer à être présente en raison de la situation dans son pays, où elle vient tout juste de quitter Syriza.

Le parti au pouvoir, qui se déchire depuis plus d’un mois, et les erreurs qui ont conduit à l’échec du projet porté par le Premier ministre Alexis Tsipras, étaient au cœur des débats de cette séance inaugurale. Pour amorcer la discussion, Thanos Contargyris, d’Attac Grèce, a dressé un tableau assez clair de ce que vit son peuple. « L’espoir n’est pas mort en Grèce », affirme-t-il, même si « la volte-face de Tsipras », qui n’a pas su résister à une « asphyxie financière totale » a semé la division. Conduisant le gouvernement, d’abord à accepter un plan inapplicable, puis à provoquer la scission de Syriza et enfin à convoquer de nouvelles élections pour septembre.

« Le peuple grec en veut beaucoup plus aux dirigeants européens qu’à Tsipras », assure pourtant l’intervenant. Il reste convaincu que cette stratégie de la division, nourrie par les créanciers afin de transformer « les solutions de gauche en une simple parenthèse », ne pourra pas durer. Et imagine même une réunification prochaine de Syriza. Rien n’est moins sûr. D’autant que l’un des axes de la discorde repose sur le rôle pivot des banques et leur prérogative : l’argent. Plus précisément, la monnaie.

Rapport de force

L’intervention d’Eric Toussaint, membre du CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde), et qui est l’un des rédacteurs du Rapport pour la vérité sur la dette grecque (consultable en téléchargement sur cette page), développera en détail cet aspect. Rappelant d’emblée le vieil adage, « si vous avez 1000 euros de dette, vous avez un problème, si vous avez 10 millions d’euros de dette, c’est vos créanciers qui ont un problème », le politologue belge pose le rapport de force comme seul recours face aux financiers. « Ils n’ont que faire des volontés des peuples ni de la légitimité démocratique d’un gouvernement. La seule chose qu’ils entendent, c’est quand vous ne les payez pas. »

Selon lui, dès le mois de février, Tsipras et son équipe ont commis une erreur. C’est alors qu’il fallait refuser le paiement de la dette, provoquer la faillite des banques, et, pour anticiper l’absence de liquidités, qui de fait s’est produite cet été, mettre en place une monnaie complémentaire. Un article d’un règlement européen, signé en mai 2013, aurait permis, avant toute chose, de réaliser un audit de la dette, d’en suspendre le paiement et ainsi de se donner le temps pour organiser une riposte.

Les créanciers auraient réagi, l’intervenant n’en doute pas, mais cette logique du conflit et du refus de payer aurait ouvert d’autres perspectives. Notamment celle de créer cette monnaie parallèle. Beaucoup de responsables de Syriza sont restés réfractaires à cette option, Eric Toussaint sous-entendant même que certains ont préféré protéger le système bancaire. Et ceux qui en ont accepté l’idée, comme Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des Finances, se sont laissé convaincre trop tardivement.

Monnaie, monnaies

Ce principe d’une monnaie alternative a déjà fait ses preuves sur des territoires réduits. Une telle monnaie ne sert qu’aux échanges de proximité, elle favorise une dynamique économique locale, n’entre pas dans les circuits spéculatifs, et peut représenter un moyen de résistance à la toute-puissance financière. Est-ce applicable à l’échelle d’un pays ? Quand la parole est venue à la salle, un participant émit l’idée d’un fonds de solidarité des citoyens européens. Il permettrait de créer, en Grèce ou dans d’autres pays, cette monnaie complémentaire, afin d’échapper au contrôle des banques et de briser la mécanique asphyxiante de la dette.

La sortie brute de l’euro, souvent agitée comme une issue fatale et irréversible, n’est peut-être pas la seule option, les échanges de cette assemblée l’ont démontré. « Un autre monde est possible », clame Attac. Il passe par une prise de conscience citoyenne que les alternatives existent, écologiques, économiques ou politiques. C’est en se prenant en main et en amenant leurs propres solutions, avec leurs propres outils, que les peuples pourront résister au discours dominant.

Sur ce terrain, le mouvement social a souvent perdu de son souffle. Les Indignés espagnols, en 2011, avaient donné une impulsion en Europe, aujourd’hui retombée. En Espagne, cette indignation populaire s’est transformée en force politique, Podemos. Deux membres de ce parti, Pedro Arrojo et Juan Laborda, concluaient le tour de table de la plénière en évoquant la situation dans leur pays, tout aussi dramatique qu’en Grèce.

« Nous vivons des temps historiques de douleur, mais ce sont des douleurs d’accouchement de ce monde que nous croyons possible », lançait Pedro Arrojo, appelant les citoyens à se joindre à la marche vers Bruxelles, qui partira de Gibraltar, le 1er octobre, fera étape notamment à Marseille le 8, pour s’achever par une grande manifestation le 17 dans la capitale belge. « Il faut de vraies ruptures. Faire des marches ne suffit pas », rétorquera un participant dans la salle. Un autre monde est possible ?

JAN-CYRIL SALEMI
Août 2015

La 14e Université d’été d’Attac s’est tenue du 25 au 28 août sur le campus de la Fac Saint-Charles à Marseille.

Lire ici notre bilan de l’Université d’été.

Illustration : Université d’été Attac – Marseille 2015 © Malika Moine