Vu par Zibeline

La Région Provence-Alpes-Côte d'Azur croule sous les déchets. Un congrès de France Nature Environnement

Cachez ce déchet que je ne saurais voir

La Région Provence-Alpes-Côte d'Azur croule sous les déchets. Un congrès de France Nature Environnement - Zibeline

En Paca, on croule sous les déchets. Gardanne recevait le congrès régional de France Nature Environnement (FNE) sur la question.

Les déchets. Le sujet passionne peu les foules, même quand il est très pédagogiquement présenté, comme c’était le cas au Mucem en 20171. Et pourtant… la question est absolument primordiale, profondément révélatrice de notre société de consommation, et nécessite une prise en mains urgente.

Surtout en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où la production de déchets par habitants est plus élevée que la moyenne nationale2, avec un retard dans le traitement, un taux de gaspillage et une pollution révélant de graves dysfonctionnements. Le réseau FNE, qui fédère un très grand nombre d’associations de protection de la nature et de l’environnement, a invité des représentants des collectivités territoriales et de l’État, des chercheurs, des acteurs de la filière, des collectifs citoyens et des techniciens à dresser un état des lieux, le 22 novembre, sur le site du Lycée agricole de Gardanne. En introduction, la directrice adjointe de la DREAL3 Paca, Marie-Françoise Bazerque, évoquait une « crise logistique » ayant provoqué un « électrochoc » : la raréfaction de la capacité de stockage des ordures, surtout dans les départements du Var et des Alpes-Maritimes. Pourquoi précisait-elle « Ce n’est pas en se divisant que l’on va y arriver. De toutes façons nous n’avons pas le choix. » ? Parce que les institutions, opérateurs et usagers se renvoient la balle de la responsabilité, sur un territoire qui accueille une forte affluence touristique et donc un surcroît de poubelles. Devant les nuisances, conséquences sanitaires pour les populations, et pertes économiques occasionnées par ce manque de coordination, beaucoup comptent sur le Plan Régional de Prévention et de Réduction des Déchets, qui devrait être adopté en 2019, pour améliorer les choses.

Un problème de démocratie

Cyrille Harpet, chercheur de l’École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP) évoquait un problème de démocratie. « L’incinération est une fausse solution qui entraîne une terrible pollution. Les niveaux de dégradation atteints dans les fonds marins, sur terre, dans le sous-sol démontrent qu’il n’y a pas de solution technique satisfaisante », contrairement à ce que les pouvoirs publics ont voulu croire en délégant la gestion des déchets aux opérateurs privés, telles que les multinationales Veolia ou Suez. Vincent Baggioni, du Laboratoire Méditerranéen de Sociologie, renchérissait : « Ici les gens sont perdus sur la question du tri, du fait de l’incohérence des politiques. Les bons élèves, comme Lorient, ou Besançon, s’y sont pris il y a 10 ou 20 ans : ce sont des stratégies de long terme, on n’en perçoit les effets qu’après un certain temps. » Pour le sociologue, supprimer les exutoires par incinération oblige les collectivités à améliorer les pratiques de prévention : le meilleur déchet, faut-il le rappeler, est celui que l’on ne produit pas. Interpellée, la Conseillère régionale Anne Claudius-Petit convenait que « si le traitement des rebus coûte plus cher en Paca, cela pourrait être corrélé au recours aux DSP4 »

Déchets du BTP

Lors du congrès, trois focus étaient prévus, sur les problématiques spécifiques des déchets verts, des déchets en mer, et ceux du bâtiment. Concernant ces deux derniers, le constat est particulièrement grave. Pour Véronique Lambert, ingénieur chimiste qui pilote la stratégie de l’État à la DREAL Paca, le nombre de décharges illégales remplies par le BTP est difficile à évaluer, mais important. « On en trouve tous les jours de nouvelles, parfois seulement avec des résidus inertes, parfois mêlés d’amiante, d’huiles usagées… Dans le Var, des vallons entiers sont comblés, cela modifie l’écoulement des eaux. » Face à ces usages, les procédures pénales sont longues, souvent inadaptées. La DREAL, qui s’appuie sur le Code de l’Environnement, a cette compétence d’inspection depuis 2015 seulement. Mais son personnel, parti d’une culture administrative, n’est pas encore assez formé pour déjouer des réseaux archi-organisés. « Nos inspecteurs se spécialisent, on progresse. » Pas suffisamment vite, ni assez efficacement, pour certains membres du public, comme Jeannine Blondel, de France Nature Environnement Alpes-Maritimes, qui relève également le problème du tri non effectué sur les chantiers, même lorsque les déchets ne sont pas déposés dans des décharges sauvages, ou le lit des rivières. Quand tout est mélangé, les résidus (2 millions de tonnes par an produits par le BTP par an en Paca) ne peuvent être recyclés. À cela Maguy Gautier, représentante d’une entreprise familiale du bâtiment, répond comme tous les autres intervenants du congrès, par un impératif : il faut sensibiliser tous les corps de métier. Et tous les citoyens, pour qu’ils exigent la prise de mesures efficaces et effectives. Éduquer à la responsabilité environnementale, on ne pourra pas en faire l’économie si on veut conserver un monde vivable.

GAËLLE CLOAREC
Novembre 2018

1 L’exposition Vies d’ordures a connu un relatif insuccès selon Jean-François Chougnet, directeur du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée à Marseille

2 Déchets ménagers et assimilés par habitant/an : 725 kg en Paca contre 572 kg à l’échelle nationale. Source : données 2015 de l’Ademe.

3 Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement, service déconcentré des ministères de la Transition écologique et solidaire et de la Cohésion des territoires.

4 Délégations de Service Public : une personne morale de droit public confie à une personne, publique, ou privée, un particulier ou une entreprise, la gestion d’un service dont elle a la responsabilité pour une durée limitée. Par opposition aux régies municipales, qui assurent en direct ledit service.

À lire :
Homo detritus
Baptiste Monsaingeon
Éditions du Seuil, 19

Photo : Centre de stockage des déchet non dangereux de l’Arbois © Gaëlle Cloarec