Résidences en mouvement : Primesautier Théâtre construit sa nouvelle création en direct du plateau du Domaine d’O

Casque d’Or

Résidences en mouvement : Primesautier Théâtre construit sa nouvelle création en direct du plateau du Domaine d’O - Zibeline

Les Montpelliérains de Primesautier Théâtre testent au Domaine d’O leurs intuitions pour ! Manifeste !, qui s’invente en direct du plateau. Rencontre avec les deux fondateurs de la compagnie.

Zibeline : Ce projet est né d’un atelier pour amateurs qui s’est tenu en avril 2019 au Théâtre de la Vignette.

Antoine Wellens : C’était un atelier autour du travail de la philosophe Simone Weill. Il s’est trouvé qu’une des scènes transcrivait une manifestation, et beaucoup d’entre nous ont été marqués par ce qu’elle donné de poétique et chorégraphique. Nous avons voulu creuser cette approche. D’autant que nous étions depuis longtemps complices de manifestation avec Jean Constance, sociologue et créateur de la web radio Radio Gi-Ne, avec qui nous souhaitions travailler depuis longtemps. Depuis le début des Gilets Jaunes, cette radio couvre le mouvement, en interviewant beaucoup de protagonistes ; que ce soit la police, les CRS, les manifestants. Nos projets se sont rencontrés.

Cette fois-ci en effet, la matière apportée par ceux que vous appelez joliment vos « partenaires de travail » est recueillie par un tiers. Comment se la réapproprier ?

A. W. : Le premier jour, on a écouté les documents, et très vite, les trois acteurs ont mis un casque avec la voix des personnes interviewées. Ils entendaient cette parole dans leur oreille, en même temps qu’il la redisaient sur le plateau. Ils découvraient en temps réel les tons de voix, les rythmes, la teneur des propos ; le corps du comédien devenait une caisse de résonnance d’une humilité totale. Il y avait quelque chose d’extrêmement émouvant, percutant. Il y a des décalages qui finalement rendent une sorte de spontanéité à l’acteur. 

Comment transformer le slogan dont vous êtes partis, « Tous ensemble, tous ensemble, Hey ! Hey » en matière théâtrale ?

Virgile Simon : Ce sera peut-être le moment où un chœur d’amateurs surgira sur le plateau. Pour crier ça en direct, sans casques, sans micro. Pour avoir une belle séquence de manifestation. Dans l’atelier, on jouait une manifestation qui portait des revendications, tandis qu’ici, grâce au système des casques, on glisse du côté de l’intime. Une parole individuelle. Mise en écho par la voix des comédiens. Qui porte en elle ce slogan, mais qui nous raconte autre chose.

Qu’est-ce que c’est, pour vous, le théâtre documentaire ? 

A. W. : Il y a d’abord eu un appétit pour le réel, la réalité du plateau : trouver des jeux d’acteurs spontanés. Puis on est passé vers du théâtre très documenté, et plus tard le théâtre documentaire au sens classique : par exemple aller en immersion à l’université pour un projet sur la science. Actuellement nous sommes à mi-chemin entre documentaire et fiction, en veillant à ce que l’un n’affronte pas l’autre.

Vous en êtes au tout début du travail. Cette résidence était-elle prévue ?

A. W. : Non ! On venait de terminer notre précédente création au Théâtre de la Vignette*, qui avait été pourtant repoussée mais qu’on n’a pas pu jouer malgré tout. Et on a entendu qu’il y avait des résidences qui se mettaient en place au Domaine d’O, puisque pour eux aussi, tout s’était arrêté. On a tout de suite envoyé un dossier !

Ces 5 jours vont-ils vous permettre de poser le cadre de cette nouvelle pièce ?

A. W. : Oui, et c’est très important. En temps normal, on fait tous des dossiers avant d’avoir testé des choses. Et ne serait-ce que 5 jours de résidence, en équipe, pour éprouver les idées, nous permettra d’écrire un dossier solide. En termes de production on sait à quelle porte aller taper, on connaît nos besoins techniques, on sait ce qu’on va pouvoir proposer avec des amateurs ; et c’est en passant par le plateau, et pas, tous autour d’une table, à trouver des concepts. Cela devrait être généralisé ! Il devrait y avoir des résidences de préproduction !

Propos recueillis par ANNA ZISMAN
Décembre 2020

* À bas le corps, dont la première devait avoir lieu à Montpellier pour la Biennale des arts de la scène en Méditerranée, annulée suite à la crise sanitaire

Photo : Stéphan Delon, Fabienne Augié, Virgile Simon en répétition © AZ

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