La metteuse en scène Carole Errante associe les publics à son processus de création

Carole Errante, le théâtre pour décloisonner

La metteuse en scène Carole Errante associe les publics à son processus de création - Zibeline

La fondatrice de la compagne CriAtura interroge les représentations sociales, sexuelles et identitaires. Parcours.

Avant de devenir metteuse en scène, Carole Errante était interprète, danseuse et comédienne pour le Théâtre de la Mer, à Marseille. « J’ai démarré avec eux à la sortie de conservatoire. C’est là, parce que c’était le fonctionnement de la compagnie, que j’ai appris à associer les publics au processus de création. » Le compagnonnage dure jusqu’au décès du directeur Akel Akian, en 2012. « J’ai perdu mon papa de théâtre. J’étais sidéré par son départ, je ne savais plus pourquoi je faisais ce métier. » Le stade de la remise en question dépassé, l’envie de créer sa propre compagnie « a poussé comme une évidence. Je n’ai plus eu peur, comme un élan de survie ». Naît alors La CriAtura, « pour poursuivre le travail » en y mettant ce qu’elle est et qu’elle n’osait « pas affirmer. Être interprète, c’était une manière de me réfugier derrière la parole des autres et de calmer le complexe d’illégitimité que je pouvais nourrir. » Deux projets occupent son esprit : travailler le champ du music-hall et monter Le cas Blanche-Neige d’Howard Barker. « Deux univers à l’association improbable, entre un art populaire, mineur, dévalué et un auteur, dramaturge, théoricien du théâtre ». La solution : le décloisonnement.

La remise en question des représentations et des assignations est constitutive de son travail. Pour sortir des cases, elle créé un « labo » mensuel, au Merlan devenu Zef, avec une vingtaine d’habitantes des quartiers Nord sur la question du corps des femmes, de la féminité et de la sexualité. « L’idée était aussi que ces femmes poussent la porte du théâtre et qu’elle s’emparent de l’outil. » Le regard des hommes, fils ou maris, a parfois rendu la tâche difficile. Jusqu’au spectacle, où ces messieurs sont venus la trouver, en pleurs, lui avouant qu’eux aussi avaient des choses à dire. « Ça m’a pas mal ébranlée. Je me suis demandé s’il n’y avait pas aussi à questionner la construction du masculin, la virilité et s’il ne fallait pas faire avancer les choses avec eux. » Et d’ouvrir un nouvel atelier dans lequel les femmes interrogent cette fois le sujet masculin et qui deviendra mixte dans un deuxième temps. Germe l’idée d’une nouvelle pièce qui, avec l’intervention de l’autrice Perrine Lorne, deviendra La Mexicaine est déjà descendue, créée à La Criée en 2019, dans le cadre d’un temps fort sur la thématique transgenre. À cette occasion, l’artiste donne une lecture du texte qui fera l’objet de sa troisième mise en scène : L’affaire Harry Crawford. Une création nourrie désormais par quatre ateliers, regroupés dans un projet global, Atout genres, et qui se situe au carrefour de plusieurs questionnements, parmi lesquels la transidentité.

LUDOVIC TOMAS
Novembre 2020

Photo © Ludovic Tomas